Moyen Orient : L’Iran propose aux États-Unis de rouvrir le détroit d’Ormuz sous deux jours, mais sous conditions

International

Téhéran s’est dit prêt lundi 2 novembre à rouvrir le stratégique détroit d’Ormuz en deux jours au lieu du plan initial de sept jours, mais si Washington accepte ses conditions. Une proposition qui intervient malgré la menace d’une reprise de la guerre entre l’Iran et les États-Unis et alors que les échanges avec les États-Unis se poursuivent, selon la diplomatie iranienne. De leur côté, le vice-président américain J.D. Vance assure que Donald Trump et lui sont « plutôt optimistes » quant aux chances de parvenir à un accord.

Après 40 jours de bombardements intenses et un accord qui a volé en éclats, les échanges via le Qatar, médiateur dans le conflit, se sont intensifiés ces derniers jours pour tenter de relancer les négociations dans ce conflit qui ébranle l’économie mondiale et fait flamber les cours du pétrole.

Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a fait état de discussions « très intenses » en cours avec les États-Unis via les médiateurs pour tenter d’éviter une reprise des hostilités. « Compte tenu de la sensibilité et de la gravité de la situation actuelle, les consultations et les délibérations sont très intenses », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à l’agence officielle Irna, soulignant « le rôle de médiateur très actif » du Qatar et du Pakistan dans ces négociations. Dans une apparente volonté de faciliter les discussions, le guide suprême Mojtaba Khamenei a « conféré certains pouvoirs au gouvernement », selon le président Massoud Pezeshkian.

« Tout dépend » désormais de Washington, a lancé le porte-parole de la diplomatie Esmaïl Baghaï devant la presse à Téhéran. « La possibilité de mettre en œuvre ce plan en deux jours est un signe supplémentaire de la bonne foi de l’Iran », fait savoir Esmaïl Baghaï. Il souligne que « l’échange de messages se poursuit » via les médiateurs. « Si les demandes de Téhéran sont satisfaites, il serait possible de rétablir la sécurité dans le détroit d’Ormuz et de relancer le processus de négociation dans un délai très court. »

Un accord « pourrait arriver », selon J.D. Vance et Donald Trump

Le vice-président des États-Unis J.D. Vance a déclaré que Donald Trump et lui-même se sentaient « plutôt optimistes » quant à un accord négocié pour mettre fin à la guerre avec l’Iran. « Nous avons eu plusieurs discussions constructives avec les Iraniens », a-t-il affirmé à des journalistes, soulignant s’être entretenu plus tôt avec Donald Trump. « Le président et moi-même sommes tous deux plutôt optimistes quant aux perspectives de parvenir éventuellement à un accord négocié », a-t-il ajouté sans fixer de calendrier.

Donald Trump a également dit qu’un accord avec Téhéran « pourrait arriver ». « Les prix du pétrole tombent comme des pierres (…) parce que les gens sentent qu’il n’y aura pas de guerre avec l’Iran. L’Iran veut un accord, aussi rapidement que possible. Cela pourrait arriver ! » a écrit le président américain sur son réseau Truth Social, après avoir dit dimanche qu’il était prêt à donner un « coup de massue » à l’Iran.

Des conditions connues

Depuis le début de la guerre, déclenchée par des frappes israélo-américaines sur l’Iran le 28 février, Téhéran revendique le contrôle du détroit d’Ormuz et cible régulièrement des navires qui tentent de le traverser sans son autorisation. En septembre, l’Iran avait présenté, via le Qatar, un plan en sept jours pour rouvrir la voie maritime, mais le président américain Donald Trump l’avait rejeté, tout en laissant la porte ouverte à la poursuite de négociations indirectes.

Téhéran conditionne la réouverture de cette voie essentielle dans les échanges internationaux de matières premières à un cessez-le-feu sur l’ensemble des fronts dans la région, au dégel de ses avoirs détenus à l’étranger, à la levée des sanctions frappant son secteur pétrolier ainsi qu’à la fin du blocus naval américain contre ses ports. Ces points figuraient déjà dans un protocole d’accord irano-américain conclu en juin, après un cessez-le-feu en avril pour mettre fin à 40 jours de bombardements intenses.

Dimanche 1er novembre, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a complété les demandes de l’Iran dans une interview à la chaîne Al Jazeera, soulignant que Washington devait également accepter le « nouvel itinéraire convenu entre l’Iran et Oman pour le transit par le détroit d’Ormuz ». Le chef de la diplomatie iranienne a également mentionné une réduction des effectifs militaires américains récemment déployés dans la région.

Échanges entre Trump et Netanyahu sur une éventuelle nouvelle frappe contre l’Iran

Après des semaines d’accalmie, Washington et Israël multiplient les menaces contre l’Iran. Samedi 31 octobre, le président américain Donald Trump, qui se prépare à affronter de difficiles élections de mi-mandat, a déclaré qu’il lui restait à « s’occuper » d’un ou deux sites nucléaires en Iran.

Selon le média américain Axios, citant des sources américaine et israélienne, le président américain s’est entretenu par téléphone avec le Premier ministre Benyamin Netanyahu de l’opportunité et du moment opportun d’une intensification des opérations militaires.

D’après ces informations, le Premier ministre israélien sortant, qui se bat pour sa survie politique après des législatives très serrées, a insisté auprès du président pour qu’il frappe l’Iran immédiatement après le scrutin américain prévu mardi 3 novembre, tandis que le dirigeant républicain a émis le souhait de laisser les négociations suivre leur cours.

« Tout acte d’agression contre l’Iran, toute attaque militaire contre l’Iran, quel qu’en soit le moyen, fera l’objet d’une riposte puissante, immédiate et globale de notre part », a averti ce lundi 2 novembre Esmaïl Baghaï, après des mises en garde similaires du guide suprême et de l’armée.

 

L’inquiétude des pays du golfe Persique

De hauts responsables saoudiens, turcs et pakistanais se sont entretenus avec des représentants iraniens à Téhéran la semaine dernière. Des responsables qatariens ont également tenu des réunions à Téhéran et Doha ce week-end. « Nous ne voulons pas assister à une nouvelle confrontation dans la région » a déclaré un haut responsable des Émirats arabes unis. Anwar Gargash a cependant précisé que son pays était toutefois préparé au pire. 

La guerre a déjà été très coûteuse pour les pays du golfe Persique. Une grande partie des intérêts américains s’y trouve et Téhéran aurait établi des listes de cibles détaillées en représailles à une autre attaque américano-israélienne : notamment des câbles de communication sous-marins et des bases militaires. Cette stratégie pourrait étendre le coût de la guerre au-delà du champ de bataille. Elle met en péril les infrastructures énergétiques, les usines de dessalement et certaines villes du Golfe qui accueillent des installations américaines.

D’autre part, ces derniers mois de guerre ont montré aux pays du Golfe qu’ils ne pouvaient pas compter sur la protection de l’allié américain. Et c’est d’ailleurs un outil de pression de Téhéran : montrer aux pays du Moyen-Orient qu’investir dans un partenariat avec les États-Unis n’est pas rentable.

Détroit d’Ormuz: où en est le commerce des hydrocarbures?

Le baril de Brent a chuté de 6 % à 106 dollars lundi, alors que les pourparlers entre l’Iran et le Qatar laissaient entrevoir une accalmie dans le conflit au Moyen-Orient. En jeu notamment : le rétablissement de la sécurité dans le détroit d’Ormuz, un axe majeur du commerce pétrolier très malmené depuis février dernier.

Un règlement est-il en vue dans le détroit d’Ormuz ou cherche-t-on à rassurer les électeurs américains, très opposés à la guerre contre l’Iran, étant donné son impact sur les prix à la pompe ? En tout cas le Qatar, un des pays les plus lésés par les bombardements sur ses propres installations gazières, s’active comme jamais pour faire aboutir les discussions, et l’on observe une certaine accalmie dans les combats sur le terrain depuis septembre.

Reste que le détroit d’Ormuz est toujours bloqué par Téhéran depuis huit mois. Si près de la moitié du pétrole brut du Moyen-Orient a trouvé des voies alternatives pour s’exporter, le volume des produits raffinés, comme le diesel, expédiés par les pays du Golfe, n’est qu’à 20 % de son niveau d’avant la crise. Et les prix du brut restent élevés : plus de 100 dollars le baril contre 70 dollars avant le 28 février et le déclenchement de la guerre par Donald Trump. En revanche, l’industrie pétrolière américaine profite à plein de cette hausse des prix du pétrole et du gaz, en exportant sans entrave dans le monde entier.