Le Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD) a officiellement lancé son bureau régional de Dakar à travers une concertation continentale de haut niveau consacrée à la protection des défenseuses des droits humains. Réunissant institutions africaines, partenaires internationaux et acteurs de la société civile, la rencontre a mis en lumière les défis persistants liés à la sécurité et à la reconnaissance des militantes engagées sur le continent.
Le Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD) a procédé, mardi 16 juin 2026 à Dakar, au lancement officiel de son quatrième bureau régional à l’occasion d’une concertation institutionnelle afroféministe de haut niveau. Organisée sous le thème « Solidarité, Protection et Lignée d’Engagement », la rencontre s’est tenue à huis clos dans l’immeuble Cité Keur Gorgui et a réuni une trentaine de participants sous la règle de Chatham House.

Cette implantation à Dakar vient renforcer le maillage régional du réseau déjà présent à Porto-Novo, siège de l’organisation, ainsi qu’à Accra et Banjul. Intermédiaire afroféministe panafricain, le RFLD fédère 670 organisations membres dans plus de 35 pays africains et bénéficie du statut d’observateur n°553 auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP).
Une mobilisation internationale autour des droits humains
Plusieurs personnalités de premier plan ont pris part aux échanges. La CADHP était représentée par le Professeur Remy Ngoy Lumbu, Rapporteur spécial sur les défenseurs des droits humains et point focal sur les représailles en Afrique. La Suède était représentée par son ambassadrice au Sénégal, Catharina Cappelin, accompagnée de Khady Touré. L’Allemagne a mobilisé plusieurs responsables institutionnels, notamment Henriette Wolf, Katja Roeckel et Mathias Muehlhans.

La société civile africaine était également fortement représentée avec la participation de Hannah Forster, directrice exécutive du Centre africain pour la démocratie et les études des droits de l’homme, du juriste Mabassa Fall, de Naji Moulay Lahsen de CIDH Sahel et Afrique du Nord, ainsi que du défenseur sénégalais des droits humains Sadikh Niass.
Des défenseuses des droits humains venues du Mali, du Burkina Faso, du Niger et de la Guinée ont partagé leurs expériences dans des environnements marqués par la restriction de l’espace civique. Plusieurs organisations féministes sénégalaises, dont LIBERA, ActionAid Sénégal, l’Association des Juristes Sénégalaises, JGEN Sénégal, FAADEV et le Collectif des Féministes du Sénégal, ont également pris part aux travaux. La Direction Genre de la Police nationale du Sénégal et une magistrate du Pool Judiciaire Financier figuraient aussi parmi les participantes.
Le défi de transformer les normes en protection effective
Dans son intervention, le Professeur Ngoy Lumbu a rappelé les avancées normatives du système africain des droits humains, notamment les résolutions 522 sur les droits numériques des femmes et 596 sur les défenseuses des droits humains. Il a toutefois soulevé une préoccupation majeure : la difficulté de transformer les mécanismes continentaux de protection en garanties concrètes au niveau national, particulièrement dans les pays en transition politique.

Une analyse partagée par le Professeur Mabassa Fall, selon qui le défi ne réside pas dans l’absence d’instruments juridiques, mais dans les mécanismes permettant aux défenseuses de convertir les décisions continentales en protections effectives dans leurs pays respectifs.
La rencontre a également mis en avant les partenariats stratégiques du RFLD. La Suède soutient l’organisation à travers l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida), dans le cadre du consortium NAFASI dédié à la défense de l’espace civique numérique africain. De son côté, l’Allemagne accompagne le réseau à travers le programme SEA-T et l’Initiative Afroféministe pour le Développement des Droits Humains en Afrique de l’Ouest Francophone, mise en œuvre dans huit pays de la sous-région avec l’appui de la GIZ.
Prenant la parole au nom des défenseuses présentes, une participante a lancé un message fort : « Nous ne sommes pas venues pour de la sympathie. Nous sommes venues pour la solidarité, la protection et la lignée d’engagement que cette salle a reconnue. »
Le RFLD était représenté par son Directeur de la stratégie et du développement, John Gbenagnon, tandis que les principales discussions ont été conduites par Bathor Seck, représentante pays pour le Sénégal, au nom de la Directrice Afrique, Dossi Sêkonnou Gloria Agueh. Le réseau mène actuellement une levée de fonds comprise entre 15 et 50 millions de dollars américains dans le cadre de sa stratégie 2026-2028.
Installé aux 5e et 6e étages de la résidence « AW 06 » à Cité Keur Gorgui, le nouveau bureau de Dakar devient désormais l’ancrage opérationnel du RFLD pour l’Afrique de l’Ouest francophone.
Aser ABALLO