Nigeria : Comment la guerre en Iran profite à Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique

Afrique

Depuis le déclenchement de la guerre en Iran, fin février 2026, la fortune d’Aliko Dangote a bondi de plus de 5 milliards de dollars. Le milliardaire nigérian, aujourd’hui âgé de 69 ans et estimé à 35,1 milliards de dollars, doit cette envolée à sa raffinerie de Lagos, entrée en service juste avant le conflit

 

La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran en mars dernier a perturbé jusqu’à un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole. Les frappes ukrainiennes contre les raffineries et pétroliers russes ont également réduit les flux vers l’Afrique. Résultat: les prix du carburant, des denrées alimentaires et des engrais ont flambé, poussant certaines populations vulnérables plus profondément dans la pauvreté.

« Lorsque la guerre en Iran a éclaté, la raffinerie de Dangote était une bouée de sauvetage pour les acheteurs qui dépendaient auparavant du golfe Persique pour leurs produits pétroliers », explique Matthew Tracey-Cook, analyste chez Platts, cité par le New York Times dans un article publié ce 19 août 2026.

 

Des exportations record vers l’Europe et l’Afrique

Devenue pleinement opérationnelle quelques semaines avant les bombardements américains sur l’Iran, l’installation de 20 milliards de dollars a vu la demande exploser. En avril et mai 2026, elle a été « le plus grand exportateur mondial de kérosène », selon Daniel Evans, vice président de la firme de recherche S&P Global Energy. En juin, puis en juillet, elle s’est hissée au rang de premier fournisseur européen de kérosène et de diesel, dépassant pour la première fois les États-Unis sur le marché du carburant d’aviation.

Les chiffres illustrent cette ascension fulgurante : en juin 2026, la raffinerie a expédié 466.000 tonnes de kérosène vers l’Europe, soit près de 582,5 millions de litres, selon les données de S&P Global Commodity Insights. En juillet, elle a maintenu cette première place avec plus de 400.000 tonnes acheminées, représentant environ un cinquième des importations européennes sur la période.

Les exportations nigérianes de produits pétroliers raffinés ont été multipliées par sept depuis 2023, selon l’Administration américaine d’information sur l’énergie (EIA). Les livraisons vers l’Europe sont passées de 15.000 barils par jour en 2023 à 130.000 barils par jour au deuxième trimestre 2026, tandis que les ventes vers l’Afrique ont atteint près de 120.000 barils par jour.

Un monopole africain dans un continent dépendant

Bien que riche en pétrole brut, l’Afrique reste fortement dépendante des importations de carburant raffiné. La plupart des raffineries du continent, majoritairement publiques, sont à l’arrêt. Au Nigeria, trois raffineries d’État réhabilitées pour plusieurs milliards de dollars ne sont toujours pas opérationnelles, selon un rapport parlementaire.

« Lorsque la guerre a éclaté, les traders et les gouvernements du monde entier (surtout en Afrique) ont commencé à nous appeler pour des approvisionnements », raconte Devakumar Edwin, vice-président de Dangote Industries. « Les prix du pétrole brut ont augmenté, mais les prix des produits ont augmenté beaucoup plus. »

Controverses et ambitions régionales

Au Nigeria, les espoirs d’une baisse des prix grâce à la raffinerie ont été douchés. Les coûts du carburant n’ont fait qu’augmenter. Dangote, accusé de monopole et de corruption, reproche au gouvernement d’étouffer le flux de pétrole brut pour maintenir son emprise sur le secteur.

 

Malgré les critiques, le groupe poursuit son expansion. Mardi 18 août, la raffinerie a annoncé un financement d’un milliard de dollars auprès d’un groupe d’investissement basé à Dubaï pour son introduction en bourse au Nigeria, qui pourrait devenir la plus importante jamais réalisée en Afrique. Dangote prévoit de doubler la capacité de production et a signé un accord avec le Kenya pour construire une raffinerie de 17 milliards de dollars, accompagnée d’un pipeline traversant 11 pays africains. « Nous allons approvisionner l’Afrique », résume Devakumar Edwin.

Pendant ce temps, le port de Lomé, au Togo, s’impose comme un autre grand gagnant de la crise d’Ormuz. Les pétroliers chargés à Lagos y déchargent leur cargaison sur des navires plus petits, qui redistribuent ensuite le carburant vers les marchés du continent. « Le port de Lomé est l’un des plus grands bénéficiaires de l’impact des perturbations au détroit d’Ormuz », décrit l’analyste Cham Etienne Bama au New York Times.

 

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