La question de la morale en politique s’est invitée au Palais des Congrès. À l’initiative de l’Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin (ANSALB), universitaires, hommes de foi et politologues ont croisé leurs réflexions ce jeudi 29 octobre 2026 autour d’une interrogation vertigineuse : la politique est-elle par essence amorale ?
C’est une thématique qui ne laisse personne indifférent. En ouverture, le comité d’organisation l’a d’ailleurs reconnu : si certains appréhendent le sujet, d’autres ont fait le choix courageux d’en débattre, au nom du principe qu’en démocratie, tout doit pouvoir être discuté.
Représentant le Président de l’Académie empêché, le Professeur Michel Boko, Secrétaire perpétuel de l’ANSALB, a planté le décor. Pour lui, interroger la morale en politique est une nécessité. « La politique ne constitue pas seulement un mécanisme d’accès au pouvoir. Elle engage le destin des peuples, la répartition des ressources, l’exercice des libertés et la protection des droits fondamentaux », a-t-il rappelé. Et d’ajouter : « Elle concerne directement la vie humaine, la justice et la dignité. Elle ne saurait être considérée comme un domaine étranger à toute exigence éthique ».
Revenant sur la pensée de Nicolas Machiavel et la célèbre formule « la fin justifie les moyens », il a soulevé la question centrale : l’efficacité suffit-elle à légitimer l’action politique ? Peut-on bâtir une confiance durable entre citoyens et institutions sans loyauté, transparence et respect de la parole donnée ?
Un retour sur soi
Interrogé en marge de cette 6e édition des Grandes Conférences, le Professeur Michel Boko est revenu sur le sens de ce choix thématique. Pour le Secrétaire perpétuel, l’Académie n’est pas qu’un laboratoire de résultats de recherche. « L’Académie, par définition, est un lieu de réflexion et la réflexion peut déboucher sur le développement de la société. On n’est pas là seulement pour apporter des résultats de recherche en laboratoire, mais aussi pour faire des réflexions sur la marche de la société », a-t-il expliqué.
Loin de prétendre apporter une réponse définitive, l’objectif est d’abord introspectif. « Le résultat, c’est trop dire. La première chose, c’est conduire à un retour sur soi. Un retour sur soi et un examen sur ce que nous faisons, sur les actes que nous posons. Comment nous-mêmes, nous pouvons faire une introspection et revisiter nos actes. Revisiter nos comportements dans la société, vis-à-vis de nos concitoyens, mais aussi vis-à-vis de la société dans son ensemble. Si nos actes vont dans le bon sens du progrès de la société. C’est ça fondamentalement l’objectif que l’Académie vise », a-t-il confié.
Interpellé sur sa lecture de la politique béninoise à l’aune de cette thématique, l’universitaire se veut nuancé. « La politique au Bénin, je ne vois pas de différence par rapport à ce qui se fait ailleurs. Quand vous écoutez les discours, quand vous écoutez la presse internationale, vous faites des comparaisons », observe-t-il avant de conclure : « Le vrai problème, c’est qu’il n’y a pas une règle unique pour que tout le monde puisse suivre. Le comportement des citoyens ne peut pas être calqué sur un modèle unique ».
La journée, présidée par le Professeur Jean-Pierre Ezin, s’articule autour de trois communications suivies de débats. La première du Père Éric Aguénoun sur « La politique, une activité essentiellement amorale ou immorale ? », la deuxième de la Professeure Monique Ouassa Kouaro sur « Les droits de l’homme et la politique » et la troisième du Professeur Victor Prudent Topanou sur « Le financement de l’action politique ».
Boniface KABLA
A lire aussi: