Emmanuel Macron sur RFI, France 24 et TV5 Monde :  «L’Afrique va réussir et on réussira avec»

Afrique International

Le sommet Africa Forward s’est achevé ce 12 mai 2026 à Nairobi. À l’issue de cet événement, le président français a accordé un entretien à RFI, France 24 et TV5 Monde. Dans cette interview, Emmanuel Macron revient sur sa volonté de renouveler le partenariat avec l’Afrique dans sa globalité. Il fait également le bilan de sa politique africaine, neuf ans après un discours marquant en 2017 à Ouagadougou.

 

« Je suis hyper fier de ce bilan. » À un an de la fin de son deuxième mandat, le chef de l’État a accordé un entretien à RFI, France 24 et TV5 Monde. En marge d’Africa Forward (« En avant l’Afrique »), sommet coorganisé avec le Kenya ces 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, le président français s’est exprimé durant 40 minutes sur divers sujets en lien avec l’Afrique, dont son bilan africain. « Je n’ai pas de regrets, a-t-il assuré. J’ai une immense ambition pour ce continent que j’aime, qui est un trésor pour le monde, qui est le continent le plus jeune, le plus dynamique au monde. Je veux que notre jeunesse en France comprenne qu’elle a un destin lié avec ce continent. L’Afrique va réussir et on réussira avec. »

Neuf ans après le discours de Ouagadougou, prononcé en novembre 2017 au Burkina Faso, Emmanuel Macron a affirmé que son objectif était de « réinventer » la relation entre son pays et l’Afrique et d’« acter que c’est un partenariat d’égal à égal ».

Questionné sur un rejet de la France sur le continent, Emmanuel Macron a minimisé : « Il y en a, il faut être lucide, dans une partie de la jeunesse qui est poussée par certains activistes qu’on écoute parfois beaucoup, et quand on relaie aussi les récits qui sont faits par d’autres puissances, qui sont les vrais colonisateurs du XXIᵉ siècle et qui sont les Russes et d’autres. »

« Un partenariat de sécurité qui est beaucoup plus sain et équitable »

Des Russes présents dans plusieurs pays d’Afrique, à travers le groupe paramilitaire Africa Corps, notamment au Mali. Ce pays est en proie depuis le 25 avril aux attaques coordonnées des jihadistes du Jnim et aux rebelles du Front de libération de l’Azawad. « Je pense au peuple malien et à ce qu’il subit depuis tant d’années sous les coups de boutoir de groupes terroristes, puis de décisions qui ont été prises par les auteurs de coups d’État », a lancé Emmanuel Macron, renvoyant la responsabilité de la situation sécuritaire aux autorités de transition.

La présence militaire de la France en Afrique s’est considérablement réduite sous ses deux mandats, trois ans et demi après la fin de l’opération Barkhane dans la bande sahélo-saharienne, plus de trois ans après le départ des troupes françaises du Burkina Faso, près de deux ans et demi après celui du Niger, un an demi après le retrait du Tchad, ou dix mois après la fermeture de sa base à Dakar. Le président français a néanmoins vanté un « partenariat de sécurité qui est beaucoup plus sain et équitable ». Et d’ajouter : « Ces grandes bases (françaises) qui existaient, elles étaient un peu utilisées par certains en disant : « Les Français sont là pour vous recoloniser, vous voyez, ils ont des milliers de soldats, ils soutiennent les dirigeants en place, ils ont un agenda à la papa ! » »

 

Un dialogue plutôt que des sanctions envers le Rwanda

Questionné sur plusieurs conflits qui ravagent le continent, Emmanuel Macron a exprimé une réserve au sujet d’éventuelles sanctions européennes envers le Rwanda en raison du rôle de Kigali dans la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). « Si aujourd’hui, tout le monde se précipite (sur les sanctions) parce que les Américains l’ont fait et met le Rwanda au ban, il y a peu de chances qu’on convainque le Rwanda d’avoir une politique coopérative. Moi, je crois plus dans la vertu du dialogue avec les deux dirigeants principaux », insiste-t-il, au sujet du président congolais Félix Tshisekedi et de son homologue rwandais Paul Kagame.

Sur le Soudan, en proie à une violente guerre depuis avril 2023, le chef de l’État réclame « ​​​​​​​un cessez-le-feu le plus rapide possible » : « ​​​​​​​Il faut une pression avant d’aller vers les sanctions, qu’on ait déjà des pressions claires sur tous les pays qui aident (les belligérants) pour les convaincre d’arrêter cela. Un de mes objectifs des prochains mois, c’est de les mettre ensemble autour de la même table ou de les coordonner pour qu’ils arrêtent cette aide avec la reprise d’un dialogue qui fasse émerger une solution civile. »

 

« ​​​​​​​Porter au G7 cette voix africaine pour la réouverture d’Ormuz »

Interrogé sur les chocs exogènes qui menacent la stabilité du continent, à commencer par le conflit au Moyen-Orient et la fermeture du stratégique détroit d’Ormuz, Emmanuel Macron a assuré vouloir, comme « ​​​​​​​à chaque fois », « ​​​​​​​essayer de défendre la voix de l’Afrique dans les grandes crises », notamment lors du prochain sommet du G7 que la France accueillera : « On va porter au G7 cette voix africaine pour dire que la réouverture d’Ormuz est la priorité absolue, et la réouverture d’Ormuz doit être l’étape numéro un de notre agenda quand on parle du Moyen-Orient. » « Sans péage », a-t-il précisé.

Le président a au passage « ​​​​​​​déploré » « ​​​​​​​une escalade dans les déclarations » entre Américains et Iraniens et souligné que le cessez-le-feu « ​​​​​​​n’est pas respecté au Liban, ce qui est inacceptable ».

 

Un entretien mené par Mounia Daoudi (RFI), Stéphane Ballong (France 24) et Nidhya Paliakara (TV5 Monde), à écouter sur 30 minutes sur les trois chaînes ce 12 mai à partir de 19hTU (21h heure de Paris) et en intégralité ce 13 mai à 6h15 TU (8h15 heure française).