Pour son engagement pour la paix et le vivre-ensemble : L’Ambassadeur du Maroc et sa délégation rendent hommage au patriarche da Silva

Actualités

(Un précieux cadeau remis au patriarche, à quelques jours de son centenaire; « Le Patriarche da Silva est très connu comme celui qui incarne la stabilité, la sagesse et la paix », a salué Rachid Rguibi)

Ce n’était pas une simple visite de courtoisie, mais un véritable pèlerinage de reconnaissance. Le vendredi 9 octobre 2026, une délégation marocaine de haut rang s’est rendue au domicile du patriarche Karim Urbain da Silva, à Porto-Novo. Elle venait saluer un homme que le Bénin, l’Afrique et une bonne partie du monde arabe reconnaissent comme un symbole de sagesse et de paix. Pour sceller cet hommage, elle lui a remis un précieux cadeau diplomatique, quelques jours seulement avant son centenaire.

Cette démarche n’a rien d’anodin. En effet, la délégation était conduite par l’Ambassadeur de Sa Majesté le Roi du Maroc près le Bénin et le Togo, Rachid Rguibi. Elle comprenait également Si Mohamed Rifki, Secrétaire général de la Fondation Mohammed VI des Ouléma africains, et Mohamed Lahrach, Conseiller du ministre marocain des Affaires étrangères. À leurs côtés se trouvaient l’Imam de la mosquée centrale de Porto-Novo, Ichaou Alakouko Samad, le sénateur Amadou Rouf Raïmi, l’ancien préfet des départements de l’Ouémé-Plateau, Moukaram Badarou, ainsi que d’autres personnalités.  

Or, une telle assemblée, réunie sous un même toit, en dit long sur la stature du patriarche. D’ailleurs, son nom résonne bien au-delà des frontières du Bénin ; le monde arabe le connaît notamment pour avoir été conseiller du président Gamal Abdel Nasser, l’une des grandes figures du monde arabe et du panafricanisme au XXᵉ siècle.

De chaleureuses accolades, puis le Panthéon Négro-Africain

Dès leur arrivée, les invités ont été accueillis par le patriarche en personne, à grand renfort d’accolades. Ensuite, sous sa conduite, la délégation a visité le Panthéon Négro-Africain. Ce lieu de mémoire est consacré aux martyrs et aux héros des luttes africaines, ainsi qu’aux grandes figures du Bénin, du continent et de la diaspora. Il honore aussi des personnalités du monde arabe notamment les souverains chérifiens dont par le père Hassan II que le grand Père Mohamed V, devant lesquelles les visiteurs ont montré une vive émotion.

Tout au long du parcours, les membres de la délégation n’ont pas caché leur admiration. Aussi, entre deux accolades, ont-ils confié au patriarche, « Vous êtes une chance pour le Bénin, pour l’Afrique, pour nous. » Cette phrase, simple et sincère, résume à elle seule l’esprit de la journée.

Puis est venu le moment le plus solennel de la visite, au pied de l’arbre de la liberté qui se dresse à l’entrée du Panthéon. La délégation marocaine y a déposé une gerbe, dans un grand recueillement. Soutenue par la fanfare, la cérémonie n’en a été que plus forte. Après ce temps de mémoire, les hôtes se sont rendus dans le salon privé du patriarche, où ils ont admiré, avec beaucoup d’intérêt, les collections personnelles du nonagénaire.

Le message du patriarche, fidélité et vision

À l’heure de prendre la parole, le patriarche s’est d’abord souvenu des liens anciens entre le Maroc et le Bénin. Dans cet esprit, il a évoqué la visite historique du roi Mohammed VI au Bénin en juin 2004, la première d’un souverain marocain, dont il garde un souvenir vivace. De plus, il a fait remarquer à ses hôtes que le Panthéon ne compte, parmi les souverains, que des rois chérifiens, Hassan II et Mohammed V. C’est pourquoi il a demandé à l’Ambassadeur de transmettre à Sa Majesté « notre sincère attachement et notre totale déférence ».

Par ailleurs, il a salué les résidences Hassan II, construites par le Maroc sur le campus universitaire d’Abomey-Calavi. Enfin, fidèle à son souci du bien commun, il a profité de l’occasion pour exprimer le souhait de voir le Royaume contribuer au développement de Porto-Novo, par une école, une bibliothèque, un centre social ou un centre socio-médical.

Le témoignage de l’Ambassadeur

Prenant la parole à son tour, Rachid Rguibi a commencé par souligner la chaleur de l’accueil, « Nous nous sentons ici à la Résidence du Patriarche Karim da Silva comme chez nous. » Il a ensuite expliqué qu’au terme de sa mission, la délégation avait tenu à faire le détour par Porto-Novo, pour saluer le patriarche et le remercier de son action en faveur de la paix et du vivre-ensemble. Ce détour n’était donc pas fortuit ; il était le signe d’un respect profond.

Pour l’Ambassadeur, le patriarche « incarne la stabilité, la sagesse et la paix ». À ses yeux, la preuve en est son rôle auprès de toutes les communautés, musulmane comme autres, pour installer la concorde et le dialogue interreligieux. Il a même confié qu’établi au Bénin depuis dix ans, il constate que partout où il va, le nom du patriarche l’aide à anticiper et à résoudre les difficultés. Autrement dit, le prestige de cet homme ouvre des portes et apaise les tensions avant même qu’elles ne naissent.

C’est alors qu’au nom de la délégation, il a remis le cadeau. « Nous devançons tous ses admirateurs, ses amis et ses parents », a-t-il lancé, en rappelant que le patriarche fêtera ses 100 ans dans quelques jours. Il a conclu en ces termes, « Le Bénin est fier de Monsieur da Silva et nous sommes fiers d’être ses amis. »

Des cadeaux chargés de sens

Le présent marocain est une pièce d’artisanat, un véritable cadeau diplomatique, à la mesure de celui qui le reçoit. En retour, le patriarche a répondu par un geste tout aussi parlant. Il a offert à ses hôtes un luxueux tableau sur lequel sont gravés les 99 noms d’Allah. Il y a ajouté un lot de ses ouvrages, dont les deux versions, française et anglaise, de La Bible, le Coran et la science. Cet ouvrage mérite qu’on s’y arrête ; le patriarche en a acheté les droits d’auteur, l’a fait éditer à des milliers d’exemplaires et l’a distribué gratuitement dans le monde entier, notamment au Caire. La réponse reçue de cette ville figure d’ailleurs dans les premières pages de la nouvelle édition. Le lot comprenait enfin « Le Dahomey, au-delà de l’histoire officielle ».

Pour finir, la visite s’est close par une prière dirigée par un membre de la délégation marocaine. Les hôtes se sont ensuite rendus à la mosquée centrale de Porto-Novo, où ils ont prié, avant de visiter l’ancienne mosquée centrale.

Karim Urbain da Silva, portrait d’un homme-repère

Au terme de cette journée, une évidence s’impose ; l’hommage de la délégation marocaine n’honore pas seulement un homme, mais une manière d’être au monde. Car Karim Urbain da Silva est tout à la fois un sage, un bâtisseur de ponts et une mémoire vivante.

Pour le Bénin, il est le doyen respecté, le gardien de la mémoire nationale et le « pacificateur » discret, dont la parole apaise et rassemble au-delà des chapelles et des confessions. Sa maison de Porto-Novo, où le Panthéon Négro-Africain veille sur les héros du continent, ressemble moins à une résidence qu’à un sanctuaire de la mémoire et de la concorde.

Pour l’Afrique, il demeure l’héritier fidèle de l’idéal panafricain. Humaniste et érudit, il a fait de la connaissance et du dialogue ses armes les plus sûres, et de la dignité du continent son combat constant. Il rappelle, par sa seule présence, que l’unité africaine est d’abord une affaire de fidélité à ceux qui se sont battus pour elle.

Pour le monde arabe, enfin, il reste l’ami sincère, l’ancien conseiller de Nasser et le passeur entre les cultures, celui qui a su faire dialoguer la Bible et le Coran, l’Afrique noire et l’Orient. À l’heure où il s’apprête à entrer dans sa centième année, il apparaît ainsi comme une figure rare, sage parmi les sages, patriarche bienveillant, infatigable artisan de paix.

En somme, Karim Urbain da Silva est de ces hommes dont la grandeur ne tient pas à l’âge, mais à ce qu’ils laissent aux autres, la paix, la lumière et l’exemple. Et comme l’ont si bien dit ses hôtes marocains, il est véritablement « une chance pour le Bénin, pour l’Afrique, pour nous ».

Fréjus MASSIHOUNTON