Niger : Bazoum appelle à l’aide, les putschistes menacent et limogent quatre ambassadeurs

Afrique

La tension est encore montée d’un cran dans le pays, alors que la date butoir donnée par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) pour rétablir l’ordre constitutionnel approche. L’ambassadeur nigérien à Paris a d’ailleurs été limogé par les putschistes, tout comme ceux aux Etats-Unis, au Togo et au Nigeria.

Le président élu du Niger Mohamed Bazoum a prédit des « conséquences dévastatrices » dans la région si le coup d’Etat réussit dans son pays et appelé la communauté internationale à l’aide, les putschistes promettant pour leur part une « riposte immédiate » à « toute agression ». Tard jeudi, dans un communiqué lu à la télévision, les putschistes ont dénoncé « les accords de coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense avec la France », dont un contingent militaire est déployé au Niger.

Des conséquences « dévastatrices » selon Bazoum

Et ils ont promis une « riposte immédiate » à « toute agression » de la part d’un pays de la Cédéao, hors Mali et Burkina Faso, membres « amis » suspendus, eux aussi dirigés par des putschistes. Ces annonces sont intervenues peu après l’arrivée d’une délégation du bloc ouest-africain à Niamey pour tenter de trouver une sortie de crise, huit jours après le coup d’Etat au Niger qui a renversé le 26 juillet Mohamed Bazoum.

Celui-ci s’est exprimé jeudi soir, dans une tribune publiée par le quotidien américain Washington Post. Il a mis en garde contre les conséquences « dévastatrices » du coup d’Etat pour le monde et le Sahel, qui pourrait passer, selon lui, sous l' »influence » de la Russie par le biais du groupe paramilitaire Wagner. « J’appelle le gouvernement américain et l’ensemble de la communauté internationale à aider à restaurer l’ordre constitutionnel », écrit-il, « à titre d’otage », dans sa première déclaration publique depuis son renversement.

Plusieurs forces prêtes à intervenir

La Cédéao, qui a imposé de lourdes sanctions à Niamey, a donné jusqu’à dimanche aux putschistes pour rétablir Mohamed Bazoum, sous peine de potentiellement utiliser « la force ». Le président du Nigeria Bola Tinubu, aussi président en exercice de la Cédéao, a toutefois demandé à Abdulsalami Abubakar, à la tête de la délégation, de « tout faire » pour trouver une « résolution à l’amiable ».

L’organisation, qui a notamment suspendu les transactions financières avec le Niger, a dit se préparer à une opération militaire, même si elle a souligné qu’il s’agissait de « la dernière option sur la table ». Les chefs d’état-major de la Cédéao sont réunis à Abuja jusqu’à vendredi. Plusieurs armées ouest-africaines, dont celle du Sénégal , se disent prêtes à intervenir si l’ultimatum n’est pas respecté dimanche.

« Revenir à la raison »

Les relations sont tendues entre Niamey et le bloc ouest-africain, et le sont également avec la France, ancienne puissance coloniale. L’ambassadeur nigérien à Paris a d’ailleurs été limogé par les putschistes, tout comme ceux aux Etats-Unis, au Togo et au Nigeria. Jeudi, les programmes de Radio France Internationale (RFI) et de la chaîne de télévision d’information France 24 ont été interrompus au Niger, « une décision prise hors de tout cadre conventionnel et légal », selon la maison-mère des deux médias, France Médias Monde.

Les signaux des deux médias ont été coupés « sur instructions des nouvelles autorités militaires », a indiqué à l’AFP un haut fonctionnaire nigérien. La France a condamné « très fermement » cette décision. RFI et France 24 sont déjà suspendus au Burkina Faso et au Mali voisins, où les militaires nigériens au pouvoir ont envoyé des délégations mercredi. Le Mali et le Burkina Faso ont affirmé que toute intervention armée au Niger serait considérée « comme une déclaration de guerre » à leurs deux pays.

Evacuations

Des incidents dimanche lors d’une manifestation devant l’ambassade de France à Niamey ont entraîné l’évacuation mardi et mercredi de 577 Français. Des milliers de manifestants soutenant la junte au pouvoir sont sortis jeudi dans le calme dans les rues de plusieurs villes nigériennes, à l’appel du M62, une coalition d’organisations de la société civile « souverainistes ».

Nombre d’entre eux scandaient des slogans critiques de la France et brandissaient des drapeaux de la Russie — dont se sont déjà rapprochés le Mali et le Burkina. Les accès à l’ambassade française et à d’autres chancelleries proches étaient bloqués jeudi par les forces de l’ordre nigériennes, ont constaté des journalistes de l’AFP. Avant la manifestation, Paris avait rappelé « que la sécurité des emprises et des personnels diplomatiques (étaient) des obligations au titre du droit international ».

Selon le chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani, il n’y a « aucune raison objective » de « quitter » le pays. Les Etats-Unis, partenaires du Niger comme la France, ont de leur côté affrété un avion pour évacuer leur personnel non essentiel dans le pays , quand le président Joe Biden a appelé « à la libération immédiate du président Bazoum ». Les deux alliés de ce pays en proie à des violences jihadistes depuis plusieurs années y déploient respectivement 1.100 et 1.500 militaires, dont l’évacuation n’est pas prévue.