L’Université Paris-Dauphine honore Yayi

Politique

A l’issue du sommet France-Afrique sur la sécurité tenu à Paris en fin de semaine dernière, Boni Yayi a reçu une Médaille d’Or de l’Université Paris-Dauphine, 22 ans après l’obtention de son doctorat en Sciences économiques dans la dite université.

C’est un honneur au chef de l’Etat, Dr Boni Yayi. Il a été distingué pour la qualité de son cursus académique, professionnel et politique. Ce samedi après la clôture du Sommet France-Afrique, Boni Yayi a reçu, des mains du président Laurent Batsch, la Médaille d’Or de l’Université Paris-Dauphine. Le président de la république n’a pu cacher son émotion de se faire honorer par une université où, il y a 22 ans, il obtenait son doctorat avec ce thème de réflexion : « la monnaie, les systèmes financiers et la croissance économique dans les pays membres de l’UEMOA : la stratégie néolibérale à l’épreuve des faits ».

Coïncidence pour coïncidence, il est honoré au moment où ses pairs l’ont désigné pour conduire les destinées de l’Uemoa, institution économique sous-régionale
Boni Yayi a eu un brillant cursus universitaire en Sciences économiques et en Finance au Bénin et au Sénégal. Il a poursuivi ensuite ses études en doctorat à l’Université Paris-Dauphine. Parlant de ce haut lieu du savoir, Laurent Batsch, Président de l’Université Paris-Dauphine indique : «Dès sa création, l’Université Paris-Dauphine s’est impliquée dans l’analyse et la compréhension des questions liées au développement de l’Afrique. Elle a formé et continue de former dans son domaine de nombreux dirigeants de l’Afrique francophone. En remettant sa Médaille d’Or, notre université honore ainsi le parcours académique, professionnel et politique du Docteur Thomas Boni Yayi”.

Pour l’heureux du jour, Thomas Boni Yayi, Président de la République du Bénin, la remise de la présente Médaille d’Or lui offre l’occasion de lancer un vibrant appel à l’endroit de la jeunesse africaine et béninoise en particulier. « Je l’invite à faire mieux que nous qui sommes leurs aînés par cette belle citation d’Emile Duclaux, grand savant et humaniste français, qui disait notamment ceci : «Dépassez-nous cadets, car vos jambes sont jeunes, pour Dieu, marchez, car si vous restiez stationnaires et nous laissions durer, ni vous ni nous n’aurions fait notre devoir’”, a déclaré

Mieux connaître Boni Yayi

Thomas Boni Yayi est né à Tchaourou, dans le nord du Bénin, dans une famille musulmane. Il appartient à trois ethnies influentes du Bénin : Nago (de la famille des Yorubas) par son père, Peul et Bariba du côté de sa mère.
Docteur en économie, diplômé de l’Université Paris-Dauphine, il est conseiller technique aux affaires monétaires et bancaires de 1991 à 1996, avant d’être nommé président de la Banque ouest-africaine de développement (Boad) en décembre 1994, fonction qu’il conserve jusqu’en février 2006 quand il démissionne pour se présenter à l’élection présidentielle qui se tient le mois suivant.

Marié et père de cinq enfants, il est un candidat indépendant soutenu par une coalition de mouvements et de petits partis politiques. Son slogan : «Ça peut changer ! Ça doit changer ! Ça va changer !». Le 5 mars, il arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle avec 35,60 % des voix. Le 19 mars, au second tour, il remporte l’élection avec 74,51 % face à Me Adrien Houngbédji.
L’élection présidentielle suivante est reportée une première, puis une seconde fois, pour avoir finalement lieu le 13 mars 2011. Thomas Boni Yayi obtient 53,14 % des voix dès le premier tour.
Le 29 janvier 2012, il est élu par ses pairs président de l’Union africaine. Le 24 octobre 2013, il a également été élu Président de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa).

Quid de l’Université Paris-Dauphine

L’Université Paris-Dauphine exerce des activités de formation (initiale et continue) et de recherche dans le champ des sciences des organisations et de la décision (gestion, économie, mathématiques, informatique, droit, sociologie et science politique). Avec 386 professeurs permanents, 8 500 étudiants en formation initiale dont 38 % en Licence, 45 % en Master et 5 % en Doctorat, et une offre de 169 formations de niveau Licence, Master et Doctorat, dont 39 ouvertes à l’apprentissage, et ré-accréditée Equis en 2012, l’Université Paris-Dauphine est l’une des universités leaders en Europe dans son domaine et est membre fondateur de PSL (Paris Sciences et Lettres), qui fait partie des initiatives d’excellence retenues par un jury international dans le cadre du Grand Emprunt.

Allocution de son Excellence, docteur Boni Yayi, Président de la République du Bénin

Paris, le 07 décembre 2013
Monsieur le Président de l’Université Paris Dauphine,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais tout d’abord rendre un hommage appuyé depuis l’Université Paris Dauphine, Temple du savoir, à la mémoire de Nelson MANDELA, Grand homme d’Etat et icône internationale qui incarne l’humanisme, le pardon, l’amour du prochain, combattant de l’accès à l’instruction, du droit au savoir, défenseur des faibles, symbole de liberté.
Je voudrais ensuite saluer l’initiative du Président HOLLANDE pour l’organisation réussie du Sommet de l’Elysée pour la Paix et la Sécurité en Afrique. Cette rencontre traduit la nouvelle vision des relations entre l’Afrique et la France, placée sous le sceau de l’égalité et d’un nouveau partenariat équilibré, mutuellement avantageux, basé sur le respect mutuel et la solidarité réciproque.
Enfin, je ne puis cacher toute mon émotion en prenant la parole devant vous ‘’amis du Bénin’’, dans cette majestueuse salle « Raymond ARON » du nom de ce grand homme de culture français, après les propos combien élogieux à mon endroit de monsieur Laurent BATSCH Président de l’Université Paris-Dauphine.
Ma présence en ces lieux évoque en moi d’intarissables souvenirs des années studieuses passées dans cette grande université.
Je voudrais adresser, au nom de la Nation béninoise et en mon nom propre, mes vifs et sincères remerciements à l’endroit de Monsieur Laurent BATSCH, pour l’accueil très chaleureux qui m’a été réservé.
J’exprime aussi ma profonde gratitude aux autorités académiques qui ont bien voulu honorer mon pays, le Bénin, en me décernant la Médaille d’or de leur Université.
J’adresse également mes remerciements et mes félicitations à l’ensemble de la communauté universitaire qui œuvre inlassablement au rayonnement de cette institution de formation.
Mes chaleureux remerciements vont enfin à l’endroit de tout un chacun de vous qui avez fait le déplacement et dont la présence en ces lieux, au-delà du réconfort qu’elle me procure, vous honore et rend tout aussi compte de votre sens élevé de l’amitié.

Monsieur le Président de l’Université Paris-Dauphine,
J’interprète et apprécie la remise de cette distinction qui m’échoit ce jour comme un nouveau challenge, un défi à relever dans l’exercice de mes fonctions, tant au plan national que sur le continent africain, à un moment où mes Pairs de la ‘’zone franc ’’ viennent de m’accorder leur confiance pour conduire les destinées de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA).
Je ne peux donc pas m’empêcher de noter dans la consécration de ce jour un symbole, au regard de mes nouvelles charges dans la sous-région Ouest africaine, en relevant la justesse de sa coïncidence heureuse qui a le mérite de me replonger, vingt deux années après, dans la fièvre qui m’a empli lors de la soutenance de ma thèse de doctorat dans les locaux de cette même université, sur le thème de réflexion, vous l’avez rappelé tantôt « la monnaie, les systèmes financiers et la croissance économique dans les pays membres de l’UEMOA : la stratégie néolibérale à l’épreuve des faits ».

Jadis considéré comme un continent condamné au sous-développement, l’Afrique veut s’assumer et prendre en main son destin pour assurer son développement. Dans cette perspective, malgré les pas qualitatifs qu’elle a réalisés, l’Afrique reste confrontée à de nombreux défis sur le chemin de son émergence. Ces défis ont, entre autre, pour noms :
– la préservation de la sécurité, de la paix et de la stabilité ;
– la nécessité de stabiliser durablement les Etats qui sortent de périodes post-conflit et d’accompagner leur reconstruction en facilitant leur retour rapide à l’ordre constitutionnel ;
– la menace constante et permanente du péril terroriste ;
– la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit ;
– l’instauration de la bonne gouvernance dans la gestion des affaires de nos pays ;
– l’amélioration de nos systèmes juridiques et judicaires ;
– l’amélioration de nos systèmes éducatifs ;
– le renforcement de nos systèmes sanitaires ;
– la réduction de la pauvreté ;
– la résorption du chômage des jeunes et du sous-emploi ;
– l’autonomisation des femmes.

A cela, il convient d’ajouter le défi de la transformation rurale, gage d’une agriculture prospère, celui de la gouvernance concertée pour faire face aux changements climatiques et au défi de l’assainissement du cadre de vie de nos populations.
L’heure a en effet sonné pour l’Afrique de prendre légitimement, au regard de ses richesses et potentialités innombrables, la part qui lui revient dans le jeu des rapports de force, et sa place dans le concert des nations. Il est cependant certain que cette part à prendre par le continent est tributaire de certains facteurs que je me permets d’évoquer en trois grands axes essentiels à savoir : la sécurité et la stabilité de nos Etats, la bonne gouvernance et la réalisation effective de l’intégration économique de nos pays.

S’agissant de la sécurité et de la stabilité de nos Etats, l’Afrique est en effet secouée par des crises sécuritaires constantes et cycliques qui mettent à mal son développement et handicapent véritablement son essor et sa croissance économique. Vous conviendrez avec moi que les questions de paix, de sécurité, de stabilité et de développement sont intimement liées parce qu’elles permettent de donner un sens aux efforts engagés par nos gouvernements pour obtenir une croissance forte, continue, de qualité, équilibrée et inclusive. Nos Etats se doivent donc d’intégrer véritablement dans leur gestion quotidienne les facteurs déterminants de la paix et de la stabilité, dans une stratégie concertée et régionale appuyée par la communauté internationale sous la responsabilité des Nations-Unies. La consolidation de cette paix dépendra de la capacité des pays africains à renforcer l’unité du continent et à travailler à une renaissance africaine placée sous le signe du panafricanisme conformément à la vision des Pères fondateurs.

Je m’en voudrais donc de ne pas saisir cette tribune pour renouveler, au nom de mes Pairs africains, la sincère gratitude du continent à l’égard de la France qui a répondu à l’appel de l’Union Africaine, au cours de ma présidence, en mobilisant et en fédérant la communauté internationale autour de la question malienne. Cette prompte réaction de la France et celle de la communauté internationale ont permis d’endiguer véritablement l’avancée des groupes armés et terroristes dans la zone sahélo saharienne. Au Mali, cette initiative a également permis à ce pays ami de recouvrer son intégrité territoriale et d’organiser des élections présidentielles et législatives déterminantes pour sa stabilité.
C’est le même devoir de reconnaissance qui m’amène à saluer la détermination du Président de la République Française pour son initiative de saisine du Conseil de Sécurité des Nations Unies, aux fins d’obtenir le vote d’une résolution devant permettre l’envoi d’un contingent militaire français en République Centrafricaine pour sécuriser ce pays, fortement frappé par une instabilité récurrente et de graves violations des droits de l’homme de tous genres.
Je me félicite de ce que le Conseil de Sécurité vient de voter à l’unanimité cette résolution salutaire.

Monsieur le Président de l’Université Paris-Dauphine,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

En ce qui concerne la bonne gouvernance, je voudrais ici souligner que la croissance de qualité et inclusive ainsi que le développement durable de l’Afrique tant souhaité par les populations africaines en dépendent. C’est pour cette raison que l’Afrique affiche sa détermination à lutter contre les entraves à son développement telles que la corruption, l’impunité à travers différents mécanismes communautaires. Elle s’est également engagée à promouvoir la transparence dans la gestion des affaires de l’Etat, l’obligation de résultat, la reddition des comptes, le respect des libertés publiques et la liberté d’expression et de presse. Pour ce faire, la mise en place d’institutions fortes, crédibles et de qualité doivent être au fronton des priorités. Un Etat de droit dans une culture démocratique a besoin d’une justice forte, apolitique, crédible, à l’abri des interférences des autres pouvoirs et des lobby y compris le pouvoir de l’argent.
Dans le cadre de l’intégration économique de nos Etats, l’Afrique doit défendre ses positions d’une seule et même voix et se positionner dans les relations internationales comme entité unique à l’instar de l’Union Européenne, des Etats-Unis d’Amérique, des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ou encore de l’Association des Nations du Sud-Est Asiatique (ASEAN). Il est important de préciser que dans cette dynamique d’intégration réelle et véritable, les ensembles sous-régionaux et/ou les unions économiques sont appelés à jouer des rôles de premier plan, notamment en termes d’imbrication des économies, de mutualisation des richesses nationales, de réalisation de grands projets de développement.
Pour ce faire, les pays africains se sont engagés dans la voie de la transformation économique effective du continent avec pour finalité la promotion des PME-PMI et l’emploi des jeunes et des femmes. Le relèvement de ce défi exige des investissements structurants dans les domaines des infrastructures économiques, notamment l’énergie, les réseaux routiers, ferroviaires et aéroportuaires, les aménagements hydro agricoles, les TICs. En quelques sortes, l’Afrique doit parler avec l’Afrique, l’Afrique doit investir en Afrique, l’Afrique doit commercer avec l’Afrique.
Le Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) et le Programme des Infrastructures pour le Développement en Afrique (PIDA), mis en place au niveau continental et dont la mise en œuvre concrète nécessite l’implication des communautés économiques régionales s’inscrivent dans cette vision. La finalité demeure la réalisation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la promotion de l’emploi et de l’entreprenariat agricole.
Monsieur le Président de l’Université Paris-Dauphine,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs
La preuve est faite que l’Afrique au cours de ces dernières décennies est un pôle de création de richesse mais qui devra générer une croissance forte, résiliente et inclusive. Par ailleurs, l’Afrique dispose d’énormes potentialités minières, énergétiques et agricoles encore inexploitées. Elle a une population abondante, jeune et dynamique dont la taille atteindra deux milliards en 2050 avec plus de 60% de jeunes de moins de 35 ans.
Ce potentiel démographique est un atout si cette jeunesse est formée et professionnalisée. C’est pourquoi, je nourris l’espoir que cette grande institution qu’est l’Université Paris Dauphine devienne le cœur d’un partenariat stratégique avec les Universités africaines pour le renforcement des capacités de notre jeunesse. Monsieur le Président de l’Université Paris Dauphine, je m’y emploierai.
Les enjeux du développement de l’Afrique sont importants et c’est à juste titre que, saisissant cette heureuse opportunité, j’ai voulu brièvement partager avec vous ces quelques pistes de réflexion.
Je reste convaincu qu’un avenir radieux tend les bras à l’Afrique, berceau de l’humanité et continent d’espoir et d’espérance. Je n’ai aucun doute que ses filles et fils sont prêts à relever, main dans la main, les différents défis qui handicapent sa marche vers l’émergence, le progrès et le développement durable.
Je ne terminerai pas mon propos sans réitérer à chacun et à tous ma profonde gratitude pour avoir honoré de votre présence, ce moment de partage et d’estime dont j’apprécie la portée symbolique.
Une fois encore merci et que vive l’amitié.
Vive l’Université Paris-Dauphine !
Je vous remercie.