Dialogue citoyen au marché Pk3 de Cotonou : Les parlementaires de la CEDEAO à l’écoute des femmes des marchés

Economie & Tech

Les femmes des marchés du Bénin ont eu, ce jeudi 30 juillet 2026, un échange direct avec des députés membres du Parlement de la CEDEAO. La rencontre, tenue au marché Pk3 de Cotonou, a porté sur les difficultés quotidiennes des commerçantes : fiscalité, infrastructures marchandes, tracasseries aux frontières et accès aux documents de voyage.

L’initiative s’inscrit dans une démarche de rapprochement entre les institutions communautaires et les acteurs de terrain. A cette rencontre de données et de recevoir les langues se sont déliées. Mme Adje Geneviève, membre du Cercle  de Réflexion des Opérateurs Économiques du Bénin, a évoqué les difficultés rencontrées à la frontière ghanéenne sur l’axe Abidjan-Bénin : « C’est la croix et la bannière au niveau de la frontière ghanéenne. Les douaniers ghanéens nous montrent toutes les couleurs. » Elle a relaté un contrôle prolongé lié à une omission de signature de sortie à Hillacondji, soulignant le sentiment d’être stigmatisée : « Nous sommes tous des Africains. Parce que l’autre ne parle pas l’anglais comme vous, vous allez le faire souffrir de toutes les manières. »

Mme Osseni Alao Madinath présidente des vendeurs de bijoux et vice-présidente des vendeurs de produits cosmétiques  a, quant à elle, dénoncé les obstacles sur la frontière nigériane pour l’approvisionnement : « Tu peux avoir tous les documents, mais leur provenance, c’est l’argent. La libre circulation des biens et des personnes a encore du plomb dans l’aile. »  

En contraste, elle a salué les pratiques togolaises : « Au Togo, on ne te demande pas d’argent, il suffit de présenter ta carte CIP. »  

Elle a enfin interpellé les parlementaires sur la fiscalité : « Les gens fuient les boutiques quand les agents des impôts viennent. On peut faire ça autrement. »

L ’honorable Guy Marius Sagna, député sénégalais et membre du Parlement de la CEDEAO, a salué la dynamique du marché Pk3 et encouragé les efforts en cours pour la construction d’infrastructures similaires. Il a toutefois rappelé une exigence fondamentale : le civisme fiscal.  

« Le premier devoir, c’est le civisme fiscal. Le citoyen qui ne paye pas l’impôt n’est pas un citoyen complet », a-t-il déclaré.  

Le parlementaire a proposé d’engager un dialogue avec les autorités béninoises afin d’examiner le coût des boutiques, ainsi que les modalités de paiement de l’électricité, de l’eau et d’entretien de sanitaires décents. Il a également annoncé son engagement en faveur de la digitalisation des procédures, afin de limiter les risques de corruption au sein des forces de l’ordre.

 

Carte CEDEAO et libre circulation : un plaidoyer pour la biométrie

 

L’honorable Arifari Bako, député béninois au Parlement de la CEDEAO, a pour sa part insisté sur la question des tracasseries. Il a indiqué aux commerçantes la procédure à suivre pour saisir l’institution : une pétition collective adressée au Président de l’Assemblée nationale, qui peut conduire à une audition devant les députés, puis à une démarche conjointe auprès du gouvernement.

Sur la libre circulation, il a rappelé l’importance de la carte d’identité biométrique CEDEAO.  

« Tout citoyen qui a son CIP peut aller faire la carte CEDEAO. Avec cette carte, vous pouvez traverser n’importe quelle frontière de la CEDEAO, même sans passeport. Vous pouvez également prendre l’avion à l’aéroport de Cotonou pour Abidjan ou Dakar », a-t-il expliqué.  

Il a mis en garde contre l’usage exclusif du CIP, dont la lecture pose des difficultés techniques aux postes de contrôle : « Quand vous allez avec le CIP, le policier vous dira non parce qu’il ne peut pas le lire avec sa machine. Faites tout pour que vos membres dans les marchés aient leur carte biométrique. »

 

Vers des recommandations concrètes

 

Au terme des échanges, les députés ont pris acte des doléances. La piste d’une saisine formelle du Parlement, couplée à une campagne de sensibilisation pour l’enrôlement à la carte biométrique CEDEAO, a été retenue comme première étape.

Ce dialogue au marché Pk3 illustre la volonté des élus communautaires de fonder les politiques d’intégration sur l’expérience vécue par les acteurs économiques de base, dont les femmes des marchés constituent un maillon essentiel.

 

Boniface KABLA