Cybercriminalité au Bénin : Le DG de la CNIN fait des révélations et alerte sur de nouvelles formes d’arnaques

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Invité d’une émission pour se prononcer sur la cybercriminalité et à la sécurité numérique, le Directeur général du Centre national d’investigations numériques (CNIN), Ouanilo Medegan Fagla, a dressé un tableau sans complaisance du phénomène au Bénin. Entre escroqueries de masse, plateformes frauduleuses pilotées depuis l’étranger, sextorsion et manipulation des jeunes, il a déconstruit plusieurs idées reçues et lancé un appel à la vigilance ainsi qu’à la patience face aux mirages de l’enrichissement rapide.

 

‎La cybercriminalité au Bénin ne se limite plus aux clichés habituels. Pour le Directeur général de la CNIN, Ouanilo Medegan Fagla, le phénomène a pris une ampleur considérable en raison de la facilité d’accès aux outils numériques. « Il suffit d’un téléphone Android, d’un numéro de téléphone et d’un compte Facebook pour commencer », a-t-il expliqué, décrivant une activité devenue accessible à des profils très divers, loin de l’image du pirate informatique hautement qualifié.

‎Selon lui, de nombreux jeunes sont enrôlés dans des réseaux d’escroquerie où ils jouent souvent le rôle de simples « rabatteurs ». Munis de messages préconçus fournis par des intermédiaires plus expérimentés, ils multiplient les prises de contact sur les réseaux sociaux avant de transférer les victimes potentielles vers des opérateurs plus aguerris.

‎Il fournit comme exemple, des jeunes maçons qui n’ont pas tellement la maîtrise du français mais qui sont capables de communiquer en chinois et en d’autres langues.

‎Une pyramide de l’arnaque numérique

‎Le responsable de la CNIN compare la cybercriminalité à une pyramide dont la base est constituée des arnaques les plus simples mais aussi les plus nombreuses. Plus on monte, plus les mécanismes deviennent sophistiqués.

A ce niveau supérieur, il évoque notamment l’action de groupes étrangers, particulièrement originaires d’Asie, capables de mettre en place en quelques jours des plateformes numériques complexes, des applications mobiles, des centres d’appels, des groupes Telegram ou WhatsApp et des réseaux de gestion opérant simultanément dans plusieurs pays.

‎Ces structures proposent souvent de faux programmes de gains en ligne présentés comme des opportunités de lutte contre le chômage. Les victimes sont invitées à investir progressivement de petites sommes pour accomplir de prétendues tâches quotidiennes. Après avoir collecté d’importants montants, les organisateurs disparaissent, laissant derrière eux des milliers de victimes et des plateformes fermées.

‎Selon les estimations évoquées par le DG de la CNIN, certains de ces systèmes peuvent générer jusqu’à un million de dollars par mois avant leur disparition.

‎Les amateurs de cryptomonnaies exposés

‎L’un des points d’inquiétude soulevés concerne l’utilisation des cryptomonnaies dans les circuits de blanchiment et de transfert des fonds issus des escroqueries.

‎Le directeur général a mis en garde les jeunes impliqués dans le trading de cryptomonnaies qui servent parfois, souvent sans mesurer les conséquences, d’intermédiaires dans ces opérations. Une situation qui les expose à des poursuites judiciaires alors que les véritables organisateurs ont déjà quitté le territoire.

‎La sextorsion, une menace aux conséquences dramatiques

‎Parmi les formes de cybercriminalité les plus préoccupantes, le DG de la CNIN a insisté sur la sextorsion. Cette pratique consiste à obtenir des images ou vidéos intimes avant d’exiger de l’argent sous la menace de leur diffusion.

‎Pour lui, cette forme d’extorsion est particulièrement grave en raison de ses conséquences psychologiques. Il a révélé que plusieurs victimes, dans différents pays africains, se sont suicidées après la publication de contenus compromettants.

‎Face à ce phénomène, il invite les victimes à briser le silence. « La honte est l’arme principale des maîtres chanteurs », a-t-il souligné, encourageant toute personne concernée à signaler rapidement les faits aux autorités compétentes.

‎« Ce n’est pas seulement l’argent des Blancs »

‎Le DG de la CNIN a également tenu à déconstruire une idée largement répandue selon laquelle les cybercriminels béninois ne s’attaqueraient qu’à des victimes occidentales.

‎Les statistiques dont dispose l’institution montrent au contraire que la majorité des plaintes reçues concernent des victimes béninoises et africaines. Sur une centaine de plaintes quotidiennes, seules quelques-unes proviendraient de l’étranger.

Les premières victimes sont les Béninois eux-mêmes », a-t-il insisté, dénonçant une justification qu’il juge dépassée et dangereuse.

‎Autre idée reçue battue en brèche : celle du cybercriminel présenté comme un expert de haut niveau en informatique.

‎Pour le responsable, la plupart des escrocs excellent davantage dans la manipulation psychologique que dans la maîtrise technique des systèmes informatiques. Leur force réside principalement dans l’ingénierie sociale, c’est-à-dire leur capacité à convaincre, séduire ou tromper leurs cibles.

‎Un appel à la patience et au travail honnête

‎Interrogé sur le découragement de nombreux jeunes confrontés au chômage pendant que certains cybercriminels affichent des signes extérieurs de richesse, le DG de la CNIN a appelé à la patience. Selon lui, les réussites fulgurantes cachent souvent des réalités moins reluisantes et ne constituent pas un modèle durable. Il estime qu’il serait injuste de valoriser ceux qui ont choisi la voie de l’illégalité au détriment des jeunes qui continuent à respecter les règles malgré les difficultés.

‎«Rien de durable ne se construit rapidement », a-t-il rappelé, invitant la jeunesse béninoise à résister aux sirènes de l’enrichissement facile et à saisir les opportunités légales offertes par le numérique.

‎Pendant que les autorités multiplient les réformes pour mieux traiter l’afflux de plaintes liées à la cybercriminalité, la CNIN entend renforcer ses mécanismes de traitement et concentrer ses ressources sur les affaires les plus sensibles. Un combat de longue haleine face à un phénomène qui ne cesse de se réinventer.

 

Aser ABALLO