Octobre est dédié au biodigesteur au Bénin et dans les pays de l’Alliance pour le Biodigesteur en Afrique de l’Ouest et du Centre (AB-AOC). Une opération de sensibilisation se tient du 26 au 31 octobre 2026 à la Direction départementale de l’énergie de l’Atlantique et devant l’Université de Parakou.
Ce n’est pas une technologie d’ailleurs. C’est une solution d’ici, qui transforme les résidus de l’élevage en énergie, puis en engrais, puis en récoltes.
Ce rendez-vous n’est pas propre au Bénin. Octobre est le mois du biodigesteur, et l’opération est organisée simultanément dans les autres pays membres de l’AB-AOC, l’Alliance pour le Biodigesteur en Afrique de l’Ouest et du Centre. Cette dimension régionale est déterminante : elle offre à une technologie encore discrète une visibilité qu’aucun pays ne pourrait s’assurer isolément, et rappelle que les défis de la filière – financement, qualité des installations, confiance des ménages – se posent presque partout avec la même acuité.
Premier enjeu : faire connaître
Le premier objectif relève d’une simplicité déroutante : faire savoir que le biogaz existe. Nombre de Béninois n’en ont jamais entendu parler. Ceux qui en ont eu l’écho formulent invariablement les mêmes interrogations. Combien cela coûte-t-il ? Qui assure l’entretien ? Cela dégage-t-il des odeurs ? Est-ce dangereux ? Un mois entièrement consacré à la filière permet d’y répondre sans jargon, en face-à-face, exemples à l’appui.
Deux stands, deux publics
Deux sites ont été retenus. Le premier est installé à la Direction départementale de l’énergie, de l’eau et des mines de l’Atlantique. Il est animé par BIOGAZ BENIN, dirigée par son Directeur Général, Henock Rosack Gnanga. Le choix du lieu n’a rien d’anodin : c’est le carrefour où se croisent les questions d’énergie, d’eau et de ressources, auprès d’un public déjà sensibilisé, et au plus près de l’administration qui accompagne la filière.
Le second se tient devant l’Université de Parakou, sous la conduite de Nattè Jonas N’Da. Ici, c’est une autre cible qui est visée : les étudiants, les enseignants, cette jeunesse appelée à devenir techniciens, ingénieurs, entrepreneurs ou éleveurs. Dans une région où l’élevage et l’agriculture structurent l’économie, parler de biodigesteur à la jeunesse, c’est préparer les bâtisseurs de demain. Outre les séances d’information, des projections de films documentaires et des capsules de sensibilisation en langues nationales sont prévues.
Les innovations à l’épreuve du terrain
Ce mois se veut également une vitrine pour les avancées du secteur. Qu’il s’agisse des techniques de construction, des équipements, de la valorisation du gaz et du digestat ou des formules de financement, la filière s’emploie à rendre le biodigesteur plus accessible et plus simple d’usage. Les présenter au public, c’est aussi les soumettre à son appréciation, et donc les améliorer avec ceux pour qui elles sont pensées.
La parole aux ménages utilisateurs
C’est sans doute le volet le plus précieux. Aucune brochure ne vaut le témoignage d’un voisin qui cuisine au biogaz depuis des mois. Les échanges avec les ménages utilisateurs permettent aux visiteurs de poser les questions que l’on n’ose pas toujours adresser à un promoteur : combien de temps faut-il pour alimenter le digesteur chaque jour, qu’est-ce que la flamme change au quotidien, qu’est-ce qui a failli décourager, et que referait-on autrement ? Cette parole d’usagers sert aussi la filière : elle lui enseigne ce qui fonctionne, ce qui achoppe, et où l’accompagnement doit être renforcé.
Un cap stratégique
Cette campagne de terrain s’inscrit dans un moment charnière. Les 14 et 15 octobre, un atelier organisé à Cotonou par l’AB-AOC, en collaboration avec le ministère en charge de l’énergie, a été consacré au Cadre stratégique biodigesteur 2027-2030, la feuille de route appelée à guider la filière dans les années à venir.
La sensibilisation de proximité et la stratégie institutionnelle se répondent : l’une crée la demande et la confiance, l’autre prépare le financement, la qualité et le suivi nécessaires pour y répondre. Un mois, c’est court. Mais si chaque visiteur repart avec la conviction qu’un biodigesteur n’est ni un luxe ni un mystère, la filière aura déjà remporté une victoire essentielle.
Boniface KABLA
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