Le tribunal de première instance de Cotonou a été le théâtre, ce mercredi 8 juillet 2026, d’échanges particulièrement tendus entre la défense et le ministère public au sujet de l’acte de décès de Pierre Urbain Dangnivo.
L’incident est survenu à la reprise de l’audience consacrée à ce dossier vieux d’au moins 15 ans. À la barre, Me Olga Anassidé, conseil de la famille Dangnivo, a interpellé la cour afin de savoir si l’acte de déclaration de décès de la victime figurait au dossier et s’il avait été dûment versé aux débats.
Après une courte suspension, le ministère public a procédé à la distribution de copies du document aux avocats des parties. C’est à ce moment que la défense a relevé une anomalie majeure : l’existence de deux actes distincts.
Le premier porte la signature d’Anne Cakpo en qualité de déclarante et est daté du 10 mars 2025. Le second émane du ministère public et a été établi le 8 septembre 2025.
« Il y a un faussaire quelque part »
La découverte a immédiatement crispé l’atmosphère. Me Théodore Zinflou n’a pas mâché ses mots : « Deux actes, deux déclarants : il y a un faussaire quelque part. Il faut le retrouver. »
Le procureur du tribunal de première instance de Cotonou, Oloushegun Tidjani Serpos, représentant le ministère public, a réagi avec fermeté. Visiblement affecté, il a déclaré : « Je suis peiné, parce que la famille souffre. Nous avons hérité d’un dossier difficile. Je n’ai pas prêté serment pour faire des entourloupes. Nous n’avons pas enlevé Dangnivo. Nous n’avons pas tué Dangnivo. Que veulent les avocats ? Ils veulent qu’on parle d’eux. Ne nous laissons pas distraire. »
La réplique de la défense n’a pas tardé. « Alors où est Dangnivo ? », a lancé Me Olga Anassidé, avant d’ajouter : « Nous n’acceptons pas qu’on nous fasse la morale. Je suis peinée pour mes clients. »
Me Togbadja a abondé dans le même sens en rappelant l’enjeu historique du dossier : « Un procès, c’est une bataille. Ce dossier est une partie de l’histoire du Bénin. Nous n’acceptons pas qu’il y ait du brouillard. »
Me Zinflou a conclu : « C’est une mauvaise pièce de théâtre. »
Audience renvoyée au 15 juillet
Le président de l’audience a tenté d’apaiser les esprits, évoquant une possible explication administrative à la duplication. Le ministère public a pour sa part soutenu que « les deux actes se valent, seul le déclarant change ».
Faute de parvenir à dissiper les zones d’ombre, le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire au 15 juillet 2026. L’audience portera alors sur les « réquisitions et plaidoiries ».
Depuis l’ouverture des débats, la famille Dangnivo réclame la manifestation de la vérité sur la disparition de Pierre Urbain Dangnivo, survenue en 2010.
B. K.