Cette semaine, madame Christhelle Houndonougbo Alioza nous invite à la méditation. «La méditation peut nous aider à reprendre le contrôle de notre attention, à prendre davantage de distance face à nos émotions, à réduire nos réactions impulsives et à mieux comprendre ce qui se passe en nous», fait savoir CHA. «La méditation: Quand le silence nous apprend à reprendre le silence» est le titre de la tribune de cette semaine. Lire sans modération.
. Chers ami.e.s,
« Parfois, la meilleure façon d’avancer n’est pas de faire un pas de plus, mais de savoir s’arrêter un instant pour retrouver sa direction. »
Imaginez un homme qui reçoit sur son téléphone un message qui le bouleverse. Il le trouve injuste, provocateur, peut-être même blessant. Ses doigts se précipitent sur le clavier. Il commence à répondre sous le coup de la colère. Puis, soudain, il s’arrête. Il pose son téléphone. Il respire. Il attend. Quelques minutes plus tard, il relit le message et son propre brouillon. Il distingue enfin ce qui relève des faits, de son interprétation et de son émotion. Il modifie sa réponse. Il comprend surtout une chose : il n’est pas obligé de laisser sa colère décider à sa place.
Voilà déjà une forme de méditation. Il n’y avait ni posture particulière, ni musique, ni cérémonie. Seulement un instant de silence entre l’émotion et la réaction.
Mais pourquoi est-il si difficile de s’arrêter avant de réagir ? Pourquoi la colère doit-elle immédiatement devenir parole, l’inquiétude devenir panique, la pensée devenir action ? Dans un monde qui nous apprend à accélérer, comment retrouver la capacité de ralentir ? Dans une société qui sollicite constamment notre attention, comment redevenir maître de notre esprit ? Et face aux émotions qui peuvent parfois nous gouverner, comment retrouver cet espace intérieur qui permet de choisir plutôt que de simplement réagir ?
Nous arrivons à la fin du mois de septembre. Neuf mois se sont déjà écoulés, avec leurs décisions, leurs rencontres, leurs réussites, leurs déceptions, leurs combats, leurs projets, leurs paroles et leurs silences. Avant d’entrer dans un nouveau mois, pourquoi ne pas ralentir quelques instants ? Non pas pour abandonner la marche, mais pour vérifier la direction.
La méditation consiste précisément à cela : diriger volontairement son attention vers ce qui se passe ici et maintenant. Observer sa respiration, son corps, ses pensées, ses émotions, les sons qui nous entourent. Non pas pour fuir les problèmes, nier la réalité ou vider miraculeusement son esprit, mais pour apprendre à regarder avant d’agir.
La méditation peut nous aider à reprendre le contrôle de notre attention, à prendre davantage de distance face à nos émotions, à réduire nos réactions impulsives et à mieux comprendre ce qui se passe en nous. Elle peut également soutenir la concentration, améliorer notre qualité d’écoute, apaiser certaines tensions dans nos relations et nous aider à prendre des décisions avec davantage de recul. Elle ne promet pas une vie sans difficultés. Elle nous apprend plutôt à traverser les difficultés avec davantage de conscience.
William James, l’un des grands penseurs de la psychologie américaine, accordait une place centrale à l’attention dans la vie mentale. Une question mérite alors d’être posée : qui contrôle mon attention ? Est-ce moi, ou bien les notifications, les conflits, les inquiétudes, les sollicitations et les pensées qui se succèdent sans interruption ?
La méditation nous invite également à regarder nos émotions autrement. La colère, la peur, la tristesse, l’impatience ou la frustration ne disparaissent pas parce que nous méditons. Mais nous pouvons apprendre à les observer sans leur abandonner automatiquement le pouvoir de décider pour nous.
Une émotion est réelle, mais elle n’est pas toujours une instruction. Une pensée peut apparaître sans être une vérité. Une inquiétude peut être forte sans être une prédiction. Entre ce qui nous arrive et ce que nous décidons d’en faire, il existe parfois un espace minuscule. La méditation nous apprend à agrandir cet espace. Et dans cet espace peut naître une réponse plus consciente.
Elle nous ramène aussi au présent. Le passé peut nous retenir par les regrets ; le futur peut nous épuiser par les anticipations. Pourtant, le seul moment sur lequel nous pouvons réellement agir est celui que nous vivons maintenant. Le présent n’est pas forcément confortable. Il est simplement réel.
Méditer, c’est alors pouvoir se dire : « Je regarde ce qui est là avant de décider de ce que j’en fais. »
Cette démarche peut également prendre une dimension spirituelle. Pour certains, elle devient un chemin vers Dieu ou une forme de prière silencieuse. Pour d’autres, elle permet de retrouver leur conscience, leurs valeurs, leur rapport à la nature, à l’humanité ou à quelque chose qui les dépasse. Dans tous les cas, elle nous invite à sortir momentanément du bruit extérieur pour retrouver un espace intérieur.
Et il n’est pas nécessaire de commencer par une longue séance. Deux minutes peuvent suffire. Poser le téléphone. Couper les notifications. S’asseoir. Respirer lentement. Écouter. Observer les pensées sans chercher immédiatement à les combattre. Puis se demander : Qu’est-ce qui se passe réellement en moi, maintenant ? Qu’est-ce qui mérite réellement mon énergie ? Quelle réponse correspond à la personne que je veux devenir ?
La méditation peut même se pratiquer dans les gestes ordinaires : marcher sans écran, écouter quelqu’un sans préparer sa réponse, manger sans distraction, attendre avant d’envoyer un message sous le coup de la colère, garder quelques secondes de silence avant une décision importante.
À l’approche d’octobre, prenons également le temps de regarder ces neuf mois écoulés. Qu’avons-nous appris ? Qu’avons-nous construit?Qu’avons-nous perdu ? Quelles blessures portons-nous encore ? Quelles habitudes devons-nous abandonner ? Quelles raisons avons-nous de remercier ? Et surtout : sommes-nous toujours en train d’avancer dans la direction que nous avons réellement choisie ? Car avancer vite dans la mauvaise direction ne constitue pas nécessairement un progrès. Parfois, le silence nous permet de poser les questions que le bruit quotidien nous empêche d’entendre.
Alors, cette semaine, accordons-nous deux minutes. Posons le téléphone. Fermons les yeux. Respirons. Observons ce qui traverse notre esprit sans chercher immédiatement à juger ou à fuir. Puis demandons-nous : Qu’est-ce qui mérite encore mon attention ? Qu’est-ce que je dois laisser derrière moi ? Et quelle lumière dois-je rechercher pour mieux comprendre le chemin qui est devant moi ?
En cette fin de septembre, avant d’ouvrir une nouvelle page, peut-être avons-nous moins besoin de courir que de nous recentrer. S’arrêter n’est pas perdre du temps. Se taire n’est pas être faible. Respirer n’est pas fuir. Méditer n’est pas renoncer à agir. C’est parfois simplement reprendre possession de son esprit avant de reprendre possession de sa vie. Respirons. Écoutons. Observons. Soyons là. Excellente semaine à toutes et à tous.
CHA
Femme noire, femme de pouvoir!