En Centrafrique, la capitale s’est réveillée le 12 octobre 2026 dans une atmosphère contrastée. Les administrations fonctionnent normalement, mais plusieurs établissements scolaires restent fermés et les déplacements sont parfois difficiles. Cette situation intervient après l’appel lancé la semaine dernière par un consortium d’organisations de la société civile en faveur d’une journée « ville morte » pour protester contre la hausse des prix du carburant. Il y a un peu plus d’une semaine, le gouvernement a augmenté de 150 francs CFA le prix des produits pétroliers, une décision justifiée par la crise mondiale du carburant et les difficultés de trésorerie de l’État, selon les autorités.
Très tôt ce lundi matin à Bangui, les fonctionnaires et agents de l’État ont rejoint leurs postes de travail. Dans les ministères et les administrations, la semaine a débuté par la traditionnelle levée des couleurs et l’exécution de l’hymne national de la République centrafricaine.
Mais dans le secteur éducatif, le constat est tout autre. Plusieurs écoles, publiques comme privées, ont gardé leurs portes fermées.
Au centre-ville et dans les grands marchés de la capitale, les activités se poursuivent timidement, l’affluence semblant moins importante que les jours précédents.
De nombreux débits de boissons et restaurants sont fermés, contrairement à l’habitude, même si quelques-uns restent ouverts.
Dans les quartiers populaires, notamment au KM5, à Ouango, à Bimbo et au Combattant, quelques conducteurs de mototaxis continuent de circuler. Certains déplorent toutefois le manque de clients.
Des forces de l’ordre déployées sur les principaux axes
Aux grands carrefours et sur les principales avenues de Bangui, les forces de l’ordre sont visibles à travers des patrouilles et des points de contrôle.
Selon le consortium de la société civile à l’origine de cet appel, la ville morte doit se poursuivre jusqu’à 17 heures.
De son côté, le gouvernement appelle la population à vaquer librement à ses occupations et met en garde les initiateurs contre tout dérapage.
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En Centrafrique, la hausse des prix à la pompe décryptée
À Bangui, un appel à la journée ville morte lundi 12 octobre avait pour objet la contestation de la hausse des prix du carburant. Ils sont parmi les plus chers du continent. Les autorités centrafricaines expliquent cette augmentation par le contexte international, les cours du baril. Mais cette raison à elle seule ne suffit pas à expliquer les prix records enregistrés aux pompes banguissoises.
Les autorités ont dû relever les prix à la pompe car les subventions consenties depuis mai pour maintenir des prix fixes devenaient intenables : la hausse des factures de l’importateur de carburant a contraint l’État. Pour vendre à prix fixe aux pompes, Bangui a dû augmenter les subventions à 350 francs CFA par litre en moyenne depuis le mois de mai. « Le coût mensuel a été évalué à environ 400 millions de francs CFA », a calculé un expert du secteur contacté par RFI.
Pour amortir cette dépense, Bangui a baissé les taxes sur les carburants. Mais moins de taxes signifie moins de recettes pour l’État. « Si l’on rajoute le manque à gagner en termes de collecte de recettes, cette somme pourrait approcher les 2 milliards de francs CFA (soit environ 3 millions d’euros – NDLR) par mois », note encore l’expert. Ces recettes pétrolières sont pourtant essentielles à l’État centrafricain car elles contribuent à près d’un quart des recettes totales du pays.
L’augmentation des cours du baril ne justifie pas à elle seule la différence de prix avec les pays voisins, toutefois : « Les raisons sont connues et nous les avons documentées », rappelle Paul Crescent Beninga, porte-parole du groupement de la société civile centrafricaine (GTSC). En septembre 2024, il publiait un rapport qui pointait les pertes économiques conséquentes au monopole d’importation confié à l’entreprise camerounaise Neptune Oil. Le rapport dénonçait le manque de transparence de l’entreprise qui ne déclare aux autorités ni les prix réels d’achat du carburant, ni les taxes acquittées à l’importation. Des marges qui ne sont pas justifiées sont ainsi appliquées.
Deux éléments mis également en avant par un audit indépendant commandé par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et publié en octobre 2025. Ce dernier pointe différents types de frais facturés par Neptune Oil qui ne s’alignent pas sur les standards d’autres pays comparables. Les importations massives par la route, alors qu’un décret prévoit que 80 % des volumes doivent être importés par voie fluviale (plus sécurisée et moins coûteuse), sont aussi critiquées. C’est l’ensemble de ces facteurs qui alourdissent considérablement la facture et font des carburants centrafricains parmi les plus chers du continent.
Or, selon l’expert sollicité par RFI, « Si les recommandations de l’audit avaient été appliquées même partiellement, l’État aurait pu maintenir des prix plus bas à la pompe tout en continuant à collecter des recettes ».
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