Les autorités béninoises invitées à engager les démarches nécessaires au rapatriement des cendres du roi Adélou de Sakété, actuellement conservées à Nouadhibou, en Mauritanie
Réhabiliter les héros oubliés, documenter les résistances à la colonisation et corriger les récits historiques hérités du passé colonial. Tels sont les principaux défis portés par le professeur François Adébayo Abiola et l’Académie nationale des sciences, arts et lettres du Bénin (ANSALB). À travers un programme scientifique ambitieux, l’institution a pour vision de contribuer à la restauration de la mémoire collective et à la transmission d’une histoire nationale fondée sur des faits vérifiés.
La réappropriation de l’histoire nationale constitue un enjeu majeur pour le Bénin. À l’Académie nationale des sciences, arts et lettres du Bénin (ANSALB), le professeur François Adébayo Abiola coordonne un programme consacré à la réécriture scientifique de l’histoire du pays. L’initiative vise notamment à réexaminer les événements marquants de la période coloniale, à mettre en lumière les résistances des populations et à réhabiliter des figures historiques insuffisamment valorisées.
Pour l’universitaire, il ne s’agit pas de fabriquer un nouveau récit, mais de confronter les archives, les témoignages et les traditions orales afin de rétablir les faits. Cette démarche doit permettre aux jeunes générations de mieux connaître leurs racines et de s’approprier les valeurs de courage, de dignité et de souveraineté léguées par leurs ancêtres.
Quatre chantiers pour rétablir la vérité historique
Le programme coordonné par le professeur François Adébayo Abiola repose sur quatre principaux axes de recherche.
Le premier concerne les révoltes anticoloniales. Il vise à documenter les résistances opposées par les populations béninoises à l’administration coloniale et à restituer leur place dans l’histoire nationale. Des enquêtes ont déjà été conduites dans plusieurs localités, notamment dans le département du Plateau, le Borgou, l’Alibori, Tchaourou et le pays Sahouè.
Le deuxième axe porte sur les grandes personnalités béninoises, qu’elles soient connues ou demeurées dans l’ombre. L’objectif est de faire connaître aux jeunes générations des figures historiques susceptibles de leur servir de repères.
Le troisième chantier concerne le massacre de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944 au Sénégal. Des tirailleurs africains, dont des soldats originaires de l’ancien Dahomey, l’actuel Bénin, figurent parmi les hommes concernés par cet épisode. Les recherches doivent contribuer à établir les faits et à préciser la participation des soldats béninois.
Le quatrième axe est consacré à l’histoire des divinités endogènes. Placé sous la coordination du professeur Bada, ce projet vise à approfondir les connaissances sur les spiritualités africaines et leur place dans le patrimoine culturel béninois.
À travers ces travaux, l’ANSALB ambitionne de produire un récit historique fondé sur la recherche scientifique, en confrontant les documents d’archives aux sources orales et aux connaissances transmises de génération en génération.
Sakété et le roi Adélou au cœur de la mémoire nationale
Parmi les épisodes que les chercheurs souhaitent réexaminer figure la résistance de Sakété à l’administration coloniale en 1905. Selon le professeur Abiola, les documents coloniaux présentent un bilan des pertes qui contraste avec les témoignages et les traditions orales conservés par les populations locales. Cette divergence illustre, à ses yeux, la nécessité de confronter les différentes sources pour mieux établir les faits. L’enjeu est de restituer toute sa place à la résistance des populations béninoises, longtemps insuffisamment représentée dans certains récits historiques.
Le professeur François Adébayo Abiola plaide également pour une reconnaissance officielle de la résistance du roi Adélou de Sakété face à l’administration coloniale. Il demande aux autorités béninoises d’engager les démarches nécessaires au rapatriement des cendres du roi Adélou de Sakété, actuellement conservées à Nouadhibou, en Mauritanie, afin qu’elles puissent rejoindre Sakété.
Pour l’universitaire, cette démarche contribuerait à réparer une injustice mémorielle et à renforcer la reconnaissance nationale envers ceux qui se sont opposés à la domination coloniale.
Dans la conduite de ce programme, l’Académie nationale des sciences, arts et lettres du Bénin joue un rôle central. Conformément à ses missions statutaires, elle contribue au développement du pays par les sciences, les arts et les lettres, conseille les pouvoirs publics et le secteur privé, et encourage la recherche scientifique.
L’institution est placée sous le parrainage et la protection du président de la République. Une disposition que le professeur Abiola justifie par la nécessité d’offrir à une jeune institution les moyens de travailler sur des sujets parfois sensibles. Il précise toutefois que cette protection ne signifie pas une intervention politique dans les travaux scientifiques. Le financement des activités repose sur un Programme de travail annuel soumis à la Présidence.
L’ANSALB est organisée en trois collèges et six commissions permanentes. Le professeur Abiola a également salué le travail de ses responsables, notamment son président, le professeur Nazaire Padonou, son vice-président, le professeur Mansourou Moudachirou, et son secrétaire perpétuel, le professeur Michel Boko.
Une dynamique africaine de réappropriation du passé
Pour le coordonnateur du programme, les travaux engagés interviennent à un moment favorable. Dans plusieurs pays africains, des initiatives visent à revisiter les récits historiques hérités de la colonisation et à mieux valoriser les résistances locales.
Le professeur Abiola évoque notamment les démarches entreprises au Sénégal ainsi que la décision de l’ancien président béninois Patrice Talon de faire déposer, lors des célébrations du 1er août, la gerbe officielle au pied des héros nationaux. Ces initiatives témoignent, selon lui, d’une volonté de mieux reconnaître les acteurs qui ont marqué l’histoire des peuples africains.
La réécriture de l’histoire du Bénin ne vise donc pas à entretenir la haine ni à désigner les descendants des responsables de l’administration coloniale comme des adversaires. Elle doit plutôt contribuer à libérer les consciences des complexes hérités du passé, à restaurer la dignité des populations et à transmettre aux jeunes générations une connaissance plus juste de leurs ancêtres.
Aser ABALLO
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