Escroquerie en ligne : Une plateforme de voyance opérant depuis Cotonou risque gros à la CRIET

Economie & Tech

‎Le parquet de la CRIET réclame cinq ans de prison, dont deux fermes, contre deux responsables d’une société de voyance en ligne d’origine tunisienne. Au cœur du dossier : des pratiques jugées trompeuses et une défense qui dénonce l’absence de victimes identifiées.

‎Le ministère public près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a requis, lors d’une audience récente, une peine de cinq ans d’emprisonnement dont deux ans fermes contre deux des cinq responsables d’une entreprise de voyance en ligne installée à Cotonou. Dans le même temps, il a sollicité la relaxe au bénéfice du doute pour les trois autres prévenus, dans cette affaire d’escroquerie présumée via internet.

Les faits remontent à une opération policière menée dans les locaux de la société, situés à Akpakpa. Cette intervention avait conduit à l’interpellation de 47 employés, dont la majorité a été libérée après vérification. Seuls cinq responsables, parmi lesquels le gérant, le directeur des ressources humaines et le comptable, ont été placés en détention provisoire avant d’être présentés devant la juridiction spécialisée.

‎Selon les éléments évoqués à l’audience, l’entreprise, dont le siège se trouve en Tunisie, disposait d’une antenne au Bénin chargée de gérer les interactions avec les clients en ligne. Le choix du territoire béninois aurait été motivé par le coût jugé avantageux de la main-d’œuvre locale.

Pour le ministère public, les activités de cette structure reposeraient sur des pratiques trompeuses. Les employés se feraient passer pour des voyants afin d’inciter des internautes à souscrire à des services payants, assimilés à des « pactes ». L’État béninois, constitué partie civile dans ce dossier, réclame 50 millions de francs CFA de dommages et intérêts, estimant que ces agissements portent atteinte à l’image du pays.

Face à ces accusations, la défense a vigoureusement contesté les faits. Les avocats des prévenus ont notamment pointé l’absence de plaignants identifiés, s’interrogeant sur la réalité du préjudice.
Un autre conseil a plaidé que l’art divinatoire ne saurait constituer en soi une infraction pénale, en s’appuyant sur la pratique traditionnelle des Bokonons, devins yoruba-fon profondément ancrée dans la culture béninoise. La défense a en outre rappelé que les consultations de voyance n’étaient pas exercées sur le territoire national.

‎Ils soutiennent également qu’aucune preuve tangible de manœuvres frauduleuses n’a été apportée au cours de l’enquête, affirmant que leurs clients seraient poursuivis en lieu et place des véritables responsables.

Le verdict de la CRIET est désormais attendu pour trancher cette affaire qui soulève, au-delà du cas d’espèce, la question de l’encadrement des activités numériques et des pratiques commerciales en ligne au Bénin.

‎A. ABALLO