Covid-19 : Dix mois après la découverte du coronavirus, les mécanismes de transmission en question

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Alors que les pays européens semblent affronter ce qui ressemble à une seconde vague épidémique, beaucoup de questions subsistent toujours sur les mécanismes de transmission du SARS-CoV-2.

Près de dix mois après la découverte du coronavirus, beaucoup a été écrit sur la façon dont il se transmet. De nombreuses études ont été menées depuis le début de la pandémie, certaines isolées, d’autres n’ayant pas été reproduites ; il est donc parfois compliqué de s’y retrouver. La prestigieuse revue Annals of Internal Medicine a donc décidé de faire le point sur toutes ses connaissances et résumer précisément ce que l’on sait des mécanismes de transmission du Covid-19. Il s’agit d’un travail de compilation nécessaire mais pourtant jamais réalisé auparavant.

Aujourd’hui, la communauté scientifique sait donc que le virus peut rester présent et infectant pendant une durée de 3 heures dans l’air et jusqu’à 3 jours sur du plastique. Néanmoins, si des cas de contamination via des surfaces infectées ont déjà été observés, les mécanismes d’une telle infection n’ont jamais été réellement prouvés et son ampleur doit être faible. Le virus pénètre donc principalement par la voie aérienne, grâce aux postillons et sans doute des particules plus petites, les aérosols. Cette transmission est d’autant plus fréquente si les personnes sont proches les unes des autres, à moins de deux mètres, durant une longue période, dans une pièce qui n’est pas aérée.

On sait également qu’une personne infectée, qu’elle ait ou non des symptômes, sera contagieuse trois jours avant leur apparition et jusqu’à cinq jours ensuite en moyenne. Cette contagiosité dépendra alors de la charge virale, la quantité de virus dans l’organisme.

Le port du masque pour favoriser l’immunité collective ?

Le masque prévient donc un certain nombre de contaminations, mais a également d’autres intérêts. Le New England Journal of Medicine publie en effet cette semaine une « perspective » dans laquelle les auteurs reviennent sur le concept de variolisation. Il ne s’agit cependant pas d’une étude, mais d’une alerte de chercheurs, qui indiquent à la communauté une piste qu’il pourrait être intéressant d’approfondir. Celle-ci revient sur le concept de charge virale : les auteurs soulignent en effet que selon les dernières données disponibles, plus celle-ci est faible, moins le cas de Covid-19 sera sévère. En plus de la contagiosité, cette charge virale a donc un lien avec la sévérité de la maladie.

Ils écrivent également, que toujours selon les connaissances actuelles, s’il ne parvient pas à prévenir une infection, le port du masque limitera alors l’entrée en nombre de virus dans l’organisme de la personne nouvellement contaminée : sa charge virale sera donc faible. Les personnes infectées alors qu’elles portaient un masque développeront alors plus souvent un Covid-19 bénin, voire sans symptôme.

Enfin, les auteurs soulignent que ces malades bénéficieront toujours d’une réponse immunitaire. C’est là qu’intervient la variolisation. Il s’agit d’une stratégie utilisée pendant des siècles contre la variole jusqu’à l’arrivée d’un vaccin. À l’époque, il s’agissait d’exposer faiblement les personnes saines à la variole, pour qu’elles développent une immunité au prix d’une maladie bénigne.

Les auteurs de cet article estiment alors que pour le Covid-19, le port généralisé du masque pourrait jouer ce rôle et permettrait de progresser vers une immunité collective en attendant l’arrivée d’un vaccin. Ils appellent dès lors la communauté à amplifier les travaux de recherche pour vérifier cette hypothèse.

L’épidémie de grippe saisonnière inquiète

Le port du masque a enfin un autre avantage. Le Centre de contrôle américain des maladies (CDC) nous apprend en effet dans son compte-rendu hebdomadaire  qu’il peut jouer un rôle contre les épidémies de grippe saisonnière.

Les chercheurs ont remarqué qu’aux États-Unis, à partir de la mi-mars 2020, l’incidence de la maladie avait grandement diminué en comparaison avec les années précédentes. Selon eux, la raison est simple : c’est à cette période-là que les mesures barrières contre le Covid-19 sont entrées en vigueur. La distanciation sociale et le port du masque sont donc également efficaces contre la propagation de la grippe. Cela était suspecté car les deux virus partagent le même mode de transmission. C’est désormais observé.

Il s’agit d’une bonne nouvelle car la survenue d’une nouvelle épidémie de grippe saisonnière cet hiver inquiète. La coexistence des deux maladies risque en effet de causer une lourde pression sur les hôpitaux, d’aggraver les cas des malades subissant une infection par les deux virus ou encore des difficultés de diagnostic car leurs symptômes sont similaires.

RFI

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