Les députés britanniques ont rejeté, vendredi 11 septembre, un projet de loi visant à légaliser l’aide à mourir en Angleterre et au Pays de Galles. Après plusieurs votes favorables au texte lors de précédentes étapes parlementaires, la Chambre des communes l’a finalement repoussé par 286 voix contre 270. C’est la deuxième fois que le Parlement britannique échoue à faire aboutir cette réforme de la fin de vie.
Le projet prévoyait de rendre l’aide à mourir accessible à certains malades dont l’espérance de vie était inférieure à six mois, rapporte notre correspondante à Londres, Sara Menai. La demande aurait dû être validée par deux médecins et un collège d’experts, et la personne concernée aurait dû être en mesure de s’administrer elle-même la substance létale.
Les députés étaient invités à voter en début d’après-midi selon leur conscience, sans consigne de parti. Le gouvernement travailliste avait adopté une position neutre et le Premier ministre Andy Burnham, arrivé à Downing Street cet été, avait choisi de ne pas participer au scrutin afin de ne pas « influencer le débat ».
La protection des personnes vulnérables au cœur des inquiétudes
Le vote s’annonçait particulièrement serré. La réforme a finalement buté sur une mobilisation de dernière minute de ses opposants, qui ont notamment insisté sur les risques pour les personnes vulnérables et sur la fragilité du système de soins palliatifs.
Pour les partisans du texte, la légalisation devait permettre aux adultes en phase terminale de mettre fin à leurs jours dans la dignité. Ses détracteurs redoutaient au contraire qu’une telle loi puisse exercer une pression sur les personnes handicapées ou âgées.
Philip Friend, militant de 80 ans pour les droits des personnes handicapées, a ainsi exprimé son « soulagement » après le vote. « Nous étions vraiment inquiets à propos de ce texte (…) qui ne comportait pas les protections » nécessaires, a-t-il expliqué.
À l’inverse, Lauren Edwards, députée travailliste à l’origine du texte, a estimé que le Parlement avait « laissé passer sa chance ». Selon elle, la législation actuelle, qui punit l’aide à mourir d’une peine pouvant aller jusqu’à 14 ans de prison, est « tout simplement trop cruelle et trop injuste pour être maintenue en l’état ».
Un débat loin d’être clos
La procédure parlementaire britannique ne permet pas de ressusciter un texte rejeté lors de sa deuxième lecture à la Chambre des communes. Cette version du projet est donc enterrée, mais le débat sur la fin de vie ne l’est pas : rien n’empêche qu’un nouveau texte soit rédigé et déposé à Westminster.
L’association Dignity in Dying, favorable à la légalisation, a qualifié le rejet de « revers dévastateur pour les personnes en fin de vie ». « Cette question ne disparaîtra pas pour autant », assure-t-elle, estimant qu’une modification de la loi reste une question de « quand », et non de « si ».
Le vote britannique intervient quelques mois après le rejet, à la mi-mars, d’un projet similaire par le Parlement écossais, par 69 voix contre 57. Le Royaume-Uni se distingue ainsi de plusieurs pays européens ayant autorisé l’aide à mourir, notamment la Belgique et la Suisse. En France, le Parlement a approuvé une telle réforme en juillet.
Selon un sondage Ipsos publié le 7 septembre, deux Britanniques sur trois se disent pourtant favorables, en principe, à une légalisation de l’aide à mourir.
L’opposant et ex-ministre Justin Koné Katinan placé sous mandat de dépôt
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