33e Journée mondiale de la liberté de la presse : «Face aux enjeux, notre responsabilité est immense», dixit Hervé Hessou, président de l’UPMB

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La 33e édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse a été célébrée ce dimanche 03 mai 2026 au siège de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) à Cotonou. Autorités de régulation, associations professionnelles et patrons de presse se sont retrouvés autour du double thème de l’UNESCO : « Façonner un avenir de paix » et « Informer dans un monde nouveau : l’impact de l’intelligence artificielle sur la presse et les médias ».

 

Entre hommage aux disparus et bilan post-électoral, la presse béninoise a refusé de célébrer le 3 mai en silence. Premier à prendre la parole au nom des associations, Hervé Hessou, président de l’Union des professionnels des médias du Bénin (UPMB), a rappelé la portée symbolique du 3 mai : défendre l’indépendance des médias face aux pouvoirs politiques et aux systèmes judiciaires. Il a rendu hommage aux journalistes « emprisonnés ou assassinés » et exigé « vigilance » et « engagement renouvelé du journalisme professionnel, éthique et responsable » face à la désinformation.

Edouard Loko, président de la HAAC, a créé la surprise en annonçant qu’à partir de 2027, l’organisation de la cérémonie reviendra aux associations professionnelles, à la Maison des médias. Après avoir demandé une minute de silence en mémoire des disparus, il a abordé la « trêve politique » constitutionnelle et ses conséquences : « La politique a été, pour une bonne part, notre fonds de commerce. Ce fonds de commerce qu’on veut gêner. Comment nous allons faire ? » Il a précisé : « Il ne s’agit pas de ne pas critiquer, de ne pas dire ce qui est ».

Pour le Conseil national du patronat de la presse et de l’audiovisuel, Evariste Hodonou a listé les maux : faiblesse des ressources financières, baisse des recettes publicitaires, précarité des conditions de travail et défi de la transition numérique. Sa conclusion est nette : « Il ne peut y avoir de démocratie forte sans une presse libre, responsable et bien ». Il a salué les efforts de la HAAC et la réhabilitation de la Maison des médias, mais avertit que « beaucoup reste à faire pour renforcer la viabilité économique des entreprises de presse ».

De l’hommage aux disparus au bilan de la 7e mandature, un fil rouge traverse les discours : liberté de la presse, paix et démocratie sont indissociables. Rendez-vous est pris pour le 3 mai 2027 à la Maison des médias, pour une édition désormais confiée aux associations professionnelles.

 

Boniface KABLA

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DISCOURS DE HERVÉ PRUDENCE HESSOU, PRESIDENT DE L’UNION DES PROFESSIONNELS DES MÉDIAS DU BENIN

 

 

Excellence Monsieur le Président de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication,

Mesdames et Messieurs  les Conseillers à la HAAC,

Monsieur le Président du Conseil National du Patronat de la Presse et de l’Audiovisuel du Bénin (CNPA-Bénin),

Monsieur le Président de l’Observatoire de la Déontologie et de l’Éthique dans les Médias (ODEM),

Monsieur le Directeur de la maison des médias du Bénin,

Monsieur le Directeur de la Société de Radiodiffusion et de télévision du Bénin (SRTB),

Monsieur le Directeur de l’Office National d’Imprimerie et de Presse (ONIP),

 

Mesdames et messieurs les responsables à divers niveaux,

Chers consœurs et confrères,

 

Distingués invités,

 

Chers amis professionnels des médias,

 

Mesdames et Messieurs,

C’est avec un réel honneur et une profonde gratitude et surtout avec une profonde responsabilité que je prends la parole ce dimanche 3 mai 2026 au nom des professionnels des médias du Bénin, à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, édition 2026.

 

En effet, le 3 mai représente une journée pour : tracer un portrait de la liberté de presse dans le monde ; défendre l’indépendance des médias face au processus politique et au système judiciaire ; se souvenir des journalistes censurés, emprisonnés ou assassinés et rendre hommage à ceux décédés au travail ; sensibiliser à l’importance du journalisme indépendant ; protéger l’accès à l’information et à la liberté d’expression. Car une presse libre et indépendante devient un outil incomparable pour garantir la justice et pour protéger les droits de la personne humaine.

 

Il me sied par ailleurs de nous rappeler, qu’en instituant cette journée du 3 mai, les Nations Unies visent à rappeler au monde entier l’importance capitale de la liberté de la presse et nous invitent à une double exigence : celle de la vigilance face aux menaces qui pèsent sur cette liberté, et celle de l’engagement renouvelé pour un journalisme professionnel, éthique et responsable.

 

 

En choisissant cette année 2026 comme thème, je cite : « Façonner un avenir de paix : promouvoir la liberté de la presse pour les droits humains, le développement et la sécurité », les Nations Unies tentent de nous rappeler sans distinction aucune, l’importance de la paix dans un monde déchiré par des conflits et autres fléaux de toutes sortes et nous appellent à cultiver la paix partout où nous sommes pour le bien-être de l’humanité.

 

Aussi convient-il de souligner que le 3 mai sert à rappeler aux gouvernements la nécessité de respecter leur engagement en faveur de la liberté de la presse et constitue également une journée de réflexion pour les professionnels des médias sur les questions relatives à la liberté de la presse et à l’éthique professionnelle. Tout aussi importante, la Journée mondiale de la liberté de la presse est une journée de soutien aux médias qui sont des cibles pour la restriction ou l’abolition de la liberté de la presse. C’est aussi une journée de commémoration pour les journalistes qui ont perdu la vie dans la poursuite d’une histoire.

 

Excellence Monsieur le Président de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication,

 

Mesdames et messieurs,

 

Chers camarades professionnels des médias,

 

Le droit de parler librement en toute sécurité, comme la liberté d’expression dans la presse, nous semble un droit fondamental, mais ce n’est pas un acquis partout à travers le monde. Comment alors façonner un avenir en paix? Il faut alors partir du renforcement des écosystèmes d’information avec l’alignement du journalisme, de la technologie (IA) et des droits humains pour contrer la désinformation. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO), il doit y a une collaboration entre journalistes, technologues, décideurs politiques et société civile pour une paix durable. De même que la promotion de la paix par l’éducation, le dialogue, et l’action contre la violence. Cultiver l’empathie, la gestion des émotions et la non-violence au quotidien est également un élément à retenir. Cette initiative vise à transformer la paix, non seulement comme absence de guerre, mais comme un projet politique, social et éthique quotidien.

 

Au Bénin, dans un contexte particulier, la liberté de la presse reste l’une des fondations de toute société démocratique. Elle doit aujourd’hui s’adapter à des réalités technologiques en constante évolution mais également un environnement marqué par la multiplication et le changement des acteurs.

 

Outre le cadre normatif peu favorable pour la presse, comment garantir le droit d’informer sans crainte et sans complaisance ?

 

Exposés à divers aléas pendant la collecte, le traitement et la diffusion de l’information, les professionnels des médias ne bénéficient pas encore, pour l’écrasante majorité, ni d’un traitement salarial décent encore moins d’une couverture sociale adéquate pour jouer avec efficacité leur rôle dans notre pays en pleine construction. Les dernières élections, municipales, législatives et la présidentielle aux cours desquelles la presse et les médias ont joué leurs rôles essentiels montrent à suffisance de l’importance de ce quatrième pouvoir.

 

Excellence Monsieur le Président de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication.

 

Mesdames et messieurs,

 

Chers camarades professionnels des médias.

 

Dans la sous-région, notre cher et beau pays, le Bénin, est souvent cité comme un modèle démocratique où la liberté de la presse constitue un pilier fondamental de l’État de droit. Elle permet d’informer les citoyens, de renforcer la transparence de l’action publique et de consolider la participation démocratique. Cependant, Mesdames et Messieurs, célébrer la liberté de la presse ne doit pas occulter les défis auxquels nous faisons face.

 

Les mutations technologiques, l’essor des réseaux sociaux, la prolifération des fausses informations, la précarité économique des entreprises de presse et les conditions parfois difficiles d’exercice du métier de journaliste interpellent notre conscience collective.

 

À cela s’ajoutent des préoccupations liées à la sécurité des professionnels des médias, à l’accès équitable à l’information publique, et à la nécessité d’un cadre réglementaire équilibré, qui protège sans contraindre abusivement.

 

Face à ces enjeux, notre responsabilité est immense.

Nous devons, en tant que professionnels des médias :

– promouvoir une information crédible, vérifiée et équilibrée ;

– renforcer notre attachement aux principes déontologiques;

– lutter activement contre la désinformation ;

– et contribuer à l’éducation des citoyens à l’esprit critique.

 

Mais cette responsabilité ne saurait être portée par les seuls acteurs des médias. C’est pourquoi je voudrais, ici et maintenant, saluer la présence et l’engagement de l’organe de régulation dans notre pays qu’est la HAAC, des autorités publiques et des partenaires du secteur, dont l’accompagnement demeure essentiel pour créer un environnement propice à une presse libre, réellement indépendante et véritablement responsable.

 

C’est donc à juste titre que je lance un appel :

 

– aux autorités, pour la consolidation des acquis démocratiques et le renforcement des garanties de la liberté de la presse ;

– aux entreprises de presse, pour l’amélioration des conditions de travail et la professionnalisation du secteur ;

– aux journalistes, pour un sursaut d’éthique et de rigueur ;

– et au public, pour un usage responsable de l’information.

Mesdames, mesdemoiselles et Messieurs,

 

La liberté de la presse n’est jamais définitivement acquise. Elle se construit, se protège et se défend chaque jour.

 

En cette année 2026, réaffirmons ensemble notre engagement à faire des médias béninois et autres entreprises de presse, un véritable levier de développement, de paix sociale et de consolidation démocratique.

 

Je voudrais terminer en rappelant que la crédibilité de notre profession est notre bien le plus précieux. Préservons-la, renforçons-la et transmettons-la aux générations futures.

 

Vive la liberté de la presse !

 

Vive les médias béninois !

 

Vive l’Union des professionnels des Médias du Bénin !

 

Vive le Bénin.

 

Je vous remercie de votre aimable attention.