Vers une stratégie nationale de science ouverte : Le Bénin pose les bases de sa souveraineté scientifique

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Réunis le 4 novembre 2026 au Campus numérique d’Abomey-Calavi, universitaires, chercheurs, décideurs politiques et parlementaires ont mené une réflexion stratégique de haut niveau. Organisée par l’Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin (ANSALB), cette rencontre nationale marque un tournant décisif vers une science plus accessible, collaborative et ancrée dans les réalités du pays.

Le Bénin ambitionne de franchir un cap majeur dans la valorisation et le partage des savoirs. Placée sous le thème « Renforcer la science ouverte : du dialogue à l’action nationale », cette initiative portée par la Commission permanente Éducation et Éthique de l’ANSALB – présidée par le professeur Mahouton Norbert Hounkonnou – a réuni les figures de proue de l’écosystème scientifique et institutionnel national.

Parmi les personnalités marquantes de cette journée figuraient le recteur de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), le Professeur Charlemagne Babatoundé Igué, le Professeur Jean Cossi Ganglo, la Professeure titulaire Yvette Onibon Doubogan (représentant le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique), ainsi que l’honorable Professeure Eléonore Ladékan Yayi, présidente de la Commission de l’Éducation à l’Assemblée nationale. Une mobilisation de premier plan qui témoigne d’une urgence partagée : démocratiser l’accès aux connaissances tout en protégeant le patrimoine intellectuel national.

Au-delà du libre accès : l’impératif de la souveraineté épistémique

Pour le Professeur Mahouton Norbert Hounkonnou, la science ouverte ne doit pas se résumer à un simple partage en ligne de publications. Elle engage avant tout la responsabilité, l’intégrité et la souveraineté épistémique de l’Afrique.

Les chercheurs béninois ne doivent plus se cantonner au rôle de simples consommateurs de savoirs produits ailleurs. Ils doivent être outillés pour produire, structurer et orienter la recherche selon les priorités nationales. Cet engagement s’accompagne d’une stricte vigilance éthique :

« Ouvrir le plus possible et fermer si nécessaire », a rappelé le Professeur Hounkonnou, soulignant la nécessité de protéger les données sensibles et les savoirs endogènes des communautés.

À terme, cette dynamique ambitionne d’aboutir à une communication au Conseil des Ministres en vue de l’adoption d’un cadre législatif structurant une véritable stratégie nationale de science ouverte.

Données ouvertes et biodiversité : un défi de taille pour l’Afrique

La question des données ouvertes a été illustrée à travers un secteur clé : la biodiversité. Le Professeur Jean Cossi Ganglo, Gestionnaire National du GBIF (Global Biodiversity Information Facility), a mis en lumière un net déséquilibre mondial.

Sur plus de quatre milliards de données d’occurrence répertoriées sur la plateforme internationale, la contribution de l’ensemble du continent africain reste inférieure à 3 %. Le Bénin y contribue toutefois avec un peu plus d’un million de données. Pour stimuler l’implication des chercheurs locaux souvent réticents à partager leurs données, le Professeur Ganglo préconise des incitations institutionnelles fortes, telles que la valorisation de ce partage dans les critères de promotion universitaire.

L’engagement conjugué du Gouvernement et du Parlement

La réussite de ce chantier repose sur une synergie institutionnelle solide.

Du côté de l’exécutif, la Professeure Yvette Onibon Doubogan a réaffirmé le soutien du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Elle a insisté sur l’importance de renforcer les capacités des étudiants et enseignants, tout en transformant les résultats scientifiques en solutions concrètes pour le développement communautaire.

Du côté du législatif, l’honorable Professeure Eléonore Ladékan Yayi a salué cette démarche tout en rappelant l’importance d’un encadrement juridique rigoureux pour protéger les droits des chercheurs face aux risques inhérents à l’ouverture des données.

Vers la Déclaration de Cotonou (2027-2029)

Point d’orgue de cette journée, la présentation de la Déclaration de Cotonou sur la science ouverte s’inscrit dans le prolongement des recommandations de l’UNESCO de 2021. Ce texte propose onze principes fondamentaux, allant de la transparence méthodologique au développement des infrastructures numériques, en passant par le multilinguisme et la valorisation de la recherche locale.

Une feuille de route (2027-2029) est désormais sur la table pour fédérer les acteurs autour d’un objectif clair : faire du Bénin un acteur influent de l’économie mondiale du savoir, et non plus un simple spectateur.

A.C.C.