L’ancien président sénégalais Macky Sall est attendu ce vendredi 17 juillet à Dakar pour une visite éclair. Il va tenter d’obtenir le soutien de son successeur, Bassirou Diomaye Faye, et de son pays à sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU. C’est la première fois que Macky Sall revient au Sénégal depuis qu’il a quitté le pouvoir en avril 2024. Sa fin de mandat fut marquée par la répression de manifestations politiques et la tentative de reporter la présidentielle. Sa visite fait débat au sein de la société civile.
Bassirou Diomaye Faye fait il preuve de pragmatisme politique ou trahit-il ses promesses en recevant son ancien ennemi politique au Sénégal ? La visite de l’ancien président sénégalais Macky Sall, prévue ce vendredi 17 juillet 2026, est censée durer trois heures à peine. Mais la question divise les Sénégalais.
Pour bon nombre d’analystes, les deux hommes ont chacun à gagner de cette alliance de circonstance. S’il obtient le soutien du Sénégal, Macky Sall verrait sa candidature à la tête de l’ONU renforcée et l’anomalie de sa candidature sans portage de son pays d’origine corrigée, analyse Falilou Coundoul, membre du think tank « Pragmatisme Social-Démocrate ».
L’actuel président, Bassirou Diomaye Faye, est lui en quête de soutiens et d’alliances politiques pour se préparer au bras de fer qui l’attend avec son parti d’origine, le Pastef, et en vue de sa candidature en 2029.
« Du pur pragmatisme d’État »
« Un leader ne pilote pas un pays le regard uniquement tourné vers le rétroviseur […] c’est du pur pragmatisme d’État », analyse dans les colonnes du quotidien L’Observateur le spécialiste en communication politique Assane Niang, en référence aux violations des droits humains du régime de Macky Sall.
« De nombreux élus du parti de Macky Sall [l’Alliance pour la République, NDLR] ont déjà rejoint la coalition du président ces dernières semaines. Un accueil constructif de Diomaye à Macky Sall fait donc sens », selon un autre analyste politique, pour lequel « la posture de président a définitivement remplacé celle de l’opposant », ce qui permet d’envisager un possible soutien à la candidature de Macky Sall à la tête des Nations unies.
Le ministre des Forces armées, Yankhoba Diémé, a de son côté dissipé toute ambiguïté : l’ex-chef de l’État « n’est l’objet d’aucune accusation, d’aucune poursuite, encore moins d’une condamnation » et est donc « libre d’entrer et de sortir du territoire », a-t-il assuré dans une déclaration à la presse jeudi 16 juillet.
L’APR appelle à l’unité autour de la candidature de Macky Sall
Pour les militants du parti APR de Macky Sall, cette visite de l’ancien président est une bonne nouvelle. L’APR appelle le Sénégal à l’unité nationale autour de la candidature de Macky Sall à l’ONU, au delà des clivages politiques. Abdou Khafor Touré, l’un des porte-paroles du parti, estime qu’un soutien de la candidature de l’ex-président « n’est pas un acte partisan », mais qu’il permettrait « le replacement de l’Afrique dans la gouvernance mondiale ».
« Le simple fait de placer notre ancien chef d’État à la tête de la plus grande organisation mondiale renforcerait du façon conséquente le prestige du Sénégal à l’international. Soyons clairs, cette candidature n’est pas celle de l’APR. Cette candidature elle est celle du Sénégal », a-t-il déclaré.
« Le simple fait de placer notre ancien chef d’État à la tête de la plus grande organisation mondiale renforcerait du façon conséquente le prestige du Sénégal à l’international. Soyons clairs, cette candidature n’est pas celle de l’APR. Cette candidature est celle du Sénégal. La soutenir n’est pas un acte partisan. Cela relève purement et simplement du patriotisme. Nous avons rendez-vous avec l’histoire. »
La visite dénoncée par les associations de victimes du régime de Macky Sall
Si les supporters de l’ex-président se réjouissent, les associations qui soutiennent les familles des victimes de la répression politique sous le régime de Macky Sall s’insurgent de cette visite et du possible soutien à une candidature controversée. Mohamet Fadel Bodian est membre du Collectif des familles de victimes, et coordinateur de la structure dans le département de Ziguinchor. Il a perdu son cousin en 2024, tué par balle en marge d’une manifestation.
Pour lui, Macky Sall n’est pas « légitime de porter la candidature des Nations unies et de parler au nom de toute l’Afrique ». Mohamet Fadel Bodian souhaite que « la lumière soit faite » sur « tout ce qui s’est passé, plus de 65 victimes tuées » sous le règne de l’ancien président.
« Si toutefois le président arrivait à soutenir la candidature de Macky Sall, cela veut dire que la lumière ne sera pas faite, dénonce-t-il. C’est comme si c’était une provocation. »
« Si toutefois le président de la République arrivait à soutenir la candidature de Macky Sall, cela veut dire que la lumière ne sera pas faite. […] C’est comme si c’était une provocation. C’était le chef suprême des forces armées, c’était le président de la République. Donc, il n’y avait rien qui pouvait se faire dans ce pays sans qu’il ne soit au courant. Je pense qu’il a une grosse part de responsabilité, il va falloir qu’il s’explique. »