Au Gabon, vendredi 17 juillet marque cinq mois jour pour jour que la Haute Autorité de la communication (HAC) a décidé de suspendre provisoirement les réseaux sociaux dans le pays. Objectif : lutter contre les invectives et protéger les enfants. Alors qu’une loi sur la régulation des réseaux sociaux a été votée au Parlement mais n’a pas encore été promulguée, la décision du 17 février semble se pérenniser au grand dam des citoyens rencontrés à Libreville.
Gertrude sort de son bureau au centre-ville de la capitale du Gabon. La suspension des réseaux sociaux a des conséquences négatives sur la scolarité de ses enfants, explique-t-elle : « Ils ont des applications liées aux réseaux sociaux. Donc, du coup, leur enseignement virtuel n’est plus disponible. »
Agent de livraison, Camille Ndong, lui, dit avoir vu son chiffre d’affaires dégringoler à cause de cette décision. « On doit la supprimer parce qu’elle met beaucoup de gens en faillite », réclame-t-il.
Malgré leur suspension, de très nombreux Gabonais restent connectés à leurs réseaux sociaux, grâce à un recours massif aux VPN. Mais problème : la majorité utilise des VPN gratuits et le piratage de données personnelles s’est développé. « Comme nous sommes au Gabon, quand vous vous connectez à un VPN aux Pays-Bas, en Belgique ou en Allemagne, il y a un contrôle du téléphone. C’est compliqué », se désespère un Librevillois.
Un débit d’Internet à Libreville en berne
Depuis quelques semaines le débit d’Internet à Libreville s’est aussi considérablement dégradé, suscitant l’indignation. « On prie pour que le Seigneur touche le cœur de notre père [le chef de l’État, NDLR] afin de nous remettre, pas seulement WhatsApp, mais les réseaux sociaux au Gabon », glisse un habitant. « Remettez-nous la connexion ! Pardon à Dieu, la Croix ! Pardon ! Remettez-nous l’Internet ! », supplie une dernière.
Le week-end précédent, un collectif de quatre associations a annoncé avoir attaqué la décision devant les cours et tribunaux. Sans succès pour le moment.