Felwine Sarr et Bénédicte Savoy au sujet des enjeux liés à la restitution des biens culturels : « La restitution n’est pas la fin du processus, mais le nouveau départ…»

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(Il faut maintenir la flamme après cette détermination du chef de l’Etat et de son ministre de la culture, Jean-Michel Abimbola qui ont assumé leur rôle dans cette nouvelle ère marquée par un courant de restitution des biens culturels)

Les enjeux liés à la restitution des biens culturels, c’est le thème d’une conférence jeudi 11 novembre 2021 à Golden Tulip le Diplomate à Cotonou. Cette initiative du ministère du  tourisme de la culture et  des  arts  (MTCA ) a été animée  par les professeurs Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, deux éminents historiens qui n’ont ménagé aucun effort dans le processus de la restitution au Bénin des 26 trésors royaux.

Après la cérémonie d’accueil des œuvres, Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, invités spéciaux du Chef de l’Etat, ont animé une conférence sur les enjeux liés à la restitution des biens culturels. A l’occasion, le ministre de la culture, Jean-Michel Abimbola a indiqué que l’écho qui résulte du rapport des éminents invités sur la restitution du patrimoine culturel africain ouvre les pistes d’une nouvelle éthique relationnelle. « Nous avions déjà, avec nos partenaires compris l’intérêt d’une coopération scientifique autour des questions du patrimoine. Nous espérons pouvoir avec votre détermination garder cette flamme pour le bien de notre peuple », souhaite le ministre Jean Michel Abiombola. Depuis quelques jours, le Bénin vit donc d’intenses moments.

« C’est un moment spécial historique que nous vivons depuis quelques semaines. En ce moment historique, il est évident pour nous de replonger de nouveau dans la réflexion qui précède l’action pour que le combat réussisse ». Propos de Alain Godonou, Directeur des programmes Muséales à l’ANTP et Directeur honoraire et fondateur de l’école du patrimoine culturel africain. M. Godonou évoque la naissance de l’école du patrimoine culturel, il y a exactement 23 ans et son installation à Porto Novo. L’objectif global de cette école informe M. Godonou fut de rendre possible cet instant que vit le Bénin. «L’objectif est atteint et j’en suis  très fier; je me souviens des premiers moments du premier directeur puisqu’il disait que notre objectif  était que les objets africains puissent retourner au pays », rappelle Alain Godonou. Pour le Directeur des programmes Muséales à l’ANTP, «tant qu’il reste à faire, rien n’est encore fini pour le Bénin qui est en train de mettre les capacités d’infrastructures, des capacités professionnelles, des ressources humaines pour pouvoir jouer sa partition dans ce moment important des relations culturelles».

« Restituer ses œuvres culturelles n’est pas la fin mais plutôt le début »

Il faut noter qu’il n’y a pas que la restitution des objets. « Il y a un second côté qui est la circulation. C’est ce que souhaite le Bénin ; les 26 œuvres et bien d’autres qui appartiennent à la terre du Bénin mais accueillir aussi le patrimoine venant du monde entier et qui fait partie du patrimoine  national, tout ce qui est de la terre du Bénin », souhaite M. Godonou.

«Nous voulons que nos villes historiques  Cotonou Ouidah, Porto-Novo, Abomey  deviennent aussi des carrefours dans cette circulation du patrimoine universel du patrimoine mondial», annonce le directeur honoraire du patrimoine culturel. Selon lui, il n’y a pas d’autres objectifs que cela  parce que tous les peuples ont droit à la créativité de ce que l’homme a produit sous  l’inspiration dans cet univers sur la terre.

« Ce n’est pas la fin des exilés », fait savoir Felwine Sarr. «Ma joie est que les exilés ne sont pas définitifs». Pour Bénédicte Savoy, « restituer ses œuvres culturelles n’est pas la fin mais plutôt le début ». «La restitution n’est pas la fin du processus,  mais le nouveau départ. Pas seulement de l’éthique relation mais du travail des conservateurs et conservatrice », a-t-elle indiqué. Le Bénin dans son histoire de restitution s’est fait étonner par le monde, en majorité les Européens, fait savoir l’historien. « La restitution dans la douceur est une chose à rechercher  mais le Bénin a réussi avec douceur », apprécie Felwine Sarr. «Vous avez réussi cette approche par la finesse, quelque chose que jamais personne n’a réussi,  les restitutions se font dans la violence. Ce que vous avez réussi n’est pas de la fiction mais de la réalité », ajoute Felwine Sarr. Il faut noter que les restitutions  ne sont pas des moments “on of” c’est des moments et négociations qui durent.

L’historienne Bénédicte Savoy fait remarquer que l’objectif  de cette restitution est d’être à la fois de bons descendants et que ces objets demeurent et soient transmis aux générations futures.

Pour rappel, Bénédicte Savoy est auteure de plusieurs  ouvrages scientifiques et professeurs des universités et Felwine Sarr, Professeur historique des universités. Deux éminents historiens qui n’ont ménagé aucun effort dans le processus du retour de ces biens culturels.

Une restitution remplie d’émotion

Jean Michel Abimbola, ministre de la culture du tourisme et des arts jubile et affiche ses sentiments. Tenue sous la présence de plusieurs personnalités, dont l’Ambassadeur de la France près le Bénin, cette conférence sur les enjeux de la restitution des biens culturels a regroupé des acteurs culturels et des cadres du ministère en charge de la culture, des responsables de l’Agence nationale de promotion des patrimoines et du développement du tourisme, les membres des différents comités en charge de la coopération muséale, des évènements touristiques et culturels ;  les universitaires, les professionnels du patrimoine et les acteurs de la presse nationale  qu’ internationale.

« A  travers la restitution de vingt-six (26) biens culturels conservés en France et dont le pays  est  encore dans la fièvre de la célébration, le Bénin et la France ont montré qu’il est désormais possible de regarder, ensemble, avec responsabilité et sans complexe, leur histoire commune ». Le ministre ne cache pas sa joie, moins de 24 heures après l’arrivée des six biens culturels après un séjour de plus de 130 ans en France. Il faut noter que « cette activité est un témoignage de plus de la détermination du gouvernement de la République du Bénin à assumer son rôle désormais majeur, dans cette nouvelle ère marquée par un courant de restitution des biens culturels. Ensuite, comme l’as su répéter le Chef de l’Etat  dans son intervention à l’occasion de la cérémonie d’accueil des œuvres, « loin d’un mouvement de revendication, c’est plus d’un nouveau paradigme des relations internationales en général et des questions de coopération en particulier qu’il s’agit ». Cette position du Bénin n’a pas varié depuis juin 2018 où à la tribune de l’Unesco le Président Patrice TALON déclarait : « la restitution, le partage et la circulation des biens culturels sont désormais, pour le Bénin, un facteur de lutte contre la pauvreté, un facteur de création d’emplois et de richesses, un outil de développement socio -économique. Toute chose qui relève des objectifs de l’aide au développement et de la coopération. »

Le ministre Abimbola rappelle aux autorités et acteurs présents à cette conférence que  le maintien de cette flamme, son appropriation et la reconnaissance de l’importance de sa place dans les consciences individuelle et collective demeure une entreprise dont la réussite nécessite l’intégration d’une articulation entre les acteurs de développement, notamment les chercheurs, les savants et sachants, posant ainsi la problématique de la restitution comme  une question transversale, intersectorielle et multidisciplinaire à laquelle l’apport de l’expérience du Bénin, la toute première entièrement aboutie ne sera que de tout bénéfice.

Le ministre Abimbola rappelle qu’à l’occasion de l’élaboration et de la mise en œuvre des protocoles juridiques, logistiques, techniques, de transfert de compétences et autres dans le cadre de la restitution des vingt-six (26) biens culturels réceptionnés par le peuple béninois, « Nous avons observé et compris combien étaient utiles les moments d’échanges avec les experts de l’administration publique (culture, coopération, législation, police, douane, etc…), les conservateurs de musée, les ingénieurs culturels, les historiens de l’art, les archéologues, les socio-anthropologues pour ne citer que ceux-là. Je ne saurais oublier le rôle des traditionnistes et sachants dans ce registre. Tout ceci témoigne du caractère holistique que doit revêtir toute démarche qui veut se donner des chances de succès à l’image de celle du Bénin.Faut-il le noter qu’après l’euphorie la réflexion continue.  Les enjeux seront politiques, éthiques, institutionnels et professionnels.

Aux professeurs, universitaires et chercheurs de tous rangs, sachants et spécialistes à divers niveaux, le ministre Abimbola a réaffirmé que « l’Afrique attend désormais beaucoup de cette culture universitaire pour servir de levier aux politiques publiques ».

Mireine YAHOUNGO (Coll)