Au Bénin, l’installation du Sénat, l’une des principales innovations de la révision constitutionnelle de 2025, semble désormais imminente. L’inscription d’une dotation budgétaire de 100 millions de FCFA dans la loi de finances rectificative 2026 marque le démarrage concret du processus de mise en place de cette nouvelle institution de la République. Quel choix fera enfin Yayi Boni?
Selon les indications fournies par l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Théodore Holo, l’installation officielle du Sénat devrait intervenir au cours du mois de juin 2026, sous réserve de l’achèvement des formalités prévues par les textes, notamment la désignation complète des membres appelés à composer la chambre haute.
À l’approche de cette échéance, une interrogation continue d’alimenter les débats politiques : l’ancien président du Bénin, Thomas Boni Yayi, maintiendra-t-il son refus de siéger ou finira-t-il par rejoindre l’institution ?
En novembre 2025, l’ancien chef de l’État avait clairement affiché son opposition à la création du Sénat. Dans une déclaration rendue publique sur sa page Facebook, il estimait que cette réforme n’était « ni opportune, ni légitime » et dénonçait une initiative engagée sans consensus national. Il qualifiait même le projet d’« antidémocratique » et contraire à l’équilibre institutionnel du pays. À l’époque, il avait également indiqué qu’il ne siégerait pas dans cette nouvelle chambre.
Cette position contrastait avec celle de plusieurs autres personnalités appelées à intégrer le Sénat. L’ancien président Patrice Talon, après son départ du pouvoir, a choisi d’assumer ce rôle institutionnel conformément aux dispositions de la Constitution. Théodore Holo, pour sa part, n’a jamais caché sa disponibilité à prendre part aux travaux de l’institution.
Un refus qui était avant tout politique!
À l’époque, la position de Boni Yayi était étroitement liée au climat politique marqué par une forte opposition entre lui et Patrice Talon. Pendant près de dix ans, les deux hommes ont incarné deux visions opposées de la gouvernance du pays. Le parti Les Démocrates, dirigé alors par Boni Yayi, a régulièrement dénoncé ce qu’il considérait comme des atteintes aux libertés publiques, à l’inclusion politique et au pluralisme démocratique.
Le rejet du Sénat apparaît alors comme le prolongement logique de cette confrontation politique. Ce n’était pas seulement l’institution qui était contestée, mais également les conditions de sa création.
Aujourd’hui, le paysage a changé. Patrice Talon n’est plus à la tête de l’État. Son successeur, Romuald Wadagni, a été investi dans un climat relativement apaisé. Plus significatif encore, Boni Yayi a été aperçu à cette cérémonie d’investiture, un geste qui a été interprété par de nombreux observateurs comme un signal d’ouverture institutionnelle.
Et depuis quelques semaines, plusieurs observateurs évoquent la possibilité d’un changement de position de Boni Yayi.
Politiquement, il lui serait plus difficile de justifier un refus uniquement fondé sur son opposition à Patrice Talon, puisque celui-ci a quitté le pouvoir. Son argumentation devrait désormais s’appuyer exclusivement sur une opposition de principe à l’existence même du Sénat.
Or, depuis l’adoption définitive de la réforme constitutionnelle, la réalité institutionnelle s’est imposée. Le Sénat n’est plus un projet, mais une institution de la République.
Entre cohérence politique et devoir républicain
Boni Yayi se trouve aujourd’hui face à un dilemme. Si l’ancien président Boni Yayi refuse définitivement, il pourrait être critiqué pour avoir choisi la politique de la chaise vide alors qu’il a souvent plaidé pour une participation active à la vie démocratique nationale.
L’exemple de Patrice Talon est révélateur. Bien qu’ayant quitté le pouvoir, ce dernier a déjà indiqué qu’il accomplirait son devoir républicain en siégeant au Sénat lorsque les conditions seraient réunies. Quant à l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Théodore Holo, il a déclaré ne voir aucun inconvénient à participer aux travaux de cette institution. De même que l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Robert Dossou. Ces prises de position renforcent la pression morale et politique sur Boni Yayi.
Ce que souhaite une grande partie de l’opinion
Dans le pays, une partie importante de l’opinion publique exprime le souhait de voir Boni Yayi siéger au Sénat.
Les arguments avancés sont nombreux : son expérience de dix années à la tête de l’État ; sa connaissance des institutions ;
sa capacité à enrichir les débats ;
la nécessité de voir les anciens chefs d’État contribuer ensemble à la consolidation démocratique.
Pour beaucoup de Béninois, la présence simultanée de Patrice Talon et de Boni Yayi au sein du Sénat constituerait un symbole fort de maturité démocratique et de réconciliation institutionnelle.
Par ailleurs, Boni Yayi a toujours affirmé placer l’intérêt du peuple au-dessus de toute autre considération politique. Si une majorité de citoyens souhaite sa participation, ignorer totalement cette attente reste alors une affaire qui doit être soigneusement analysée par Yayi.
Va-t-il finalement déjouer les pronostics ?
À ce stade, aucune déclaration publique de Boni Yayi n’indique un changement officiel de position.
Cependant, l’évolution du contexte politique ouvre clairement la porte à une relecture de son refus initial. L’hypothèse d’un revirement n’est donc pas à exclure.
Les déclarations passées de Boni Yayi laissent penser qu’il devrait logiquement rester fidèle à son refus du Sénat. Mais la politique est aussi l’art de s’adapter aux réalités nouvelles.
Si cela se produit, ce ne serait pas forcément un reniement. Ce serait plutôt le choix de privilégier la participation institutionnelle à la contestation permanente.
Le Sénat, prévu par la Constitution révisée, aura notamment pour mission de contribuer à la préservation de l’unité nationale, à la stabilité institutionnelle et à la régulation de la vie politique nationale. Sa composition inclut plusieurs personnalités de droit, dont les anciens présidents de la République, les anciens présidents de l’Assemblée nationale et certaines anciennes autorités de la Cour constitutionnelle.
Dans ce contexte, la décision de Boni Yayi est particulièrement attendue. Entre fidélité à sa position de principe et participation à une institution désormais consacrée par la Constitution, l’ancien président se retrouve face à un choix qui pourrait marquer une nouvelle étape de sa trajectoire politique.
Aser ABALLO