La Commission permanente Santé de l’Académie nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin a organisé ce vendredi 19 juin 2026, à l’Institut des Sciences Biomédicales Appliquées de Cotonou, une rencontre scientifique intitulée « Vendredi de l’Académie ». La session était consacrée au thème : Intelligence artificielle et soins de santé du niveau périphérique au Bénin : pourquoi et comment ?
À l’ouverture des travaux , le Professeur Achille Massougbodji, président de la Commission Santé de l’ANSALB, a justifié le choix du niveau périphérique. Selon lui, les évaluations récentes du système sanitaire béninois montrent que les centres de santé d’arrondissement et les unités communautaires constituent le point d’entrée le plus pertinent pour y ancrer des innovations durables.
Face aux difficultés structurelles que connaît le secteur, l’Ansalb, dans sa mission de réflexion et de proposition aux décideurs publics, a estimé indispensable d’interroger les potentialités de l’intelligence artificielle. Objectif : déterminer en quoi cet outil peut améliorer l’accès aux soins, optimiser les diagnostics et renforcer la qualité des services offerts aux populations, depuis la communauté jusqu’aux structures hospitalières centrales.
Des applications béninoises déjà à l’œuvre
Quatre communications ont rythmé la matinée. Elles ont mis en lumière des applications d’intelligence artificielle déjà conçues ou expérimentées par de jeunes informaticiens et médecins béninois. Ces initiatives, saluées par l’Académie, visent à pallier les insuffisances en ressources humaines et à améliorer la prise en charge au plus près des populations.
Le Professeur Achille Massougbodji a toutefois souligné un défi majeur : le foisonnement actuel d’outils reste peu connu du grand public et insuffisamment interconnecté. Pour lui, l’enjeu consiste désormais à structurer ces dispositifs, à les rendre interopérables et à optimiser leur déploiement afin d’en maximiser l’impact sur le système de santé.
Le niveau périphérique, clé de la réduction de la mortalité maternelle et néonatale
Dans son intervention, le Professeur Blaise Ayivi, membre titulaire de l’ANSALB, professeur de pédiatrie et de génétique médicale à la retraite, a plaidé pour une concentration des efforts sur les soins périphériques. S’appuyant sur son expérience de terrain, il a rappelé que la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale demeure un défi persistant.
Il a cité l’expérience menée de 2020 à 2023 dans la zone sanitaire d’Allada, Zè, Toffo et Kpomassè. Grâce à un partenariat entre pédiatres, gynécologues, ministère de la Santé et Fondation Claudine Talon, et avec le soutien de l’ambassade du Japon, la reconstruction et l’équipement des maternités, la formation du personnel et la mise à disposition d’ambulances ont permis d’accroître les consultations prénatales, d’identifier plus tôt les grossesses à risque et de réduire la mortalité néonatale. Le recul est encore insuffisant pour mesurer l’impact sur la mortalité maternelle, mais les premiers résultats sont jugés encourageants.
Le Professeur Ayivi a également évoqué la montée en puissance des agents de santé communautaire supervisés par des infirmiers qualifiés. Si aucune évaluation formelle n’a encore été publiée, les observations de terrain montrent que ce dispositif soutient efficacement les parents dans la gestion des problèmes de santé courants.
Structurer l’innovation pour les décideurs
Au terme des échanges, l’ANSALB a réaffirmé sa vocation : mettre en contact les acteurs de l’innovation, structurer la réflexion scientifique et formuler des recommandations opérationnelles à l’endroit des autorités sanitaires, qu’il s’agisse du ministère de la Santé, des hôpitaux de référence ou des zones sanitaires.
La rencontre de ce vendredi constitue ainsi la première étape d’un processus que l’Académie entend poursuivre. L’ambition affichée est de contribuer à une intégration maîtrisée de l’intelligence artificielle dans le système de santé béninois, en plaçant le niveau périphérique au cœur de la transformation.
Boniface KABLA