Gabon : Crainte d’une nouvelle crise post-électorale au lendemain des élections

Afrique

Au lendemain de vote au Gabon, la compilation des résultats est en cours, après une triple élection, samedi 26 août, à savoir présidentielle, législatives et locales. Journée difficile, samedi, où le scrutin a connu de nombreux retards et dysfonctionnements. La situation politique s’est tendue en cours de journée.

Samedi, jour du vote, le principal candidat de l’opposition, Albert Ondo Ossa a accusé le pouvoir de fraudes et, en fin de journée, le gouvernement a annoncé une coupure immédiate d’internet et un couvre-feu à partir de ce dimanche soir, 19h00, jusqu’à 6h00 du matin.

En milieu d’après-midi de ce dimanche 27 août, l’ambiance était calme. Taxis et véhicules circulaient, les gens qui étaient à l’église sont rentrés chez eux. La circulation a faibli au fil de la journée, et les rues sont ce dimanche soir beaucoup moins animées que d’habitude, selon des habitants.

Selon plusieurs témoignages, la présence policière était un peu plus visible. Des forces de l’ordre ont été déployées dans certaines stations-service. Au carrefour Rio, bien connu pour être un foyer de contestation, deux véhicules anti-émeutes et un anti-incendie étaient sur place. Des forces de l’ordre étaient aussi présents au PK9, au PK12, à Nzeng Ayong ou encore au rond-point de la démocratie. Déjà samedi soir, des barrages ont commencé à apparaître, durant la nuit, en certains endroits.

Dans le dispositif, on retrouve souvent un camion anti-émeutes équipé d’un canon à eau, des forces de l’ordre avec matraque, casque à visière ou encore masque à gaz. « Ce sont des manœuvres d’intimidation, pour effrayer et dissuader les gens de sortir », indique un opposant.

Parmi la population, certains habitants que nous avons contactés ne cachent pas leur appréhension. Ils craignent particulièrement l’annonce des résultats et une nouvelle crise post-électorale.

En 2016, c’est cette annonce qui avait entraîné de graves violences et donc, cette année, la population a anticipé. Vendredi dernier, c’était jour de paye, beaucoup sont allés dans les magasins faire des provisions et acheter notamment des denrées non périssables.

Dans l’attente des résultats

Le Centre gabonais des élections est en train de centraliser les résultats. On ne sait pas quand les chiffres finaux seront annoncés, car, pour la première fois, le pays organisait un triple scrutin et, bien sûr, la coupure d’Internet ne facilite pas le travail des agents électoraux.

Du côté des politiques, on attend aussi le verdict des urnes. « Avec le couvre-feu et la coupure d’Internet, le pouvoir cherche manifestement à terroriser la population pour qu’elle reste terrée chez elle », estime un opposant.

Alternances 2023 compile, elle aussi de son côté, les chiffres. La principale plateforme d’opposition avait des candidats et des scrutateurs un peu partout dans le pays qui permettent de récupérer les procès-verbaux (PV) des résultats. Ces PV sont transférés à Libreville où la coalition a deux quartiers généraux, un politique et un technique. Les principaux ténors, eux, devaient se réunir dans l’après-midi, en prévision d’une déclaration, ce dimanche.

Samedi soir, le parti présidentiel PDG s’est réjoui du bon déroulement des scrutins dans la plupart des bureaux. Son secrétaire général adjoint a toutefois constaté des manquements qui ne sont pas de nature à compromettre la crédibilité du vote. Il a aussi mis en garde les acteurs politiques contre toute déclaration incendiaire.

Pourquoi Internet est-il coupé ?

Les autorités affirment que la coupure d’internet doit servir à mettre un terme aux fausses informations et aux appels à la haine. Cependant, selon Qemal Affagnon, responsable Afrique de l’Ouest chez Internet sans frontières, cette mesure jette surtout le discrédit sur les élections.

Autre décision des autorités gabonaises après ces élections : la diffusion de RFI et France 24 est provisoirement suspendue, tout comme la chaine TV5 Monde. La chaine de télévision publique gabonaise l’a annoncé, samedi 26 août, en citant la Haute autorité de la Communication.