Que s’est-il réellement passé au Venezuela ? : Ce que l’on sait de la capture de Nicolas Maduro par les États-Unis

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Que s’est-il réellement passé au Venezuela ? Récit, enjeux et zones d’ombre de la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis

En l’espace de quelques heures, le Venezuela a basculé dans une séquence politique et géopolitique d’une ampleur inédite depuis plusieurs décennies. Dans la nuit de vendredi à samedi, les États-Unis ont mené une opération militaire d’envergure à Caracas, capturant le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse, avant de les transférer à New York. Une action spectaculaire, revendiquée par le président américain Donald Trump, qui affirme désormais vouloir superviser la transition politique du pays. Derrière l’annonce choc, les faits, les réactions et les conséquences potentielles dessinent un tableau bien plus complexe.

Selon plusieurs sources concordantes, l’opération baptisée Absolute Resolve a été préparée durant des mois par le Pentagone et la CIA. Des forces spéciales américaines, appuyées par un dispositif aérien massif – plus de 150 avions mobilisés depuis une vingtaine de bases – ont mené des frappes ciblées contre des installations militaires à Caracas et dans ses environs, avant de pénétrer au cœur de la capitale.

Les renseignements américains disposaient, selon Reuters, d’informations précises sur les déplacements de Maduro. Une réplique de sa maison sécurisée aurait même été construite pour permettre des répétitions grandeur nature. L’assaut s’est soldé par la reddition du président vénézuélien et de son épouse, Cilia Flores, transférés d’abord à bord du navire américain USS Iwo Jima, puis vers New York.

Le chef d’état-major américain, Dan Caine, a confirmé que l’opération n’avait causé aucune perte du côté américain, sans toutefois préciser le bilan humain côté vénézuélien.

Washington assume et promet de « diriger » la transition

Quelques heures après l’arrestation, Donald Trump a revendiqué l’opération depuis sa résidence de Mar-a-Lago. Lors d’une conférence de presse, il a affirmé : « Nous dirigerons le pays jusqu’à ce qu’une transition sûre, appropriée et judicieuse puisse être mise en œuvre. »

Le président américain a également indiqué que les États-Unis n’excluaient pas une présence militaire au sol et que de grandes compagnies pétrolières américaines seraient appelées à revenir au Venezuela pour remettre en état un secteur énergétique largement dégradé. Une insistance sur le pétrole qui alimente les accusations de motivations économiques masquées derrière un discours de lutte contre le narcotrafic.

Maduro est inculpé aux États-Unis depuis 2020 pour narcoterrorisme, complot en vue d’importer de la cocaïne et possession d’armes de guerre. Il doit comparaître devant le tribunal fédéral de Manhattan.

Caracas conteste et parle d’« enlèvement »

À Caracas, la réaction a été immédiate. La vice-présidente Delcy Rodríguez est apparue à la télévision d’État pour dénoncer ce qu’elle qualifie d’« enlèvement » et affirmer que Maduro reste « le seul président légitime du Venezuela ». Conformément à la Constitution, elle a néanmoins été investie présidente par intérim par la Cour suprême.

Autour d’elle, les piliers du régime – le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello et le ministre de la Défense Vladimir Padrino López – affichent une unité de façade. Tous accusent Washington de chercher à s’emparer des ressources pétrolières du pays et assurent que l’appareil sécuritaire reste en place.

Une opposition marginalisée malgré la chute de Maduro

Fait notable, Donald Trump a fermé la porte à toute collaboration avec la figure de l’opposition María Corina Machado, pourtant considérée par de nombreux observateurs comme la principale alternative politique au chavisme. Le président américain estime qu’elle ne dispose pas d’un soutien suffisant à l’intérieur du pays, une position qui a surpris jusque dans les rangs de l’opposition vénézuélienne et de la diaspora.

Sur le terrain, les réactions sont contrastées. Certains Vénézuéliens expriment un soulagement, d’autres redoutent un vide du pouvoir et une escalade militaire. Les rues de Caracas sont restées globalement calmes, mais marquées par une forte présence sécuritaire et une anxiété palpable.

Onde de choc internationale et débat juridique

L’intervention américaine a provoqué une vague de réactions à l’international. L’Organisation des Nations Unies a convoqué une réunion du Conseil de sécurité. Quant au secrétaire général António Guterres a évoqué un « dangereux précédent ».

De leur côté, la Chine et la Russie, alliées de Caracas, ont dénoncé une violation flagrante du droit international. Pékin y voit même une opportunité pour dénoncer l’« hégémonisme » américain sur d’autres dossiers sensibles, notamment Taïwan.

Sur le plan juridique, de nombreux experts estiment que l’arrestation d’un chef d’État en exercice sans mandat international ni autorisation du Conseil de sécurité viole le principe de souveraineté. Washington invoque, de son côté, la légitime défense au titre de l’article 51 de la Charte des Nations Unies, un argument largement contesté par les juristes.

Un pari politique risqué pour Trump

Aux États-Unis, l’opération divise. Si une large partie de la base républicaine et du mouvement MAGA salue une action « rapide et décisive », plusieurs voix conservatrices dénoncent une rupture avec la promesse de non-intervention étrangère. Les démocrates, eux, s’interrogent sur l’absence de consultation du Congrès et sur le coût potentiel d’un engagement prolongé.

Les précédents historiques – Panama en 1989, Irak en 2003 – sont dans tous les esprits. Les sondages montrent d’ailleurs que l’opinion américaine reste majoritairement réticente à une intervention militaire durable à l’étranger.

Et maintenant ?

Au-delà de la chute spectaculaire d’un dirigeant au pouvoir depuis plus de douze ans, l’affaire Maduro ouvre une période d’instabilité profonde pour le Venezuela et marque un tournant dans la politique étrangère américaine en Amérique latine. Un épisode dont les répercussions, régionales et internationales, ne font sans doute que commencer.