Dans l’imaginaire collectif, l’accession aux plus hautes responsabilités de l’État sonne souvent comme un point de rupture avec la vie antérieure.
Les fonctions académiques, intellectuelles ou professionnelles sont reléguées au second plan, parfois définitivement abandonnées au profit des exigences du pouvoir. Pourtant, certaines figures échappent à cette logique. Joseph Fifamin Djogbenou en offre une illustration remarquable.
Président de l’Assemblée nationale, professeur agréé, juriste émérite, il incarne cette rare catégorie d’hommes d’État qui refusent de rompre avec leur vocation première.
En dépit d’un agenda chargé, marqué par les responsabilités institutionnelles et politiques, il continue de fréquenter les amphithéâtres, fidèle à ce qu’il considère, manifestement, comme plus qu’un métier : une mission.
Sa présence remarquée sur le campus de l’Université d’Abomey-Calavi, craie à la main, face aux étudiants, n’est pas un simple fait anecdotique. Elle est un symbole : celui d’un attachement profond au savoir, à sa transmission et, surtout, à la jeunesse. Dans un contexte où l’exercice du pouvoir tend à éloigner des réalités fondamentales, ce geste apparaît comme un acte de cohérence et de conviction.
Car enseigner, c’est semer. Et semer, c’est croire en l’avenir. En choisissant de rester au contact des apprenants, Joseph Djogbénou rappelle que la construction d’une nation ne repose pas uniquement sur les décisions prises dans les hémicycles, mais aussi sur la qualité de la formation de ses élites.
L’éducation demeure, à bien des égards, le socle le plus solide sur lequel se bâtit toute ambition de développement durable.
À l’heure où certains considèrent la politique comme une fin en soi, cette posture vient réhabiliter une autre vision : celle du service. Service de l’État, certes, mais aussi service du savoir. Et entre ces deux dimensions, loin d’exister une contradiction, il existe une complémentarité évidente.
Rester « collé à la craie » au sommet de l’État, c’est refuser la tentation de la déconnexion. C’est affirmer que la grandeur d’un homme ne se mesure pas seulement à la hauteur des fonctions qu’il occupe, mais aussi à sa capacité à rester fidèle à ce qui l’a construit.
En définitive, au-delà de l’image, le message est puissant : aucun destin national ne peut s’écrire sans investir durablement dans l’intelligence de sa jeunesse. En cela, l’exemple donné mérite d’être salué, mais surtout médité.
Romain KIKI