Dans sa chronique hebdomadaire de cette semaine, madame Christhelle Houndonougbo Alioza nous invite en cette fin de mois de mars, à prendre un moment de lucidité. « Observons-nous avec sincérité. Refusons de laisser la jalousie nous voler notre équilibre intérieur. Apprenons à célébrer les autres sans nous diminuer », conseille -t-il dans sa chronique intitulée: » La jalousie , ce poison silencieux qui détruit de l’intérieur ! ». Lire ci-dessous le texte sans modération.
Aïcha et Clarisse étaient inséparables. Ensemble, elles ont grandi, rêvé et construit des projets communs. Mais un jour, tout a basculé. Clarisse décroche une promotion importante. Au lieu de se réjouir, Aïcha commence à changer. Les appels se font rares, les compliments deviennent froids, les critiques s’installent. Peu à peu, la relation se fissure. Ce n’était pas un conflit ouvert, ni une trahison visible… juste une émotion silencieuse, insidieuse : la jalousie. Et en quelques mois, une amitié de plusieurs années s’effondre. Ce scénario, banal en apparence, est pourtant révélateur d’un mal profond qui ronge nos relations et nos équilibres intérieurs.
La jalousie ne naît pas par hasard. Elle trouve souvent sa source dans un manque intérieur : manque de confiance en soi, sentiment d’infériorité, peur de ne pas être à la hauteur, ou encore frustration face à ses propres limites. Elle s’alimente aussi de la comparaison permanente, devenue presque naturelle dans nos sociétés modernes, où chacun observe, mesure et juge sa vie à l’aune de celle des autres. Comme l’expliquait Arthur Schopenhauer, l’homme insatisfait cesse de vivre sa propre existence pour se perdre dans celle d’autrui.
Lorsque ce sentiment s’installe, il se manifeste de différentes manières, souvent subtiles mais profondément destructrices. La jalousie se cache derrière des critiques déguisées, des remarques acerbes, une incapacité à féliciter sincèrement, ou encore une tendance à minimiser les réussites des autres. Elle peut aussi engendrer des soupçons injustifiés, des rivalités inutiles et une froideur relationnelle. François de La Rochefoucauld le soulignait avec justesse : la jalousie se nourrit de soupçons… et ces soupçons finissent toujours par empoisonner les relations.
Mais au-delà de ses manifestations visibles, la jalousie produit des conséquences sociales lourdes. Elle fragilise les familles, divise les communautés et détruit les dynamiques collectives. Combien de projets prometteurs ont échoué à cause de rivalités internes ? Combien d’équipes se sont disloquées parce que certains n’ont pas supporté de voir d’autres évoluer ? Là où la jalousie s’installe, la confiance disparaît, la solidarité s’effrite et l’harmonie cède la place à la méfiance. Et parfois, ce poison dépasse les simples tensions relationnelles pour prendre des formes beaucoup plus sombres. La jalousie peut conduire à des complots, à des coups bas, à des stratégies de sabotage. Elle pousse certains à salir, à nuire, à détruire ce qu’ils ne peuvent égaler. Dans ses formes les plus extrêmes, elle a déjà été à l’origine de drames humains, de trahisons profondes et même de crimes. Lorsqu’elle n’est pas maîtrisée, elle peut faire perdre à l’homme tout sens de mesure, de morale et d’humanité.
Sur le plan spirituel, ses effets sont encore plus profonds. La jalousie éloigne de la paix intérieure. Elle installe une agitation constante de l’âme, un mal-être difficile à apaiser. Elle nous détourne de la gratitude, nous empêche de reconnaître nos propres bénédictions et nous enferme dans un sentiment de manque permanent. Comme l’analysait Baruch Spinoza, elle est une tristesse liée au bonheur d’autrui , une contradiction intérieure qui nous prive de joie et nous enferme dans une forme d’esclavage émotionnel.
Ainsi, celui qui nourrit la jalousie devient lui-même sa première victime. Il se coupe de sa sérénité, de sa lucidité et de sa capacité à évoluer sainement. Et pourtant, une transformation est possible. La jalousie peut devenir un signal. Un appel à se recentrer, à se reconstruire, à combler ses propres manques plutôt que de fixer ceux des autres. Au lieu de laisser cette émotion nous consumer, nous pouvons choisir de la transformer en moteur. Faire de la réussite des autres une source d’inspiration, et non de frustration. Décider de progresser, de travailler sur soi, de bâtir avec détermination.
Car la véritable victoire n’est pas d’avoir plus que l’autre, mais d’être en paix avec soi-même.
Quelques clés simples mais puissantes peuvent nous aider à nous en libérer. Il s’agit de cultiver la gratitude au quotidien, apprendre à reconnaître ses propres progrès, éviter les comparaisons inutiles, travailler sur sa confiance en soi, s’entourer de personnes positives et bienveillantes, et surtout, développer la capacité à se réjouir sincèrement du bonheur des autres. Car célébrer l’autre, c’est aussi s’élever soi-même.
En cette fin de mois de mars, prenons un moment de lucidité. Observons-nous avec sincérité. Refusons de laisser la jalousie nous voler notre équilibre intérieur. Apprenons à célébrer les autres sans nous diminuer. Construisons nos propres chemins avec foi, patience et persévérance. Que cette nouvelle semaine soit pour chacun une opportunité de grandir, de purifier son regard, et de marcher avec sérénité vers son propre accomplissement.
CHA
Femme Noire, Femme de Pouvoir !