Opinion : Thomas Sankara ou le rêve qui doit être accompli

Chronique

Ayant analysé, à la lumière de la flopée des récentes révélations entourant le procès de Thomas Sankara, lesquelles révélations nous font découvrir davantage sa vie, ses idées, ses œuvres et son impact après son cruel assassinat par son frère et ami, Blaise Compaoré qui n’était que le bras armé des forces d’oppression, j’en suis venu à la conclusion que Sankara d’une part était en avance sur son temps de par ses idées et d’autre part, était conscient qu’il allait ou devrait mourir afin que ces idées puissent triompher.

L’héritage de Thomas Sankara

Le souvenir qui est le plus souvent retenu de Thomas Sankara est qu’il était un révolutionnaire anti-impérialiste et anticolonialiste. Mais sans trop en avoir l’air, Sankara était aussi à la fois un écologiste, un activiste agissant contre le réchauffement climatique, un féministe et un souverainiste. Et il ne les était pas seulement dans les discours mais surtout dans les actes.

L’autosuffisance alimentaire était l’un des thèmes récurrents de ses discours. Il dénonçait souvent les aides alimentaires lesquelles ne constituaient qu’une façon détournée des puissances agricoles de déverser leur surplus de production sur le marché des pays en voie de développement en les rendant ainsi davantage dépendants et en détruisant leur économie basée fondamentalement sur l’agriculture.

Le modèle d’agriculture développé sous Sankara était une agriculture verte et écologique qui respectait la nature. Le Burkina Faso de Sankara s’est également lancé dans des programmes de reboisement qui ont contribué à faire reculer les effets de la désertification dans le pays. Le Burkina Faso, jusqu’aujourd’hui, est réputé pour sa production de légumes et de fruits tropicaux malgré la rigueur du climat.

La politique économique de Sankara était souverainiste et visait essentiellement à la promotion de ce qui est authentiquement burkinabé.

Le sankarisme ne doit pas mourir

Une autre perception de Thomas Sankara qui est véhiculée laisse croire qu’il était un idéaliste naïf. Plusieurs de ses proches – sa propre femme, ses collaborateurs les plus avertis en matière de sécurité, ses homologues Chefs d’État amis n’ont eu de cesser d’attirer son attention sur les risques qu’il courait. Il leur a toujours répondu qu’il ne voulait pas faire couler le sang pour se défendre car selon lui, son image qu’il laisserait à la postérité était plus importante que toute autre considération.

De plus, pour avoir lu aussi abondamment sur les histoires des héros noirs d’Afrique ou d’ailleurs, il ne doutait pas de l’épée de Damoclès qui planait sur sa tête.

Sankara était donc disposé à vivre, à lutter pour ses idéaux mais aussi à mourir pour eux afin qu’ils survivent à sa personne. En cela, Sankara nous rappelle Mandela.

« Toute ma vie, je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » ( Nelson Mandela, le 9 octobre 1963 lors du procès de Rivonia.

C’est la leçon la plus importante qu’il convient de retenir de la vie de ces héros. « Ce qu’on appelle raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir. » ( Albert Camus

Sankara continue, plus de 34 ans après sa mort, de nous interpeler car ces idées et son rêve sont encore d’actualité. L’homme noir partout est encore dans les fers, contraints à subir l’oppression. Le rêve de Sankara et des autres pères de l’indépendance africaine ne s’accompliront jamais tant que nous continuerons, par exemple, à utiliser le Franc CFA.

« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir. » ~ Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre

Par Alfred Cossi CHODATON, Libre Penseur, publié le dimanche 7 novembre 2021, à 7 heures 30 minutes