Le Sénégal soutient officiellement la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Elle n’avait pas été soumise par son pays, mais par le Burundi, qui assure la présidence tournante de l’Union africaine. L’annonce intervient 3 jours après la visite de Macky Sall à Dakar, la première depuis qu’il a quitté le pouvoir en 2024. Il avait alors été reçu par son successeur Bassirou Diomaye Faye. Une visite, sur fond de rivalité entre l’actuel chef de l’État et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko. Pour en parler, notre invité ce matin : Papa Fara Diallo, maitre de conférences en sciences politiques à l’université Gaston Berger de Saint-Louis.
RFI : Comment expliquer le soutien de Bassirou Diomaye Faye à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies ?
Papa Fara Diallo : C’était prévisible, parce que la première fois que le président de la République Bassirou Diomaye Faye s’est prononcé sur cette candidature, il avait posé sur la table des problèmes d’égo. C’est-à-dire qu’il n’est pas venu lui parler directement de cette candidature alors qu’il est le chef de l’État du Sénégal. Et que si sa candidature n’est pas portée par le Sénégal, cela risque un peu d’entacher cette candidature. Il avait dit qu’il avait appris l’information venant d’autres chefs d’État. Il s’attendait à ce que le président Macky Sall vienne directement lui parler de cette candidature pour espérer son soutien. C’est la raison pour laquelle il n’avait pas soutenu cette candidature au niveau du sommet de l’Union africaine.
C’est donc la visite à Dakar de Macky Sall qui a permis ce soutien ?
Oui, c’était d’abord pour satisfaire cette demande du président de la République. Mais l’autre chose qui a facilité cette visite, c’est que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, est dans la logique de construire une grande coalition autour d’une majorité présidentielle. Et il est en train de ratisser large, c’est-à-dire de recruter des militants, des maires de l’APR – dont le président Macky Sall reste toujours le président du parti – mais aussi au niveau du PDS, le Parti démocratique sénégalais. En témoigne sa rencontre très récemment avec M. Karim Wade au Qatar.
Bassirou Diomaye Faye a donc à gagner, en retour, des soutiens politiques pour ce nouveau parti, dont il va d’ailleurs annoncer normalement le nom dans les prochains jours ?
Oui, le 25 juillet. Depuis la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye est dans une stratégie en trois mouvements : le débauchage des responsables du parti Pastef dont il a revendiqué la paternité de la structuration en tant que secrétaire général et responsable du mouvement des cadres, la constitution d’une large coalition autour de sa personne et du parti politique qu’il va mettre en place, et la « dé-sonkorisation » de l’administration publique et du gouvernement.
Ce soutien à la candidature de Macky Sall, c’est aussi un pas de plus dans la rupture avec Ousmane Sonko ?
Oui, clairement, parce qu’il y a deux éléments. Le premier, c’est la justice pour les victimes de la répression entre 2021 et 2024, quand le président Macky Sall était au pouvoir. Le parti Pastef lui-même avait été dissous. Le président de la République et Ousmane Sonko, ancien Premier ministre, ont été mis en prison. Et le président Bassirou Diomaye Faye disait, dans un de ses discours, qu’il ne peut y avoir de pardon sans justice. L’autre élément, c’est la dette cachée et le déficit budgétaire. Quand ils sont arrivés au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye avait dit : « On a trouvé le pays au quatrième sous-sol. » Ousmane Sonko, aussi, avait confirmé cela. Et donc, voir que Macky Sall, on lui a déroulé le tapis rouge au palais de la République, c’est quelque chose que le parti Pastef digère très mal. Et par conséquent, Ousmane Sonko digère très mal cela.
Pour la base de ses électeurs, ce positionnement, ce soutien apporté à Macky Sall, peut-il être vu comme une trahison, pour certains ?
Oui, clairement. En posant ce genre d’acte, il est en train de mettre de l’eau dans le moulin de ces critiques. Et donc de renforcer la critique du parti Pastef à l’égard d’un président de la République qui avait pris des engagements qu’il est en train de fouler aux pieds à cause de considérations électoralistes. C’est quelque chose que l’opposition, notamment le parti Pastef, va utiliser.
Est-ce que vous pensez que l’Alliance pour la République (APR) peut apporter son soutien à Bassirou Diomaye Faye et son nouveau parti ? Ou est-ce qu’ils seront davantage dans une position d’observation ?
Une neutralité bienveillante de l’APR, mais aussi, probablement, un soutien formel. Parce qu’effectivement, le président Macky Sall reste toujours le chef du parti APR. Sa visite au palais de la République peut donc se comprendre comme étant un soutien tacite. Mais on ne sait pas. D’ici les prochaines élections locales, le président de la République va demander un avis au Conseil constitutionnel pour le couplage des élections locales et législatives en 2027. Parce qu’il y a de fortes chances que l’Assemblée nationale soit dissoute au début du mois de décembre, il voudrait avoir le soutien explicite de l’APR. Le président Bassirou Diomaye Faye cherche à construire une large majorité présidentielle et pour cela, il a besoin des soutiens de partis qui ont exercé des mandats présidentiels.
Pour Macky Sall, est-ce que ce soutien de Bassirou Diomaye Faye, c’est une victoire ? Est-ce que cela peut marquer un tournant dans sa campagne pour le secrétariat général des Nations unies ?
Oui, c’est un soutien qui est de taille. Mais je ne pense pas que cela soit un soutien qui va fondamentalement changer la donne. L’Union africaine n’a pas soutenu officiellement la candidature du président Macky Sall. Le président Bassirou Diomaye Faye, aussi, a attendu trop longtemps. Mais dans tous les cas, le président Macky Sall avait besoin d’avoir le soutien de son pays où il a été président pendant 12 ans. Cela peut avoir une influence. Mais l’influence, pour moi, ne sera pas une influence décisive.
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