Rentrée scolaire et reprise des activités professionnelles : Comment retrouver une alimentation équilibrée sans se priver ?

Société

Après des semaines de repas et d’horaires décalés, la reprise des classes et du travail bouleverse les habitudes alimentaires. La nutritionniste-diététiste Inès Fifamè Honfo préconise une transition progressive, fondée sur la régularité, l’anticipation et la diversité alimentaire.

 

À peine les réveils réglés sur l’heure de l’école, une autre course commence dans les foyers : celle du petit-déjeuner. Entre les enfants à préparer, les journées de travail à reprendre et les horaires serrés, le premier repas de la journée devient souvent la première victime de la rentrée. Pourtant, retrouver un rythme alimentaire régulier est essentiel pour accompagner cette reprise. Invitée de L’Invité de la Matinale sur E-Télé, la nutritionniste-diététiste Inès Fifamè Honfo appelle à changer progressivement les habitudes, sans privation ni culpabilisation.

 

Après les vacances, le corps doit reprendre ses repères

 

Les vacances ont leur propre rythme. On se couche plus tard, on se réveille parfois à pas d’heure, les repas sont moins structurés et l’activité physique peut diminuer. Puis vient la rentrée, avec son lot d’obligations : réveil matinal, classes, travail, pauses limitées et journées plus longues.

« Durant la période des vacances, notre rythme se retrouve complètement chamboulé », explique Inès Fifamè Honfo. Le retour à la routine exige alors davantage d’énergie et de concentration, d’où l’importance, selon elle, de retrouver « des horaires de repas réguliers et plus fixes ».

Mais attention à la tentation de vouloir tout corriger immédiatement. Après les éventuels excès des vacances, se restreindre fortement n’est pas la bonne réponse. « On ne corrige pas un problème en en créant un autre », prévient la spécialiste. Elle recommande plutôt « un retour tout progressif vers une alimentation plus équilibrée ».

 

Manger équilibré ne veut pas dire tout supprimer

Dans les esprits, alimentation équilibrée rime parfois avec interdictions : moins de sucre, pas de gras, pas de sel. Une vision que la nutritionniste nuance.

« Une alimentation équilibrée n’est absolument pas une alimentation sans gras, sans sel, sans sucre », insiste-t-elle. L’objectif est plutôt de réunir les différents groupes d’aliments dans des proportions adaptées aux besoins de chacun. Légumes et fruits, féculents et sources de protéines doivent ainsi trouver leur place dans l’alimentation.

Les besoins ne sont toutefois pas identiques pour tout le monde. L’enfant, par exemple, ne mange pas nécessairement selon les mêmes proportions qu’un adulte. Pour lui, explique la spécialiste, l’assiette peut être répartie en trois parties entre féculents, légumes et sources de protéines.

 

Le petit-déjeuner, première victime de la course du matin

Dans les foyers pressés, le scénario est bien connu : il faut réveiller les enfants, les préparer, se préparer soi-même et partir à l’heure. Résultat, le petit-déjeuner passe parfois à la trappe. Pour Inès Fifamè Honfo, il faut autant que possible éviter cette habitude. « Il faudrait déjà éviter de sauter le petit-déjeuner », affirme-t-elle, tout en recommandant des horaires de repas réguliers et l’absence de sauts de repas. Pourtant, un petit-déjeuner équilibré ne demande pas nécessairement beaucoup de temps. Bouillie, pain ou céréales peuvent constituer la base, accompagnés d’une source de protéines ou d’un produit laitier et d’un fruit. Et si l’appétit n’est pas au rendez-vous le matin, inutile de forcer. La spécialiste conseille plutôt de rechercher la cause : dîner trop tardif, grignotage nocturne ou mauvaise qualité du sommeil peuvent expliquer cette absence de faim.

 

Pour tenir le rythme, il faut anticiper

Lorsque les journées sont chargées, l’organisation devient un allié précieux. Pour la nutritionniste, le mot d’ordre est clair : « Le secret, c’est l’anticipation ».Le week-end peut notamment servir à préparer certains aliments et à organiser les repas de la semaine. Une méthode qui permet d’éviter les décisions prises dans la précipitation au moment où la fatigue s’installe. Pour les parents qui disposent de peu de temps, cette anticipation peut passer par une préparation préalable des ingrédients. La farine pour la bouillie, les œufs, les épices ou les fruits peuvent ainsi être préparés à l’avance. Quelques minutes suffisent alors pour composer un repas plus complet le matin.

Manger dehors sans abandonner l’équilibre

Restaurant, cantine ou repas pris rapidement : la rentrée peut aussi modifier les habitudes de déjeuner. Mais manger à l’extérieur n’est pas forcément synonyme de mauvaise alimentation. « Déjeuner à l’extérieur ne signifie pas systématiquement mal manger », assure Inès Fifamè Honfo. Le principe consiste à faire les bons choix parmi les possibilités disponibles : privilégier les légumes et les sources de protéines et limiter les excès de friture et de matières grasses. Même les fast-foods, fritures et boissons sucrées ne sont pas nécessairement à bannir totalement. « On pourrait se faire plaisir de temps en temps », estime-t-elle. L’essentiel reste la quantité et surtout la fréquence.

 

À l’école, l’alimentation soutient aussi la concentration

 

Pour les enfants, la question est encore plus sensible. Leur alimentation accompagne leur croissance, leur énergie et leur capacité à rester concentrés durant les cours.

Deux priorités ressortent selon la spécialiste : la régularité et la variété. « L’enfant doit manger régulièrement parce que l’enfant qui va à l’école a besoin de beaucoup d’énergie », souligne-t-elle. Petit-déjeuner, déjeuner et collations doivent donc être intégrés dans la journée. La variété compte également : alterner les repas permet de mieux couvrir les différents besoins nutritionnels. Mais les bonnes habitudes ne s’arrêtent pas au contenu de l’assiette. Elles s’apprennent aussi à la maison. « Les parents doivent également donner le bon exemple à leur enfant », insiste Inès Fifamè Honfo.

Le sommeil et l’activité physique entrent aussi dans l’équation

Une bonne alimentation ne peut être dissociée du sommeil. « Lorsque je dors mal, il y a de très fortes chances que je mange mal », explique la nutritionniste. La fatigue peut notamment renforcer l’envie de consommer des aliments sucrés. L’hydratation reste elle aussi essentielle. La spécialiste insiste sur la nécessité de boire régulièrement tout au long de la journée et évoque une recommandation moyenne de 1,5 à 2 litres, tout en précisant que les besoins varient selon les personnes. Quant à l’activité physique, elle ne doit pas disparaître avec la reprise du travail ou des cours. Après plusieurs heures passées assis, bouger permet notamment de limiter les effets de la sédentarité.

 

Bien manger n’est pas réservé aux plus aisés  

 

Le prix est souvent présenté comme un frein à l’alimentation équilibrée. Pourtant, la nutritionniste rejette l’idée selon laquelle bien manger serait forcément coûteux. « Bien manger n’est pas égal à être riche », affirme-t-elle. Les produits locaux disponibles sur les marchés peuvent permettre de composer des repas variés : maïs, légumes, poisson, fromage de soja et fruits peuvent notamment entrer dans cette composition. L’équilibre alimentaire serait donc moins une question de richesse qu’une question de choix, de variété et d’organisation. 

La charge des repas pèse encore lourdement sur les femmes

Dans de nombreux foyers, organiser l’alimentation familiale représente aussi une charge quotidienne importante pour les femmes. Faire les courses, choisir les repas, cuisiner et gérer parallèlement une activité professionnelle peut rapidement devenir épuisant. « Ça fait une grosse charge de travail », reconnaît Inès Fifamè Honfo. Selon elle, cette accumulation peut conduire certaines femmes à prendre moins soin de leur propre alimentation, faute de temps et d’énergie. La question de l’alimentation devient alors aussi celle du partage des responsabilités au sein de la famille.

Trois habitudes pour une rentrée plus équilibrée

Au terme de l’entretien, la spécialiste retient trois réflexes essentiels : garder un rythme de repas régulier, rester suffisamment hydraté et consommer davantage de fruits et de légumes. La rentrée ne doit donc pas être synonyme de régime drastique ou de privations. Elle peut simplement devenir le moment de reprendre progressivement de meilleures habitudes. « Votre plus gros capital aujourd’hui, c’est votre santé », rappelle Inès Fifamè Honfo. Une phrase qui résume l’essentiel de son message : dans la course de la rentrée, prendre le temps de manger correctement n’est pas une contrainte supplémentaire. C’est aussi une manière de prendre soin de soi et de mieux affronter les journées qui recommencent.

 

Mireine YAHOUNGO