Guerre au Moyen-Orient : Trump fait pression sur ses alliés pour la sécurisation du détroit d’Ormuz

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Le président américain Donald Trump, au cours d’une longue intervention publique très décousue, a reproché lundi 16 mars à certains pays de ne « pas vouloir s’impliquer » dans la sécurisation du détroit d’Ormuz, après son appel à aider les États-Unis dans cette tâche au cours du week-end. Le Royaume-Uni et l’Allemagne ont écarté toute mission de l’Otan pour rétablir la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Un peu plus tôt, le Japon et l’Australie, alliés historiques des États-Unis dans la région indo-pacifique, ont exclu tout envoi de moyens dans cette zone. Réunis à Bruxelles, les chefs de la diplomatie de l’UE ont écarté l’idée d’envoyer la mission européenne Aspides.

 

« Depuis quarante ans, nous vous protégeons et vous ne voulez pas vous impliquer dans quelque chose de très mineur », a déclaré le président américain depuis la Maison Blanche. « Nous encourageons vivement les autres pays à s’impliquer avec nous, et à s’impliquer vite et avec beaucoup d’enthousiasme », a souligné le président américain.

Donald Trump a convoqué la presse avant une réunion consacrée au Kennedy Center, une salle de spectacles emblématique de Washington dont il a pris les commandes. Il a évoqué rapidement la guerre en Iran pendant une longue déclaration préalable lors de laquelle il a abordé les sujets les plus divers, puis a répondu à quelques questions consacrées à la guerre, qui est entrée dans son 17ᵉ jour. Il a assuré que d’autres nations s’étaient engagées à rejoindre un effort pour rétablir la sécurité de ce point de passage vital pour le commerce de pétrole, mais sans dire lesquelles. « Nous vous donnerons une liste », a-t-il déclaré.

Le président américain, qui a déclenché l’offensive israélo-américaine sans se soucier des réserves ou critiques des alliés des États-Unis, a présenté sa demande d’aide comme une sorte de test de loyauté. « Le degré d’enthousiasme est important pour moi », a-t-il dit. « Nous n’avons besoin de personne », a assuré Donald Trump, avant d’ajouter, à propos des pays de l’Otan en particulier : « Ils devraient bondir pour nous aider, parce que nous les aidons depuis des années. »

Certains sont très enthousiastes, d’autres moins. Il s’agit de pays que nous aidons depuis de très nombreuses années. Nous les avons protégés de menaces extérieures terribles, et pourtant, leur enthousiasme est loin d’être au rendez-vous. Or, le niveau d’enthousiasme, c’est important à mes yeux. Dans certains pays, nous avons 45 000 soldats, d’excellents soldats, qui les protègent du danger, et nous avons fait un travail remarquable. Et quand on leur demande : « Avez-vous des dragueurs de mines ? », ils répondent : « Eh bien, nous préférons ne pas nous impliquer. » Alors je leur dis : « Vous voulez dire que depuis 40 ans, nous vous protégeons, et vous ne voulez pas vous impliquer dans une affaire aussi mineure ? Il ne sera pas nécessaire de tirer beaucoup de coups de feu, car il ne leur reste presque plus de munitions. » Mais ils répètent : « Nous préférons ne pas nous impliquer.

 

Le président américain a dit en des termes vagues s’attendre à ce que la France et le Royaume-Uni répondent positivement à sa demande d’aide.

Berlin et Londres écartent toute mission de l’Otan

Le Royaume-Uni et l’Allemagne ont écarté ce lundi toute mission de l’Otan pour rétablir la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré lors d’une conférence de presse que le Royaume-Uni travaillait avec ses alliés sur un « plan collectif viable permettant de rétablir la liberté de navigation dans la région le plus rapidement possible ». Ce plan « ne sera pas et n’a jamais été envisagé comme une mission de l’Otan », a-t-il insisté. « Il devra s’agir d’une alliance de partenaires, et c’est pourquoi nous collaborons avec des partenaires, tant en Europe et dans le Golfe qu’avec les États-Unis », a ajouté le dirigeant britannique.

Peu auparavant, Berlin avait souligné que la guerre engagée par Israël et les États-Unis contre l’Iran n’avait « rien à voir avec l’Otan ». « L’Otan est une alliance pour la défense du territoire » de ses membres et « il manque le mandat permettant de faire intervenir l’Otan » en dehors de ses frontières, a déclaré le porte-parole du gouvernement allemand Stefan Kornelius. S’opposant à toute « nouvelle escalade militaire » dans la région, l’Allemagne n’offrira « aucune participation militaire » mais est prête « à garantir, par la voie diplomatique, la sécurité du passage dans le détroit d’Ormuz », a également affirmé le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius.

Les ministres des Affaires étrangères lituanien et polonais, historiquement atlantistes, ont eux estimé que les pays de l’Otan devraient « étudier » une demande américaine de contribution si elle était officiellement soumise à l’Alliance. Mais « le président (Karol) Nawrocki a déjà écarté toute participation des forces armées polonaises », a rappelé le ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski.

Un responsable de l’Otan a indiqué à l’AFP « savoir que certains alliés discutent individuellement avec les États-Unis et d’autres pays » de mesures supplémentaires, ajoutant que l’Alliance atlantique avait déjà « renforcé » son engagement en Méditerranée, où ses forces ont intercepté trois missiles tirés d’Iran entrés dans l’espace aérien turc.

L’UE pas prête à réorienter sa mission maritime Aspides vers le détroit d’Ormuz

Il n’y a pas d’appétit de la part des 27 pour étendre leur mission navale vers le détroit d’Ormuz, résume Kaja Kallas de manière laconique après la réunion des ministres des Affaires étrangères, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet.

La cheffe de la diplomatie européenne continue d’espérer un renforcement de l’opération navale Aspides. Depuis deux ans, des navires d’une dizaine de pays de l’Union européenne y participent par roulement. Son mandat est basé sur le principe de la légitime défense en cas d’attaque des navires escortés. Les navires d’Aspides ne peuvent pas procéder à des frappes contre des installations à terre et, pour l’instant, leur zone d’opération s’arrête à la latitude de Mascate, la capitale omanaise.

Ils n’entreront donc pas dans les abords d’Ormuz et on a bien noté l’opposition formelle de l’Allemagne, de l’Espagne et des Pays-Bas qui ne veulent pas ajouter de la tension ou contribuer à une escalade militaire.

 

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