L’opposition bissau-guinéenne en colère contre la Cédéao a adressé une lettre ouverte à Julius Maada Bio, président en exercice de la Conférence des chefs d’État de l’organisation. Les leaders du PAIGC, notamment, qui sont soit en prison, soit en exil, pointent « incohérence et hypocrisie de la part de la Cédéao » qui, lors de son passage à Bissau la semaine dernière, n’a rencontré que les militaires putschistes, « ignorant complètement l’opposition ». Et ce, malgré son rôle de médiation dans la crise que vit le pays depuis le coup d’État du 26 novembre.
Les accusations sont contenues dans une lettre ouverte publiée ce jeudi 2 juillet par la coalition Plateforme d’alliance inclusive (PAI-Terra Ranka), dirigée par le PAIGC, et l’Alliance patriotique inclusive (API-Cabaz Garandi), suite à la mission politique que l’organisation régionale a menée à Bissau la semaine dernière.
« Le peuple de la Guinée-Bissau se sent abandonné par la Cédéao »
Une délégation avait effectué un déplacement à Bissau, la semaine dernière, lors duquel les ministres des Affaires étrangères sénégalais et sierra-léonais n’ont rencontré que les militaires au pouvoir, malgré leur rôle de médiation. À la fin de la visite, le ministre des Affaires étrangères de la Sierra Leone, Timothy Kabba, avait félicité le processus de transition mis en place par les militaires putschistes.
« Le peuple de la Guinée-Bissau se sent abandonné par la Cédéao » : C’est par ces mots que le PAIGC et l’API dans l’opposition formulent leurs critiques à l’encontre de l’organisation régionale. Dans cette lettre ouverte adressée au président en exercice de la Conférence des chefs d’État de l’organisation, Julius Maada Bio, les opposants bissau-guinéens dénoncent « les incohérences et le cynisme de la Cédéao. »
« La Cédéao ne rencontre que les putschistes »
« On a les leaders de coalition majeurs en Guinée-Bissau sous résidence surveillée. On a le siège du parti fermé, on a les opposants qui sont victimes de poursuites. Comment est-ce qu’on peut parler de progrès au niveau de la transition, s’interroge Muniro Conté, porte-parole du PAIGC, réfugié à Dakar depuis le coup d’État de novembre 2025. Quand je dis que les évidences sont là, c’est clair. Si la transition marchait, on aurait vu la mise en place d’un gouvernement de transition, on aurait vu la protection assurée aux leaders politiques et la justice en Guinée-Bissau serait indépendante ».
Pour le porte-parole du PAIGC, la Cédéao est en train de légitimer ces putschistes : « Une délégation de la Cédéao – qui avait rejeté le programme de transition – maintenant fait des visites à Bissau et ne rencontre que les putschistes. La Cédéao n’a pas rencontré les acteurs politiques, la société civile, alors que si on parle de dialogue inclusif, il faut que tous les acteurs soient rencontrés. Cela veut dire que la Cédéao est en train de légitimer les autorités ».
« La Cédéao est dans une situation d’incohérence »
« Nous ne comprenons pas cette posture de la Cédéao. C’est pour cela qu’on a réclamé dans cette lettre, disant que la Cédéao est dans une situation d’incohérence. Et là, il faut qu’elle change ça rapidement pour que la population de la Guinée-Bissau soit plus à l’aise par rapport au « processus de la transition ». Ils ont dit qu’elle devait se limiter à la transition civile. On voit que jusqu’à maintenant, ce sont des militaires qui gèrent la Guinée-Bissau. C’est le Conseil national de transition qu’ils ont mis en place qui gère l’administration en Guinée-Bissau, c’est l’institution qui est en train de faire la révision de la loi. Il faut bien noter cette partie : la révision de la loi électorale, c’est juste pour truquer les élections », a déclaré Muniro Conté.
Juste un rappel aux chefs d’État de la Cédéao : il y a un protocole sur la démocratie qui a été signé par les chefs d’État de la Cédéao. Je dis seulement qu’il faut qu’ils soient fiers de ce qu’ils ont signé. Maintenant, il faut juste que les chefs d’État soient fidèles à ce document qui a été signé, que le protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance.