Malgré des investissements massifs dans le portuaire et le tourisme balnéaire, l’économie bleue béninoise peine à décoller. Sur le plateau de « Zone Franche » de Canal 3 Bénin ce dimanche 10 mai 2026, Ernest Tindo, Expert en économie Bleue, a pointé les blocages structurels qui brident le potentiel maritime du Bénin. Il trace les pistes pour une croissance forte.
Pour Ernest Tindo, consultant et pilote du projet de stratégie nationale d’économie bleue, trois insuffisances empêchent le Bénin d’exploiter pleinement sa façade maritime. D’abord le cadre institutionnel. « Ces dix dernières années, nous avons remarqué la mise en veilleuse institutionnelle du maritime », constate-t-il. L’UEMOA et l’Union africaine recommandent pourtant la mise en avant du maritime et de l’économie bleue dans l’architecture gouvernementale des pays côtiers pour assurer une vision globale et les arbitrages inter sectoriel. Ensuite l’absence de stratégie adoptée. Le Bénin dispose d’un projet de stratégie nationale, mais le processus d’adoption n’est pas achevé. Sans ce document, la coordination des investissements reste incertaine. Enfin l’offre de formation. Le pays ne dispose pas de lycée maritime, ce qui crée un manque de compétences dans les métiers de la mer, du littoral et du transport fluvio-lagunaire.
Ernest Tindo plaide pour la création d’un tel établissement dédié à la formation secondaire et la réforme des curriculums universitaires orientés vers les métiers de la mer et du littoral.
Des investissements réels mais un manque de pilotage
L’expert refuse de parler d’abandon. Il rappelle les enveloppes conséquentes injectées dans le secteur portuaire, le tourisme et la sécurité maritime. « On ne peut pas dire que le secteur n’a pas été une priorité », précise-t-il. Le nœud est institutionnel. Avec la quasi-totalité des échanges béninois et l’essentiel du commerce mondial qui transitent par la mer, ne pas structurer l’économie bleue revient à laisser des emplois et des richesses inexploités pour les jeunes et les populations côtières.
Les pistes pour accélérer
Ernest Tindo mise sur la finance bleue. Le Bénin, précurseur avec son cadre de financement vert, peut désormais lever des fonds dédiés aux projets aquatiques. Il cible aussi des secteurs à fort potentiel. La digitalisation de la chaîne logistique, l’aquaculture doit réduire les importations massives de poissons et viser l’exportation des surplus vers les marchés nigérian et chinois. Le transport fluvio-lagunaire, encore embryonnaire, et l’exploitation encadrée des granulats marins pour les chantiers sont d’autres leviers. Il insiste : l’économie bleue lie développement, protection des écosystèmes et inclusion sociale. Les aires marines protégées, la gestion des déchets et la surveillance côtière montrent que le Bénin progresse déjà sur le volet environnemental. En effet, le nouveau président élu, Romuald Wadagni a fait de « l’économie bleue prospère » un axe de son projet de société. Pour Ernest Tindo, si un cadre institutionnel dédié est mis en place, le Bénin peut atteindre une croissance à deux chiffres d’ici trois ans. Il appelle le secteur privé à investir et innover, et la jeunesse à se former aux métiers de la mer, localement ou dans les académies régionales. Membre du bureau politique de l’UP le Renouveau, il assume son engagement : « L’élite ne doit pas déserter la politique. C’est le lieu par excellence pour créer l’impact à travers les politiques publiques ».
Boniface KABLA