Pr Prudent Victor Topanou : Quand la lumière revient après les tentations du pouvoir!

Chronique

📍L’Afrique à l’épreuve de la boulimie occidentale qui nourrit le panafricanisme, les 36 anglophones qui donnent la leçon aux 14 francophones, et le réveil d’une conscience

📍Face à la démocratie devenue, par ses propres contradictions, l’ordonnatrice de ses funérailles, qui réveillera les élites africaines ?

📍Entre panafricanisme et démocratie, le professeur Topanou écorche la Françafrique et renvoie les 14 pays francophones au fond de la classe !

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Par François Comlan
07 novembre 2026
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Entre les mirages du panafricanisme, les hypocrisies de la Françafrique et les funérailles silencieuses de la démocratie, le professeur Prudent Victor Topanou a retrouvé sa verve d’antan pour administrer une magistrale leçon de science politique.

Le 30 octobre 2026, sur le campus universitaire d’Abomey-Calavi, le professeur Prudent Victor Topanou, ancien garde des Sceaux sous Boni Yayi, ancien membre de la commission des réformes institutionnelles de Patrice Talon et député de 2023 à 2026, a renoué avec sa liberté de parole à l’occasion d’une conférence inaugurale sur « Le panafricanisme du XXIᵉ siècle et la démocratie », retrouvant cette posture d’universitaire debout que les séductions du pouvoir avaient quelque peu éclipsée.

Il faut reconnaître que l’homme, jadis réputé pour demeurer droit dans ses bottes, s’était momentanément « laissé entrer en tentation », oubliant peut-être la sixième demande du Notre Père, lorsque les ors de la République et les délices des fonctions officielles l’avaient conduit à fréquenter les ateliers de la Rupture, une escapade qui aura sans doute garni son « chiffre d’affaires » institutionnel sans nécessairement enrichir son patrimoine de crédibilité intellectuelle, car les honneurs remplissent parfois les poches plus rapidement qu’ils ne grandissent les hommes.

«Je retrouve enfin mon professeur !»

Mais, comme l’enseigne la sagesse africaine, « le séjour dans l’eau ne transforme pas un tronc d’arbre en crocodile », et l’on découvre aujourd’hui que, sous les habits du parlementaire, la pierre brute de l’universitaire n’avait pas perdu toute sa substance, puisque ses récentes interventions semblent lui restituer sa liberté d’esprit, au point qu’une étudiante, manifestement soulagée, aurait laissé échapper à la fin de sa conférence : « Je retrouve enfin mon professeur ! »

Sur le panafricanisme, Topanou a sorti le maillet pour pourfendre Nathalie Yamb, Kémi Séba, Franklin Nyamsi et d’autres figures qu’il considère comme des « pseudo-panafricanistes » instrumentalisés par les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel, rappelant indirectement cette vérité essentielle : le panafricanisme n’est ni un commerce de slogans ni une industrie de l’indignation, mais une œuvre concrète d’émancipation, de dignité, de souveraineté et de progrès des peuples africains.

Cependant, le succès de ces mouvements plonge aussi ses racines dans les ressentiments nourris par les ingérences françaises, les controverses sur le franc cfa qualifié de « mécanisme de domination » et d’« escroquerie morale » par Mamadou Coulibaly ; et les accusations de captation des richesses africaines, de l’or malien et burkinabè à l’uranium nigérien, des hydrocarbures du Gabon et du Congo aux minerais de Guinée, de Centrafrique et de RDC, autant de contentieux qui alimentent la contestation de la Françafrique et rappellent que les discours sur les libertés perdent leur éclat lorsque les intérêts stratégiques s’accommodent de pouvoirs autoritaires.

Inaugurant de nouvelles Républiques comme on change de costume

Sur la démocratie, le professeur a dressé un réquisitoire particulièrement sévère contre l’Afrique francophone, établissant une démarcation saisissante entre les quatorze pays francophones qu’il a évoqués, où il dénonce les constitutions malmenées, les opposants emprisonnés ou exilés et les contre-pouvoirs affaiblis, et les pays anglophones qu’il présente comme davantage attachés à la stabilité institutionnelle, au pluralisme et à l’alternance, une opposition volontairement tranchée qui exprime son diagnostic sans constituer pour autant une vérité uniforme sur tous les États concernés.

Dans cette comparaison, Topanou a particulièrement salué l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya, estimant que les démocraties anglophones connaissent généralement moins de convulsions liées aux mandats présidentiels, tandis que certains États francophones semblent avoir transformé la Constitution en vêtement de circonstance, que l’on retaille à la convenance du prince, passant de cinq à sept ans ou inaugurant de nouvelles Républiques comme on change de costume, alors même que les durées réelles des mandats et les pratiques démocratiques varient considérablement d’un pays à l’autre.

Son désarroi fut plus poignant encore lorsqu’il évoqua le Bénin, jadis éclaireur du renouveau démocratique de 1990, mais aujourd’hui confronté, selon son analyse, à l’effacement des contre-pouvoirs, à l’affaiblissement de la contradiction et à cette étrange alchimie politique qui transforme parfois le silence en sagesse, la peur en discipline et la soumission en patriotisme, tandis que les intellectuels, censés tenir le compas de la République, paraissent quelquefois préférer les douceurs de la table du pouvoir aux exigences de leur conscience.

La démocratie ne se résume ni aux élections ni aux performances économiques

En opposant les régimes militaires de l’AES, qu’il décrit comme des dictatures assumées, aux exigences du pluralisme, et en interrogeant les discours d’Ibrahim Traoré sur la démocratie ou de Patrice Talon sur le développementalisme, Topanou a rappelé que la démocratie ne se résume ni aux élections ni aux performances économiques, mais suppose les libertés fondamentales, les droits humains, une opposition véritable, l’alternance et une justice indépendante, tandis que l’éducation, la science et la technologie demeurent les instruments indispensables du développement.

Au terme de cette conférence, une conviction s’impose : si Prudent Victor Topanou retrouve durablement cette parole libre, ses années de proximité avec le pouvoir n’auront été qu’une parenthèse dans son itinéraire intellectuel, car on peut s’égarer dans les corridors du pouvoir sans perdre définitivement le chemin du Temple, et la véritable lumière n’est pas celle qui éclaire les palais, mais celle qui permet aux consciences de rester debout lorsque les puissants voudraient les voir à genoux.

François Comlan