Face à la recrudescence des atteintes à l’environnement et à la dégradation prématurée des infrastructures publiques, l’Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin (ANSALB) a consacré son « Vendredi de l’Académie » à une réflexion approfondie sur les causes sociales et culturelles de ces infractions. Chercheurs, universitaires et experts ont appelé à une approche alliant savoirs endogènes, éducation et gouvernance participative pour garantir la durabilité des investissements réalisés par l’État.
L’amphithéâtre Idriss Déby Itno de l’Université d’Abomey-Calavi a accueilli, vendredi 24 juillet 2026, une nouvelle édition du « Vendredi de l’Académie », organisée par la Commission permanente Climat et environnement de l’Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin (ANSALB). Placée sous le thème « Analyse socio-anthropologique de certaines infractions environnementales au Bénin », cette rencontre scientifique a réuni universitaires, responsables d’institutions publiques, acteurs de la société civile et spécialistes des questions environnementales.
Ouvrant les travaux, le professeur Michel Boko, Secrétaire perpétuel de l’ANSALB et président de la Commission permanente Climat et environnement, a rappelé que « les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable » et que la protection de l’environnement demeure indissociable du bien-être des populations.
Selon lui, le gouvernement béninois a engagé, ces dernières années, d’importants investissements pour améliorer le cadre de vie des citoyens. Il a notamment cité le projet d’asphaltage, les infrastructures d’assainissement, le Programme d’assainissement pluvial de Cotonou (PAPC) ainsi que les actions de la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS). Ces initiatives visent à moderniser les villes, lutter contre les inondations, améliorer la salubrité et renforcer la santé publique.
Des investissements publics fragilisés par des comportements inciviques
Toutefois, a-t-il déploré, ces efforts restent fortement compromis par des comportements inciviques persistants. Le rejet anarchique des déchets, les déversements d’eaux usées sur la voie publique, les raccordements illégaux aux collecteurs, la vidange sauvage des fosses, l’occupation anarchique du domaine public, la pollution sonore ainsi que la divagation des animaux continuent de menacer la pérennité des ouvrages réalisés.

« Les populations semblent ne pas comprendre encore la gravité de la dégradation de l’environnement », a regretté le professeur Michel Boko, estimant que la simple répression ne saurait suffire à inverser cette tendance.
Au cours de la rencontre, trois communications scientifiques ont permis d’approfondir la réflexion. La première a dressé l’état des lieux des principales infractions environnementales observées au Bénin. Elle a été conduite par le Dr. Rosaire Atolou, directeur départemental du cadre de vie et des transports en charge du développement durable du littoral. La deuxième, par la professeure Sidonie Clarisse Hèdiblè, s’est intéressée aux facteurs sociaux, politiques, institutionnels et culturels qui expliquent la résistance des populations aux normes environnementales. Enfin, la troisième communication, donnée par Alexis Babylas Tobada, a proposé des modèles d’écocitoyenneté adaptés à la préservation durable des investissements publics dans le secteur du cadre de vie.
Les intervenants ont notamment mis en évidence que la persistance des infractions environnementales résulte d’une combinaison de plusieurs facteurs. Les inégalités sociales, le sentiment d’injustice, la méfiance envers l’autorité publique, le manque de moyens des structures chargées du contrôle ainsi que les traditions et habitudes culturelles freinent l’application effective des normes environnementales.
Miser sur les savoirs endogènes et l’écocitoyenneté pour un développement durable
L’une des principales innovations présentées au cours des échanges réside dans la réhabilitation des savoirs endogènes comme levier de gouvernance environnementale. Les chercheurs proposent de valoriser les interdits traditionnels, les tabous, les croyances, les autorités morales locales et les mécanismes communautaires qui, autrefois, assuraient une gestion durable des ressources naturelles.
Les communications recommandent également de renforcer l’éducation environnementale à tous les niveaux de l’enseignement, d’adapter les campagnes de sensibilisation aux langues nationales et aux réalités locales, d’impliquer davantage les détenteurs des savoirs traditionnels et de promouvoir les bonnes pratiques écocitoyennes au lieu de concentrer exclusivement les actions sur la répression.

Les experts ont par ailleurs insisté sur la nécessité de doter les structures compétentes de ressources humaines, matérielles et financières suffisantes afin d’améliorer la prévention, le contrôle et la lutte contre les infractions environnementales.
À l’issue des travaux, les participants ont exprimé leur conviction que la préservation durable des infrastructures réalisées par l’État passe autant par des investissements techniques que par une transformation profonde des comportements individuels et collectifs. Pour l’ANSALB, seule une gouvernance environnementale fondée sur la participation citoyenne, l’éducation et la valorisation des savoirs locaux permettra d’assurer un développement véritablement durable au Bénin.
Aser ABALLO
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