À l’heure où le Bénin célèbre ses 66 ans d’indépendance, la question de la souveraineté ne se limite plus aux seules frontières politiques. Pour le psychopédagogue, Prof. Gabriel Boko, le véritable défi réside désormais dans la capacité du pays à tirer profit de la révolution numérique tout en restant vigilant face à ses dérives. Entre modernisation de l’administration, démocratisation du savoir et impératif de vérification de l’information, il livre une réflexion sur les nouveaux contours de l’indépendance.
À l’occasion de la célébration des 66 ans d’indépendance du Bénin, le professeur Gabriel Boko apporte un regard nuancé sur la notion même de souveraineté à l’ère du numérique. Pour le psychopédagogue, l’indépendance absolue relève d’un idéal impossible dans un monde où les nations sont étroitement liées.
«L’indépendance n’est jamais totale. L’indépendance totale n’existe pas. Tous les pays sont interdépendants. Nous dépendons des autres, les autres aussi dépendent de nous », a-t-il affirmé. Toutefois, cette interdépendance ne signifie pas l’effacement des identités nationales. Bien au contraire, il estime que chaque pays doit mettre en valeur ses propres richesses intellectuelles et culturelles. « Il y a des données qui sont endogènes que vous n’allez pas retrouver dans d’autres cultures. Et il nous appartient de les mettre au niveau de l’éthique internationale ou mondiale pour que les autres s’informent également et qu’ils prennent cela pour rétoffer leur capital de savoir », souligne-t-il.
Abordant ensuite l’évolution du numérique au Bénin, le professeur salue les avancées enregistrées ces dernières années. À ses yeux, les réformes engagées dans ce secteur traduisent une volonté politique forte de moderniser le pays.
Dans notre pays, c’est une très bonne chose, c’est un grand pas parce que notre pays a consacré tout un ministère au numérique », relève-t-il. Selon lui, cette transformation a profondément changé les rapports des citoyens avec l’administration. « Les démarches administratives que nous avons l’habitude de mener et qui nous coûtaient un mois, deux mois, on arrive à réaliser tout cela en une journée, sinon en quelques heures. C’est un grand pas. Et ça permet donc de raccourcir et de gagner du temps », se réjouit-il.
Le spécialiste met également en avant l’impact de la digitalisation sur l’éducation et l’accès au savoir. « Du point de vue du pédagogue, en numérisant, nous avons à portée de main des données qui autrefois occupaient toute une maison. La bibliothèque est devenue une bibliothèque digitalisée. C’est avec un petit instrument que vous pouvez emporter des tonnes et des tonnes d’informations, ce qui n’était pas possible avant », explique-t-il, voyant dans cette évolution « une dimension très heureuse de l’innovation ».
Mais pour Gabriel Boko, cette révolution technologique impose aussi de nouvelles responsabilités. Si le numérique offre des opportunités considérables, il peut également devenir un puissant vecteur de manipulation.
« Il y a des choses à améliorer parce qu’on peut mal utiliser le numérique, parce qu’il y a des déformations qui sont en cours », avertit-il. Il appelle notamment les administrations publiques et les forces de sécurité à renforcer leur vigilance. « Les administratifs, même les gens de la police, doivent faire très attention parce que ce qui peut être déformé par le numérique, c’est immense cette déformation. Donc, il faut être très vigilant et vérifier. Vérifier, trouver des outils pour vérifier si l’information qui est donnée n’est pas une information truquée par le numérique », insiste le psychopédagogue.
L’analyse du professeur Gabriel Boko, rappelle qu’au-delà des progrès technologiques, le véritable enjeu de l’indépendance au XXIᵉ siècle réside dans la capacité d’un pays à produire, préserver et valoriser ses savoirs tout en développant une culture de l’esprit critique face aux défis du numérique.
Aser ABALLO
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