Le Tribunal de première instance d’Abomey-Calavi a examiné, ce jeudi 11 juin 2026, une affaire de détournement présumé de frais de scolarité et de faux en écriture. Au cœur du dossier : un ancien étudiant d’un établissement privé d’enseignement supérieur, poursuivi pour un préjudice évalué à 24 027 000 francs CFA.
À la barre, le directeur des affaires financières de l’établissement, constitué partie civile, a exposé les faits. Entre 2017 et 2019, des irrégularités auraient été constatées dans le règlement des frais de scolarité de plusieurs apprenants, apprend Bipradio. Ce n’est qu’en 2020, à la faveur d’un audit, que l’établissement a relevé une discordance manifeste entre les récépissés de versement présentés par les étudiants et les écritures effectivement enregistrées par la banque.
Selon le DAF, le mode opératoire imputé au prévenu consistait à collecter auprès de ses camarades l’intégralité de leurs frais de scolarité, dont les montants s’élevaient à plusieurs centaines de milliers de francs CFA par étudiant. Il aurait ensuite procédé au versement d’une somme dérisoire de 5 000 francs CFA par étudiant sur le compte de l’Institut, avant de remettre à l’administration des justificatifs falsifiés destinés à dissimuler l’écart.
Appelé à s’expliquer, le mis en cause a nié toute intention délictueuse et a invoqué sa naïveté. Il a soutenu qu’en 2018, alors qu’il s’apprêtait à s’acquitter de ses propres frais, un ancien étudiant de l’établissement lui aurait proposé d’effectuer le versement en son nom. Après avoir perçu la totalité de la somme due, ce dernier lui aurait transmis des preuves de paiement accompagnées d’une ristourne de 10 000 francs CFA.
Persuadé de la licéité de la procédure, le prévenu affirme avoir ensuite relayé l’information auprès de ses condisciples. Près d’une vingtaine d’étudiants auraient ainsi confié leurs frais de scolarité à l’intermédiaire, moyennant, pour le prévenu, une commission totale avoisinant 300 000 francs CFA.
Pour étayer sa bonne foi, il a souligné que l’ancien étudiant en question, bien qu’ayant achevé son cursus, fréquentait assidûment les locaux de l’établissement et entretenait des relations cordiales avec le directeur des affaires financières. Il a également relevé qu’aucun des étudiants concernés n’avait, durant la période incriminée, fait l’objet de poursuites pour défaut de paiement ou présentation de reçus irréguliers, élément qui aurait renforcé sa conviction quant à la régularité des opérations.
Interpellé par le Tribunal sur les mécanismes de contrôle interne, le DAF a précisé que les bilans financiers annuels étaient confiés à un cabinet externe. Il a, par ailleurs, indiqué que les visites de l’ancien étudiant à son bureau relevaient exclusivement d’un accompagnement à l’insertion professionnelle et n’entretenaient aucun lien avec les opérations financières litigieuses.
Au terme des débats, le Tribunal a ordonné le renvoi du dossier au 24 juillet 2026. Cette nouvelle audience devra permettre l’audition du cabinet d’audit externe ainsi que des représentants de l’établissement bancaire concerné, afin d’éclairer davantage la juridiction sur les faits reprochés.
Boniface KABLA
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