Sénégal : Le projet de loi de finances rectificative renvoyé en commission, le vote reporté

Afrique

Au Sénégal, le projet de loi de finances rectificative contesté par la majoritaire parlementaire a été renvoyé, ce 27 octobre 2026, en commission en vue de trouver un « compromis » entre le gouvernement et les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef).

Le ministre de l’Économie et des finances du Sénégal a demandé, ce mardi 27 octobre, le renvoi de l’examen de cette loi de finances rectificatives (LFR) en commission des finances. En d’autres termes, il appelle à suspendre l’examen de ce budget pour privilégier le « dialogue » et le « compromis » plutôt que de « prendre le risque d’une impasse institutionnelle », a souligné Cheikh Diba. Cette demande retenue par les députés.

Le Sénégal se donne ainsi une nouvelle chance de parvenir à un compromis. Ces derniers jours, ni le gouvernement ni la majorité Pastef à l’Assemblée ne semblaient prêts à des concessions autour de ce texte clé, qui conditionne notamment le déblocage du programme de 2,2 milliards de dollars du FMI. Le climat entourant l’examen de ce budget révisé était particulièrement tendu, avec de nombreuses réserves formulées ces derniers jours par les députés des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), majoritaires au Parlement. Des réserves qui dénoncent moins de recettes et plus de dépenses, d’où l’urgence de rectifier le budget, argumente le gouvernement.

Parmi les questions des députés du Pastef : pourquoi certains investissements votés dans le budget initial n’ont-ils pas été exécutés ? Oulimata Sidibé, vice-présidente de l’Assemblée nationale, cite l’exemple de Ziguinchor, où le pont est actuellement « sous menace ».

Pour faire face à ce déséquilibre, notamment avec la hausse des dépenses de subvention du carburant après le choc pétrolier, l’exécutif prévoit de réduire de 555 milliards de francs CFA (846 millions d’euros) les investissements publics. Le Pastef d’Ousmane Sonko refuse ces coupes, notamment dans le secteur de la santé et l’éducation, et exige un encadrement légal des fonds spéciaux dont dispose l’exécutif sans contrôle du législatif. À la tête du groupe parlementaire du Pastef, Ayib Daffé dénonce des incohérences : « C’est normal que les investissements soient réduits, mais quels investissements vont être réduits ? »

 

« Le peuple sénégalais est prisonnier de ce bras de fer ! »

Le gouvernement demande donc des amendements. Mais la marge est étroite pour les députés : les amendements ne sont recevables que s’ils accroissent les recettes ou réduisent les dépenses. D’où la proposition du gouvernement de renvoyer l’examen de cette LFR en commission des finances. Retour à la case départ donc : les débats vont ainsi reprendre en petit comité avant un examen par l’ensemble des députés pour une plénière qui doit être reprogrammée.

D’autres députés appellent à sortir de ce blocage, qui n’a que trop duré entre le Pastef et le gouvernement. Cheikh Tidiane Youm, député non inscrit et membre de la commission des finances, s’inquiète de ses conséquences : « Il est prévu de rembourser 300 milliards au secteur privé, ça aura un impact sur l’économie et sur les familles de ces salariés. Il faut qu’on puisse trouver une solution, un compromis pour sauvegarder les intérêts de la nation. Le peuple sénégalais est prisonnier de ce bras de fer ! »

Le pays traverse une grave crise économique et est confronté à une dette publique estimée à 132% du PIB à la fin de l’année 2024. Le FMI a annoncé en septembre un accord préliminaire avec le Sénégal sur un nouveau programme d’aide de 2,2 milliards de dollars (1,93 milliard d’euros) sur 36 mois, visant à stabiliser ses finances. Mais l’institution financière n’a pas encore annoncé l’approbation de cet accord par son conseil d’administration, et ce plan est soumis à certaines conditions.

 

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