Intelligence artificielle : L’ANSALB ouvre le débat sur les défis éthiques de la recherche et de l’éducation

Economie & Tech

Face à l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle (IA), l’Académie nationale des sciences, arts et lettres du Bénin (ANSALB) veut prévenir les dérives tout en exploitant les opportunités qu’offre cette technologie. Réunis ce 28 juillet 2026 à l’Université d’Abomey-Calavi, universitaires, chercheurs et experts réfléchissent aux conditions d’une utilisation responsable de l’IA, adaptée aux réalités et aux valeurs du Bénin.

La Commission permanente Éducation et Éthique de l’Académie nationale des sciences, arts et lettres du Bénin (ANSALB) organise, les 28 et 29 juillet 2026, un colloque scientifique sur le thème : « Intelligence artificielle : nouvelles frontières pour la recherche académique, l’éducation et l’éthique ». Les travaux se déroulent à l’amphithéâtre Idriss Déby Itno de l’Université d’Abomey-Calavi.

Cette manifestation scientifique de deux jours vise à créer un cadre de réflexion académique sur les implications de l’intelligence artificielle dans les systèmes éducatifs et les activités de recherche, tout en analysant les défis éthiques qu’elle soulève. Les organisateurs entendent favoriser une réflexion approfondie, explorer les transformations sociétales induites par l’IA, proposer des pistes d’actions et des recommandations, et encourager une appropriation critique de cette technologie en tenant compte des réalités culturelles, économiques et institutionnelles du Bénin.

IA dépasse désormais le simple statut d’innovation technologique

Dans son allocution d’ouverture, le président de la Commission permanente Éducation et Éthique de l’ANSALB, le professeur Norbert M. Hounkonnou, a souligné que l’intelligence artificielle dépasse désormais le simple statut d’innovation technologique. Selon lui, elle oblige à repenser les fondements mêmes de l’apprentissage, de la transmission des connaissances et de la production du savoir.

«L’intelligence artificielle n’est plus seulement un outil supplémentaire mis à la disposition de l’éducation. Elle nous oblige désormais à interroger les fondements mêmes de l’acte d’apprendre, de transmettre et de produire le savoir », a-t-il déclaré, avant de s’interroger sur l’éducation à offrir aux générations futures, la place du jugement humain et les valeurs devant encadrer cette nouvelle puissance technologique.

Pour le professeur Hounkonnou, le véritable enjeu n’est plus uniquement de savoir ce que l’intelligence artificielle peut apporter à l’éducation, mais surtout de déterminer ce que l’éducation et l’éthique doivent faire de l’IA afin qu’elle demeure au service de l’être humain, de sa dignité et du bien commun.

Représentant la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le conseiller technique Mohamed Salifou a officiellement lancé les travaux. Il a rappelé que, malgré les avancées considérables de l’IA dans la recherche scientifique, l’innovation et l’efficacité des pratiques académiques, son utilisation soulève également des préoccupations majeures.

Il a notamment cité les questions liées à la confidentialité des données, au plagiat généré par les outils d’IA ainsi qu’aux biais pouvant affecter les résultats produits. D’où, selon lui, la nécessité de mettre en place des cadres rigoureux d’intégrité académique afin d’encadrer son usage dans les universités et les centres de recherche.

 

Un outil d’assistance et non un substitut à la réflexion humaine

A nos micros, plusieurs experts ont insisté sur la nécessité d’utiliser l’intelligence artificielle comme un outil d’assistance et non comme un substitut à la réflexion humaine.

Le psychopédagogue Gabriel Boko a reconnu que l’IA révolutionne déjà le travail du chercheur en accélérant considérablement l’accès aux informations et la compilation des connaissances. Toutefois, il a mis en garde contre le risque de voir les apprenants perdre leur autonomie intellectuelle en s’appuyant excessivement sur des réponses instantanées.

Il a également attiré l’attention sur la nécessité de développer des bases de données africaines afin d’éviter une dépendance exclusive aux contenus produits ailleurs. À ses yeux, l’Afrique doit produire et valoriser ses propres connaissances pour empêcher toute forme de domination intellectuelle.

De son côté, le professeur de mathématiques et académicien Jean-Pierre Ezin a rappelé que l’intelligence artificielle demeure avant tout un outil. Selon lui, les éventuelles erreurs produites par les systèmes d’IA ne dispensent nullement les chercheurs de leur responsabilité de vérification et de validation des informations.

Pour l’universitaire, les principaux défis concernent davantage l’usage que les utilisateurs font de cette technologie, notamment les risques de plagiat ou de substitution de la réflexion personnelle par des réponses entièrement générées par l’IA. Il a plaidé pour une culture de responsabilité individuelle, tout en encourageant l’exploitation des données africaines afin de développer des solutions adaptées aux réalités locales.

À travers cette rencontre scientifique, l’ANSALB ambitionne ainsi de contribuer à l’élaboration de repères éthiques susceptibles d’accompagner l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans les secteurs de l’enseignement supérieur, de la recherche, de la santé et plus largement de la société béninoise.


‎Aser ABALLO

 

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