(Gratien Pognon bientôt au Panthéon Négro & Africain; Lire l’hommage rendu au patriarche par l’illustre disparu)
Le Bénin a perdu, le samedi 25 juillet 2026, Gratien Pognon, ancien Secrétaire Général Adjoint de l’Organisation de l’Unité Africaine ( OUA) et figure du Renouveau Démocratique. Ce diplomate rompu aux grandes missions continentales fut également ancien député de la première législature, et aussi l’auteur de plusieurs écrits consacrés à la politique étrangère du Bénin. Autant de fonctions qui, mises bout à bout, dessinent un parcours dense, entièrement mis au service du pays et du continent. Le patriarche Karim da Silva célèbre la mémoire d’un diplomate hors du commun.
La disparition de Gratien Pognon touche d’ailleurs particulièrement le patriarche Karim da Silva, Président du Conseil des Sages de Porto-Novo. Il faut, en effet, se souvenir que, lors de sa distinction au titre de Grand-Croix de l’Ordre National du Bénin, c’est Gratien Pognon lui-même qui avait pris la parole pour lui rendre un témoignage public resté depuis dans les mémoires. Il y racontait tour à tour leur rencontre inopinée au Caire en 1968, alors que le nonagénaire conseillait déjà le président égyptien Gamal Abdel Nasser, puis l’intervention décisive de celui-ci en 1972 pour secourir une délégation béninoise en difficulté au Nigeria, et enfin son rôle déterminant lors de la campagne présidentielle de mars 1996 qui ramena le Général Mathieu Kérékou au pouvoir.
Ainsi, qu’un homme de la trempe de Gratien Pognon ait choisi de rendre pareil témoignage au patriarche da Silva en dit long sur la stature de ce dernier. Cela atteste, en effet, de sa grandeur d’âme, de son humanisme et de son engagement constant pour le Bénin et pour l’Afrique. Et si l’illustre disparu a pu, de son vivant, honorer ainsi le patriarche, c’est bien la preuve que les grands hommes se reconnaissent entre eux, par-delà le temps et les générations.
En retour, le patriarche da Silva a tenu à honorer sa mémoire. Il a ainsi salué en Gratien Pognon un homme rare, capable de dire la vérité sur ses contemporains sans céder à la flatterie, et un patriote dont la parole avait toujours eu du poids parce qu’elle s’appuyait sur des faits vécus plutôt que sur des convenances.
Le doyen a d’ailleurs tenu à ajouter que Gratien Pognon fut, tout au long de sa vie, un homme de rigueur et de constance, animé d’un sens élevé du devoir et d’un attachement sans faille aux valeurs du Bénin. Sa carrière au service de l’Organisation de l’Unité Africaine, puis son engagement au sein de la représentation nationale, témoignent en effet d’une même exigence : celle de servir avec loyauté et de porter haut la voix du pays sur la scène africaine. C’est cette droiture, a précisé le patriarche, qui donnait tout son prix à la parole de Pognon, car elle venait d’un homme qui n’avait jamais eu besoin de se grandir pour être respecté.
C’est précisément au regard de ce parcours que la disparition de Gratien Pognon prend une résonance particulière et donne, dès lors, tout son sens à son entrée prochaine au Panthéon Négro & Africain, un lieu qui rassemble la mémoire des grandes figures noires ayant marqué la lutte pour la dignité et l’émancipation du continent. C’est donc tout naturellement dans cette lignée que Gratien Pognon devrait, à son tour, trouver sa place, au regard de sa riche carrière diplomatique et politique.
Fréjus MASSIHOUNTON
Lire l’intégralité de l’hommage rendu au patriarche Karim da Silva par Gratien Pognon
TEMOIGNAGE DE GRATIEN POGNON
A l’occasion de la cérémonie de distinction du Doyen Karim da SILVA au titre de Grand-croix de l’Ordre National du Bénin, le diplomate Gratien Pognon ancien secrétaire Général adjoint de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) a tenu à apporter le témoignage suivant publiquement, au cours d’un discours qu’il a tenu à prononcer.
Mesdames et Messieurs
Les Autorités, personnalités et dignitaires de tous rangs,
Honorables invités
Ne pas intervenir à une occasion solennelle aussi rare comme celle-ci, pour apporter un témoignage inédit, serait manqué à un devoir patriotique, renier mon pays, ou refuser de reconnaître que le Bénin recèle des valeurs humaines de qualité exceptionnelle.
Je ne voudrais pas aller par quatre chemins pour vous faire connaître aujourd’hui que j’ai été surpris de découvrir moi-même en cet homme qui fait l’honneur de nous tous en général et de notre gouvernement en particulier.
C’était en 1968, j’ai été appelé en ma qualité de Secrétaire Général Adjoint de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Addis-Abeba en Ethiopie, à conduire une importante délégation pour une mission au Caire en Egypte. Et déjà à notre descente de l’avion dans ce pays, les rumeurs circulaient que le Colonel Gamal Abdel Nasser avait parmi ses plus proches collaborateurs, un Conseiller noir Africain. Qui pourrait-être celui-là se demandaient les membres de ma délégation et moi-même ? Quel ne fut notre grand étonnement lorsque nous nous sommes aperçus que le Conseiller noir très écouté du Raïs, le président Nasser, n’était personne d’autre que notre Compatriote, Urbain Karim Elisio da SILVA. Alors très émerveillé, je ne pouvais me retenir de m’exclamer ……………
«FOFO» ! , c’est-à-dire grand frère ; et d’ajouter «Comment as-tu pu atterrir dans ce pays prestigieux pour te retrouver à un poste aussi élevé de confiance auprès d’un chef d’Etat du Calibre et de la trempe de Nasser ? Mais l’attitude discrétionnaire affichée par notre «Fofo» à ce moment là, nous obligea à contenir l’éphorie de notre joie débordant pour ne pas le mettre en mal, car jusque-là, il n’était pas reconnu comme un Dahoméen. Ensuite l’efficience de notre mission risquait d’être flétrie.
Je me rappelle aussi qu’en 1972, il a fallu l’intervention énergique et très appuyée de son Excellence da SILVA pour aider notre frère et compatriote feu Aristide GBENOU, à sortir du pétrin au Caire et à Lagos.
En effet, Aristide était lui aussi à la tête d’une délégation en route pour une mission qui devait le faire passer par le Caire et Lagos. Ils étaient très mal logés dans un hôtel situé dans un quartier populaire de Lagos, la Capitale. Monsieur da SILVA qui par bonheur se trouvait au Nigeria à ce moment en pourparler avec le gouvernement Nigérian pour les intérêts du Bénin, était informé de la situation. Par ses relations privilégiées avec les Autorités au sommet de ce grand pays, Monsieur da SILVA ne s’est pas fait prier pour obtenir le déménagement de cette délégation pour un autre hôtel de grande classe. Et, non seulement il a pris entièrement en charge tous les frais d’hébergement et de restauration, mais il s’est également personnellement occupé de leurs billets d’avion. Aussi en matière d’altruisme et d’humanisme, très peu de personnes à ma connaissance sont en mesure d’atteindre ce degré auquel était parvenu notre «Fofo».
Mesdames et Messieurs les Autorités, toutes hiérarchies confondues, chers invités, je ne finirai pas de m’interroger sur la qualité des valeurs de ce digne fils du Bénin, l’heureux récipiendaire du jour. Il a beaucoup fait pour notre pays. Certainement qu’il a beaucoup d’autres projets encore pour le développement économique et socio-culturel harmonieux du Bénin.
Mais permettez-moi de terminer mon propos par la relation d’un dernier fait qui me tient à cœur et que je ne saurai passer sous silence. C’était un événement récent que chacun de nous ici présent, a vécu et qui a conduit à l’avènement du général Mathieu Kérékou en 1996.
J’étais nommé Directeur de campagne dans l’ancien Département de l’Ouémé pour l’élection du Général Mathieu Kérékou.
Cette campagne battait son plein lorsque dans la matinée du 09 Mars 1996, je constatai avec étonnement que déjà des affiches portant l’effigie de notre Candidat étaient placardées partout. Je n’ai pas cherché à perdre des minutes de réflexion avant de débarquer au domicile de son Excellence da SILVA, car je n’ai pas hésité à croire qu’il n’y avait que lui seul qui pouvait poser un tel acte de bravoure et d’éclat ; je ne m’étais pas trompé. En effet lorsqu’il m’avait reçu à son domicile, c’était avec émerveillement que je le vis en pleine séance avec les maires des quinze (15) communes de la ville de Porto-Novo, alors que, au NCC d’alors, nous ne disposions que d’un seul.
Cette séance suivie d’un entretien en tête à tête que j’ai eu avec lui, me permit de repartir fortement convaincu de la victoire du général aux élections présidentielles de Mars 1996. Inutile de vous ajouter que pour le second tour, tous les matériels et la logistique nécessaire ont été entièrement fournis pour tout le Département de l’Ouémé et les autres régions du pays par monsieur da SILVA, car après le premier tour, tout était complètement épuisé. C’est vous dire le rôle prépondérant et très déterminant que l’heureux du jour a joué dans le retour au pouvoir du CAMELEON.
Mesdames et Messieurs, je veux simplement m’en tenir à ces quelques cas pour ne pas abuser de votre temps car la liste serait longue, très longue alors.
Enfin, pour terminer, je dirai qu’à priori, Monsieur da SILVA au dire des gens, est apparemment complexe, incompréhensible, énigmatique, inaccessible. Mais il suffit d’avoir le courage de l’approcher pour le connaître et le comprendre, le comprendre pour mieux le découvrir, le découvrir pour l’estimer tel qu’il est en réalité. Et alors tous préjugés tombent, tous propos versatiles et tous esprits grégaires contre sa personne cessent et disparaissent.
Excellence Urbain Karim Elisio da SILVA, la Nation et la République du Bénin vous en sauront pleinement et infiniment gré.
Gratien POGNON
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