Pour la première fois de son histoire, le parti d’extrême droite Rassemblement national obtient ce 27 septembre le nombre suffisant de sénateurs pour former un groupe au Sénat, acquis majoritairement à la droite et au centre.
L’extrême droite française a frappé un grand coup dimanche aux élections sénatoriales, en obtenant au moins 15 sièges à la chambre haute et en quadruplant son nombre de sénateurs, un succès significatif à moins de sept mois de la présidentielle. Le Rassemblement national (RN), le parti de Marine Le Pen qui comptait déjà trois sénateurs, enregistre neuf nouveaux élus et ses alliés de l’Union des droites pour la République (UDR) deux, lors de ce scrutin qui renouvelait un peu plus de la moitié des 348 sièges de cette assemblée. Le RN était déjà devenu le premier parti en nombre de députés à l’Assemblée nationale lors des élections législatives de 2024, avec 119 élus (et trois apparentés).
Avec ces sénateurs, la principale formation d’extrême droite va disposer de bureaux, de temps de parole, de places en commissions et de niches parlementaires au Palais du Luxembourg, mais aussi et surtout d’un nouvel argument pour défendre son ancrage territorial et sa montée en puissance à sept mois de l’élection présidentielle, analyse Raphaël Delvolve du service politique de RFI
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a indiqué que le RN aura un groupe « pour la première fois de son histoire » avec son allié de l’UDR, confirmant les propos du député d’extrême droite Sébastien Chenu plus tôt en fin d’après-midi. Le dirigeant du RN a réitéré sa volonté de « tendre la main aux patriotes sincères de LR », pointant un parti « scindé entre des cadres qui ont été ministres d’Emmanuel Macron et la base qui ne supporte plus (ces) compromissions ».
La candidate à la présidentielle Marine Le Pen a salué pour sa part « une victoire historique et une étape majeure » à moins de sept mois de la présidentielle. « Les résultats vont au-delà de ce que nous pouvions espérer, la percée est générale », a assuré sur X la candidate du RN à l’Élysée.
Le Rassemblement national entend bien perturber la mainmise de la droite sur le Sénat dimanche en constituant un groupe parlementaire après les sénatoriales, des élections très scrutées en pleine campagne présidentielle. Les bureaux de vote ont fermé à 17h30 en métropole et les résultats sont attendus tout au long de la soirée. Des sénateurs RN sont par exemple élus en Gironde, dans les Bouches-du-Rhône, ou encore en Seine-Maritime.
Une majorité LR et du centre qui n’est pas en danger
Une trentaine de sièges a néanmoins été renouvelée dès la mi-journée dans les départements les moins peuplés, où le scrutin est majoritaire à deux tours. La plupart d’entre eux sont des sortants réélus dès le premier tour. C’est le cas notamment de deux chefs de groupe, Mathieu Darnaud (Les Républicains) en Ardèche et Claude Malhuret (Horizons) dans l’Allier. Le candidat à la présidentielle Bruno Retailleau a été réélu.
Dans un scrutin où les bouleversements sont rares car il découle directement des élections municipales, la majorité LR-centristes n’est pas en danger. Gérard Larcher, qui cumule déjà 15 ans à la présidence de l’institution, n’a rien à craindre non plus pour sa réélection comme patron de la chambre haute, prévue jeudi. Prenant « acte » de la création à venir d’un groupe de l’alliance d’extrême droite, l’influent président LR, candidat à sa réélection, a affirmé que son rôle serait de « permettre à chaque groupe d’exercer pleinement ses droits » au Sénat, y compris dans les instances de la haute assemblée. Mais la droite est exposée à l’implantation locale croissante du RN et de ses alliés de l’Union des droites pour la République (UDR).
Premier sénateur pour La France insoumise
La France insoumise et son candidat pour la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, ont annoncé sur X l’entrée de leur formation politique au Sénat, avec l’élection de Gabriel Amard dans le Rhône, une première pour LFI. « Ce soir, la France insoumise rentre au Sénat ! », a salué le coordinateur du mouvement Manuel Bompard sur X, immédiatement imité par le leader insoumis.
Plus tôt, le coordinateur de La France insoumise (LFI), Manuel Bompard, a accusé les Écologistes d’avoir empêché l’élection d’une sénatrice insoumise, non élue à trois voix près à la chambre haute, sur fond de désunion entre les listes de gauche. « Il aura donc manqué trois voix à Martha Peciña pour être élue au Sénat », a déploré sur X le cadre insoumis à propos de sa candidate dans la circonscription des Français de l’étranger. Et le député des Bouches-du-Rhône de s’en prendre au « refus des Écologistes d’une liste commune EELV/LFI » qui « fait donc perdre un siège à la gauche au détriment de la droite. » Insoumis et Écologistes n’ont pas réussi à conclure un accord, se renvoyant la responsabilité de l’échec des tractations.
Répondant à un tweet du député LFI Paul Vannier reprenant les accusations de Manuel Bompard, les Écologistes ont répliqué sèchement sur X, affirmant avoir proposé à LFI la « troisième place sur la liste d’union de la gauche ». « Il n’y a eu aucune campagne anti-LFI de notre tête de liste. En revanche le cyberharcèlement que vous continuez de mener contre elle est lui bien avéré », a écrit le parti, dénonçant un rapport à la vérité « qui ne s’arrange pas » de la part du député du Val-d’Oise.