(Six titulaires seront nommés au quatrième trimestre 2026)
Pièce maîtresse de la gouvernance des six pôles, la fonction de délégué général au développement de pôle sera pourvue dès le quatrième trimestre 2026. Sans pouvoir hiérarchique sur les préfets ni sur les maires, ce nouvel acteur devra pourtant faire avancer les projets. Portrait d’un poste à inventer.
Il ne portera pas d’écharpe. Il ne signera pas d’arrêté préfectoral. Aucun maire ne lui devra de comptes. Et pourtant, d’ici un an, c’est à travers lui que se mesurera, dans chacun des six pôles, la réussite ou l’échec d’une réforme voulue par le chef de l’État.
Le délégué général au développement de pôle est la vraie nouveauté de la réforme territoriale. Le document de cadrage la présente comme l’innovation majeure du dispositif. Six titulaires seront nommés au quatrième trimestre 2026. Leur mission : faire en sorte que les projets sortent de terre.
Coordonner sans commander
Le rôle tient en trois verbes : impulser, coordonner, suivre. Le délégué veille à la mise en œuvre des projets de son territoire, réunit autour de la table ceux qui doivent y contribuer – administrations, communes, opérateurs privés, partenaires – et s’assure que les interventions ne se contredisent pas. Il est aussi chargé de valoriser les atouts du pôle.
Ce qu’il ne fait pas est tout aussi précisément défini. Le texte pose un principe d’absence de pouvoir hiérarchique. Le préfet demeure l’autorité de tutelle des communes. Le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale demeure celle des préfets. Les préfectures conservent leurs attributions de représentation de l’État et participent au suivi. Les communes, elles, gardent la main sur la mise en valeur de leurs atouts à travers les projets territoriaux.
Autrement dit, le délégué n’ajoute pas un étage à l’édifice administratif. Il occupe une place restée vacante : celle du chef d’orchestre.
La question des mairies
Dans les communes, la crainte d’un doublon était prévisible. Un pouvoir parallèle, un interlocuteur de plus dans des circuits déjà longs.
Pascal*, secrétaire exécutif d’une mairie du Centre, a lu le document deux fois. « Ma première question, c’était : qui décide quoi ? Quand j’ai vu noir sur blanc que le préfet reste la tutelle et que le délégué coordonne, j’ai été rassuré. Ce qu’il nous faut, ce n’est pas un chef de plus. C’est quelqu’un qui débloque les dossiers quand ils traînent entre deux administrations. »
Pascal* connaît la mécanique. Depuis 2016, la gouvernance locale a été profondément remaniée. La création des secrétaires exécutifs a séparé, dans les mairies, les fonctions politiques des fonctions administratives. La maîtrise d’ouvrage déléguée a renforcé la coopération entre l’État et les communes. La réforme des pôles s’appuie explicitement sur ces acquis. Elle ne part pas de zéro.
Un comité national présidé par le chef de l’État
Au-dessus des délégués, un comité national de pilotage, présidé par le chef de l’État lui-même. Y siégeront notamment des membres du Gouvernement, les délégués généraux et un représentant de l’Association nationale des communes du Bénin. La présence de ce dernier compte : les élus locaux seront associés au pilotage, et pas seulement informés des décisions.
Un décret présidentiel fixera le cadre institutionnel de la gouvernance des pôles. L’objectif affiché est la pérennité : que la réforme tienne dans la durée.
Chaque délégué s’appuiera sur une équipe composée de chargés de mission, d’experts et de personnel d’appui. Pas une administration de plus. Une cellule resserrée, tournée vers les résultats.
Ce qu’en attendent les entrepreneurs
Côté privé, le nouveau poste suscite une curiosité plus franche. Salamatou*, qui dirige une petite unité de transformation de karité dans le Nord-Ouest, pose la question qui compte pour elle. « Aujourd’hui, pour un projet, je fais Cotonou, la préfecture, la mairie, et je recommence. S’il y a une seule personne dans le pôle qui connaît mon dossier et qui sait à quelle porte frapper, je gagne des mois. »
C’est le pari implicite de la réforme. La lenteur des projets tient souvent moins à un manque de volonté qu’à l’émiettement des responsabilités. Le délégué est conçu pour y remédier.
Jugé à douze mois
La fonction s’accompagne d’une exigence rarement formulée aussi nettement : un test de sortie à douze mois. Quatre séquences jalonnent l’année : installer et lancer les travaux, structurer l’attractivité, planifier et adopter, engager et déployer. Dès le premier trimestre 2027, un point des projets identifiés par territoire est prévu.
Le document de cadrage énonce quatre conditions de succès : un cadre d’intervention clair, des capacités d’action avérées et ordonnées, une coopération institutionnelle renforcée et le développement d’une ingénierie territoriale. Cette dernière est sans doute la plus exigeante. Il faudra trouver, dans chaque pôle, des profils capables de monter des projets, de convaincre des investisseurs, de lire un plan d’affaires aussi bien qu’un budget communal.
Le choix des six titulaires dira donc beaucoup de l’ambition réelle de la réforme. Romuald Wadagni avait fait des pôles une promesse de campagne. Il lui revient désormais de leur donner des visages.
S.E.
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