Annoncée par le Président de la république, Romuald Wadagni, pour renforcer la présence de l’État et la coordination de l’action publique à la base, la création de six pôles territoriaux suscite diverses réactions dans les communes. Dans un entretien, le Premier Adjoint au Maire d’Allada, Bernard ATCHOHOUNDO, livre sa lecture de cette réforme d’envergure. Entre opportunité historique pour la cité carrefour de l’Atlantique, attentes en matière d’investissements structurants et vigilance sur le respect de l’autonomie communale, l’élu appelle à une gouvernance de proximité fondée sur la solidarité, la discipline collective et des résultats tangibles pour les populations. Entretien.
Les 4 Vérités: Monsieur le Premier Adjoint au Maire, le Président Romuald Wadagni a annoncé la création de six pôles territoriaux pour renforcer la présence de l’État et la coordination locale. Quelle est votre première lecture de cette réforme majeure pour une commune comme Allada.
PAM Bernard ATCHOHOUNDO: Je considère cette réforme comme une évolution importante dans la manière de penser le développement territorial ; elle ne vient pas remplacer les communes ni les départements, mais ajouter un échelon de coordination entre l’État central et les collectivités locales. Pour une commune comme Allada, l’enjeu est de rapprocher davantage les décisions, les investissements et les services publics des réalités vécues par nos populations.
Allada est une commune à forte identité historique et économique, avec une position stratégique dans l’Atlantique. Nous voyons donc dans cette réforme une opportunité de renforcer la coordination entre l’État, les collectivités territoriales et les différents acteurs du développement.
Mais au-delà du découpage administratif, ce qui compte pour nos populations, ce sont les résultats concrets : de meilleures infrastructures, des services publics plus efficaces et davantage d’opportunités pour notre jeunesse. Nous saluons cette ambition, tout en restant vigilants sur la manière dont elle se traduira concrètement pour nos populations.
Concrètement, qu’est-ce que la commune d’Allada, carrefour historique du département de l’Atlantique, attend de son intégration dans ce nouveau découpage en termes d’investissements et de développement à la base ?
Allada, ancienne capitale du royaume d’Allada et carrefour entre Cotonou, Abomey et le Nord, a des atouts que ce nouveau découpage doit valoriser : notre position sur les grands axes routiers, notre potentiel agricole (ananas, manioc, maraîchage) et notre patrimoine historique et royal, encore trop peu exploité touristiquement. Nous attendons naturellement de cette nouvelle dynamique qu’elle contribue à accélérer les investissements structurants. Notre priorité est que le développement territorial parte véritablement des réalités de nos communes.
Nous pensons notamment aux routes et aux pistes rurales (désenclavement des arrondissements), à l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux infrastructures scolaires, sanitaires, touristiques et marchandes, mais également à l’accompagnement de l’agriculture, de l’artisanat, du commerce et de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes.
Allada a des atouts importants. Notre ambition est donc de faire en sorte que sa position de carrefour dans l’Atlantique soit davantage valorisée et que cette position profite directement aux populations.
Le Chef de l’État insiste sur la solidarité et la discipline collective comme piliers de ces pôles. Comment la mairie d’Allada compte-t-elle jouer sa partition pour que cette réforme se traduise au quotidien par des routes, des écoles et des centres de santé plus fonctionnels ?
Le Président de la république a raison d’insister sur la discipline collective. Une réforme de cette ampleur ne réussira que si chaque commune joue pleinement son rôle, sans attendre tout de l’échelon supérieur. À Allada, cela veut dire continuer à assainir notre gestion administrative et financière, mobiliser nos propres ressources locales. La solidarité territoriale doit se construire d’abord au niveau local, avant de remonter vers le pôle.
La mairie doit être un partenaire actif de cette dynamique. Nous sommes les plus proches des populations et nous connaissons leurs préoccupations quotidiennes.
Notre partition sera donc de faire remonter les besoins réels du terrain, de travailler dans la concertation avec les services de l’État et de veiller à ce que les projets soient cohérents avec les priorités de développement de la commune.
La solidarité et la discipline collective supposent également que chacun joue son rôle avec responsabilité. L’État doit accompagner, la commune doit coordonner au niveau local, les populations doivent participer et l’ensemble des acteurs doivent travailler dans le même sens.
C’est cette synergie qui permettra de transformer les projets en réalisations visibles : des routes entretenues, des écoles adaptées, des centres de santé fonctionnels et des services publics accessibles.
Cette nouvelle architecture ne risque-t-elle pas de déposséder les mairies de certaines de leurs prérogatives ? Comment envisagez-vous la collaboration entre la future gouvernance des pôles et l’autonomie communale ?
C’est une question légitime, et le gouvernement lui-même a précisé que les pôles ne remplacent ni les communes, ni les départements. Ils introduisent un échelon de coordination, pas une nouvelle tutelle. Notre vigilance, en tant qu’élus locaux, sera de veiller à ce que les Délégués généraux des pôles travaillent en appui aux mairies et non à leur place, dans le respect des compétences propres des communes reconnues par la loi n°2021-14.
Je ne pense pas qu’il faille nécessairement opposer la gouvernance des pôles territoriaux et l’autonomie des communes. Au contraire, nous devons rechercher la complémentarité.
La commune reste l’échelon de proximité. Elle a ses responsabilités, ses compétences et sa connaissance fine du territoire. Le pôle, pour sa part, peut permettre de mieux coordonner les actions qui dépassent les limites d’une seule commune.
La clé sera donc une collaboration fondée sur la clarté des responsabilités, la concertation et le respect des compétences de chaque niveau de gouvernance.
Pour nous, une réforme réussie est une réforme qui permet de mieux travailler ensemble sans éloigner la décision des populations. La réussite de cette réforme dépendra de la clarté du partage des rôles entre pilotage territorial et autonomie communale ; un point que nous suivrons de près dès que les textes d’application seront connus.
Quel est votre message, au nom de la population d’Allada, pour que les aspirations de votre territoire soient pleinement prises en compte dans la planification de ce pôle ?
Le message d’Allada est un message de confiance, mais aussi d’attentes légitimes.
Nous souhaitons que, dans la planification de ce pôle, les réalités et les potentialités d’Allada soient pleinement prises en compte. Nous voulons que notre commune soit considérée non seulement à travers son histoire, mais aussi à travers son potentiel agricole, touristique, économique, culturel et humain.
Nous souhaitons surtout que cette nouvelle organisation permette d’accélérer le développement à la base et d’améliorer concrètement les conditions de vie de nos populations.
Au nom des populations d’Allada, je voudrais donc dire que nous sommes prêts à jouer pleinement notre partition. Nous sommes disponibles pour le dialogue, la concertation et le travail collectif.
Notre souhait est simple : que cette réforme soit une réforme de proximité, d’efficacité et de résultats, au service du développement de nos territoires et du bien-être de nos populations.
Je veux dire à nos populations que cette réforme n’a de sens que si elle améliore leur quotidien : l’eau, la santé, l’école, les pistes rurales. Nous porterons la voix d’Allada pour que notre histoire, notre position géographique stratégique et le dynamisme de notre jeunesse soient pleinement reconnus dans la planification de ce pôle. Nous resterons à l’écoute de chaque arrondissement pour que les priorités remontées reflètent vraiment les besoins du terrain, et non une vision uniquement descendante.
Propos recueillis par Boniface KABLA
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