Opinion : Quel sort pour les réformes du président Patrice Talon après 2026 ?

Chronique

Depuis avril 2016, le Bénin vit au rythme d’une série de réformes qui touchent à tous les secteurs de la vie sociétale. C’est suite à l’élection du Président Patrice Talon qui a battu compagne sur la nécessité de transformer la société béninoise de fond en comble.

Si sur l’urgence des réformes, il y a un large consensus au sein des béninois, la façon de les mener et les objectifs pour lesquels elles doivent être menées ne font pas l’unanimité.

Le manque de consensus n’empêchera pas pour autant l’inéluctabilité des changements. Le changement, qu’il porte le nom de réforme ou de bouleversement, est un fait inévitable dans le cours du monde car comme l’a su bien dire Héraclite : « un homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Soit le changement se fait indépendamment de notre volonté et donc, est incontrôlable soit il est pensé et conduit par les hommes et par conséquent, contrôlable. Mais quoi qu’il en soit, nous ne serions l’éviter.

Quand nous ne prenons pas le devant du changement, le changement le ne s’arrête pas pour autant. Il faut donc soit nous adapter aux changements soit nous les approprier. C’est ce qui se passe quand à l’échelle mondiale, nationale, communautaire, organisationnelle ou familiale, les humains se projettent dans le temps et se donnent des programmes d’actions visant à l’atteinte d’objectifs quantifiables et appréciables dans l’espace et dans le temps.

Mais c’est aussi un fait qu’il ne suffit pas à un moment historique donné, de vouloir changer la cité pour y arriver. Ceux qui ont le pouvoir d’agir pour améliorer la vie de la cité, connaissent des fortunes diverses : la réussite totale, la réussite mitigée et l’échec total.

S’agissant des réformes entreprises par le Président Patrice Talon et dont la majorité des béninois sont unanimes sur la nécessité, bien qu’il n’y ait pas un consensus sur leur comment et leur pourquoi, il importe de s’interroger sur leur capacité à impacter la nation non pas juste pendant un mandat ou deux mais sur le long terme.

En effet, comme il n’y a pas un consensus sur ces réformes ainsi que sur leur mise en œuvre et leurs objectifs, il est à craindre qu’à la fin du second mandat du Président Patrice Talon, nous ayons un gouvernement qui fasse exactement le contraire de tout ce qu’il a fait jusqu’à présent sur les priorités telles que la lutte contre la corruption, le système partisan, la privatisation de l’économie, la promotion d’une économie de tourisme, etc…

Il est vrai que tout décideur a l’impératif d’aller vite et que, de ce fait, un gouvernant ayant l’autorité, à lui conférée par sa légitimité populaire, n’a pas à rechercher l’adhésion de tous à une politique avant de la mettre en œuvre.

Par contre, ce gouvernant, tout au moins, dans le contexte démocratique et de l’alternance du pouvoir, n’est pas éternel. Or les réformes, pour avoir un impact durable sur la société, doivent être mises en œuvre parfois sur plusieurs décennies.

La pérennisation de ces réformes exige alors que la recherche du consensus ne soit pas sacrifiée sur l’autel de la vitesse dans les actions. En effet, nous avons beau élaborer les meilleures politiques du monde et déployer plus d’énergie qu’il en faut pour leur réussite, mais ces réformes ne sont pas destinées à être mises en œuvre sur des objets et si les humains qui vivent ces réformes ont une mentalité qui est en déphasage avec elles, elles sont vouées d’avance à l’échec.

Alors il urge que s’instaure un débat public sur quelles doivent être les priorités de la politique publique du Bénin non seulement durant le mandat en cours mais aussi au cours de ce vingt-et-unième siècle.

À ce sujet, l’expérience des grandes démocraties, où malgré les changements à la tête de l’État, les choix stratégiques quant aux intérêts majeurs du pays demeurent inchangés, doit nous inspirer.

Alfred Cossi CHODATON (WhatsApp : 95401064), Le Libre Penseur, publié le dimanche 14 novembre 2021 à 20 heures