Mondial 2026 : L’arbitre Omar Artan refoulé des États-Unis, acclamé en Somalie

Afrique Sports

Il est déjà un des symboles du Mondial 2026

Après s’être vu refuser l’entrée aux États-Unis, alors qu’il devait y officier en tant qu’arbitre pour la Coupe du monde de football, Omar Artan a été accueilli comme un héros de la nation en Somalie à son retour, mercredi 10 juin. Son cas a mis en lumière la politique migratoire américaine, devenue un véritable problème pour l’organisation du Mondial.

Omar Artan pourra au moins se consoler avec ça. C’est en héros que l’arbitre somalien, désigné meilleur arbitre africain et choisi pour officier à la Coupe du monde 2026 de football, a été accueilli à son atterrissage à Mogadiscio, après avoir été refusé d’entrée au États-Unis et été interrogé pendant près de 11 heures, selon ses dires.

À sa descente de l’avion, ce 10 juin, veille de coup d’envoi du Mondial co-organisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique, de nombreux journalistes et des personnes venues lui manifester du soutien étaient présentes, obligeant des militaires à encadrer l’arbitre pour lui permettre d’avancer. Après quoi, il a été reçu par le président Hassan Cheikh Mohamoud et porté en triomphe devant plusieurs milliers de personnes dans le stade de Mogadiscio. 

Et ce n’est pas le seul soutien qu’il a reçu. Outre les personnalités du sport et le ministre somalien de la Jeunesse et des Sports, qui a assuré avoir tenté de peser auprès de la Fédération internationale de football (Fifa) pour faire évoluer – sans succès – la situation, le Premier ministre de la Colombie-Britannique, la province canadienne où se trouve Vancouver, une des villes hôtes de la Coupe du monde a proposé d’accueillir Omar Artan. 

« M. Artan serait accueilli à bras ouverts et fêté en Colombie-Britannique pour les épreuves qu’il a surmontées et pour ce qu’il est devenu aujourd’hui. Faisons-le arbitrer à Vancouver », a écrit David Eby sur X. Une initiative louable mais qui n’aboutira pas, puisque les arbitres de la compétition sont tous rassemblés à Miami, où ils sont briefés, s’entraînent, revisionnent les matches… et où ils retournent entre chaque rencontre. 

 

« Je ne suis qu’un arbitre qui tentait de vivre son rêve »

Dans un entretien téléphonique accordé mardi au New York Times depuis Istanbul, où il a été renvoyé, l’arbitre somalien, âgé de 34 ans, a indiqué qu’il ignorait les raisons pour lesquelles il avait été interdit d’entrée sur le territoire des États-Unis. « J’avais les bons documents, j’avais tout, j’avais le bon visa, a-t-il dit, faisant part de sa déception. Je ne suis qu’un arbitre qui tentait de vivre son rêve, le plus grand rêve de ma vie, participer à la Coupe du monde. »

Le refoulement d’Omar Artan constitue l’un des principaux accrocs de ce Mondial qui n’a pas encore commencé et dont la politique sécuritaire pose question. Sans compter qu’une des accompagnants de la délégation iranienne a été privé de visas et de nombreux supporters ont vu leur autorisation d’entrée sur le territoire annulée sans explication, juste avant leur départ, après avoir dépensé de grosses sommes d’argent entre hébergement, billets d’avion et billets pour les matches.

Même chez les joueurs, certains cas ont provoqué des complications. Selon le quotidien britannique Guardian, l’attaquant vedette de la sélection irakienne Aymen Hussein a été retenu près de sept heures samedi 6 juin à l’aéroport de Chicago, tandis que le photographe officiel de la sélection, Talal Salah, s’est vu refuser l’entrée sur le territoire malgré un visa valide. Côté suisse, l’attaquant Breel Embolo, privé la semaine dernière d’autorisation administrative pour entrer aux États-Unis à quelques jours du Mondial en raison d’une condamnation judiciaire, a finalement obtenu un visa et rejoindra ses coéquipiers vendredi 12 juin.

 

Réaction de l’ONU

 

L’affaire a fait réagir jusqu’à l’ONU. « J’espère vraiment qu’il y aura une remise en question en profondeur de la manière dont l’application des politiques migratoires affecte les droits humains et la dignité humaine, et que, notamment dans le cadre de la Coupe du monde, on repense les politiques qui, malheureusement, semblent prévaloir actuellement, en particulier aux États-Unis », a lancé le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, lors d’une conférence de presse à Genève.

 

La Somalie indignée

 

La Somalie avait réagi avec indignation mardi après qu’Omar Artan a été refoulé. Le ministère de la Jeunesse et des Sports somalien a défendu « l’intégrité » d’Omar Artan, l’assurant de son « soutien indéfectible ». « Omar Abdulkadir Artan disposait d’un visa en règle », avait assuré lundi à l’AFP Ciise Aden Abshir, haut conseiller auprès du ministère somalien de la Jeunesse et des Sports et ancien capitaine de l’équipe nationale somalienne, appelant « la communauté du football à le soutenir en cette période difficile ».

« Il ne représente pas seulement la Somalie, mais les aspirations de millions d’Africains qui croient que l’excellence doit être reconnue mondialement », a lancé sur X l’ex-Premier ministre et opposant Hassan Ali Khaire, ajoutant : « Omar, l’Afrique et le monde te soutiennent. » Il est « particulièrement préoccupant qu’un professionnel de son calibre semble avoir perdu cette opportunité historique non pas en raison de sa conduite, de ses qualifications ou de ses accomplissements, mais à cause des circonstances liées à son pays d’origine », a estimé le député de l’opposition Abdirahman Abdishakur. 

Le pays de la Corne de l’Afrique est l’un des nombreux États dont les citoyens sont frappés d’une interdiction de voyage aux États-Unis par l’administration de Donald Trump. Fin novembre 2025, le président américain avait qualifié la Somalie de « pays pourri » et fait part de son intention de mettre fin au statut spécial protégeant les ressortissants somaliens d’une expulsion. Un responsable du Département d’État américain a déclaré mardi soir à l’AFP que l’arbitre était « ​​​​​​​lié à des personnes soupçonnées d’appartenir à des organisations terroristes », ce qui « ​​​​​​​rendait le voyageur inéligible à l’entrée » sur le sol américain.

 

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