8ème congrès des ordres des experts-comptables de l'UEMOA - 20 ans de l'OECCA-Bénin: : À Cotonou, l’expert-comptable revendique son rôle de pilier de la souveraineté financière

Economie & Tech

Ouvert ce mercredi 21 octobre 2026 au Palais des Congrès de Cotonou, le 8ème Congrès des Ordres des Experts-Comptables de l’UEMOA réunit plus de 350 participants venus de 15 pays. Autour du thème de la transparence et de la souveraineté financière, la profession entend affirmer sa vocation institutionnelle, au croisement de l’éthique, de la rigueur et de la confiance.

 

Ce n’est point une simple tradition que perpétue la profession. C’est un acte stratégique de haute portée scientifique. La formule est de Charles Kouphin, Président du Comité d’organisation et du Comité scientifique.

En ouvrant les travaux, il a d’emblée fixé l’ambition : « En nous rassemblant à Cotonou pour ce huitième congrès, notre profession ne se contente pas de tenir des assises traditionnelles. Elle choisit de se placer au cœur des grandes mutations économiques de notre région. »

Le thème retenu en porte l’expression achevée : « L’Expert-Comptable, garant de la transparence et de la souveraineté financière dans l’espace UEMOA ». Une ambition scientifique claire : « faire de la rigueur comptable et de l’éthique des leviers inébranlables de la souverainetés économique et de la confiance institutionnelle. »

Pour la porter, le comité scientifique a conçu une architecture intellectuelle exigeante, croisant les regards des praticiens, des régulateurs, des décideurs publics, des universitaires et des acteurs économiques. Elle s’incarne d’abord dans une conférence inaugurale majeure, érigeant l’expert-comptable en pilier institutionnel au service de la gouvernance et de la stabilité financière.
Puis, quatre temps forts : Il s’agit de la gouvernance et performance du secteur public et parapublic, quelles contributions de l’Expert-comptable ?,Panel 2 : IA, automatisation, blockchain et cybersécurité, garantir l’intégrité et la valeur des données financières ;
Panel 3 : Éthique, lutte contre la criminalité financière et performance durable ESG ; et le troisième Panel spécial : 20 ans de l’Ordre du Bénin, leadership professionnel, dynamique d’intégration et perspectives régionales.

« Un compte attesté, c’est une parole donnée »

 

Accueillant ses pairs, le Président du Conseil de l’OECCA-Bénin, Serge Mensah, a donné à cette ambition une résonance solennelle.

« Bienvenue au Bénin. Bienvenue à Cotonou ! Bienvenue dans cette terre de Kaba, de Béhanzin et des Amazones, terre de courage, de dignité et d’ouverture », a-t-il lancé.

Il a rappelé l’essence même du métier par une métaphore tirée des marchés emblématiques, de Dantokpa à Treichville, de Sandaga à Rood Woko, où les affaires se concluent encore sur une parole.

« Au fond, un chiffre attesté par un expert-comptable, c’est aussi une parole donnée : au banquier qui prête, à l’investisseur qui s’engage, au citoyen qui contribue, au partenaire qui finance. Et notre métier est de contribuer à garantir que cette parole est tenue. »

Or, cette parole est mise à l’épreuve par la modernisation des finances publiques sous l’impulsion des directives UEMOA, par les flux financiers illicites – « Chaque ressource détournée, c’est une école ou un centre de santé en moins » – par les exigences de durabilité et par l’essor de l’intelligence artificielle. « Les machines produiront des chiffres plus vite que nous. Mais une machine ne donne pas sa parole, n’engage pas sa signature et ne répond pas de ses actes. »

D’où sa conviction : « L’Expert-Comptable n’est pas seulement un professionnel des chiffres. Il est un professionnel de la confiance. Son premier capital demeure l’éthique, et sa plus grande valeur ajoutée, le jugement professionnel. »

Lien indissociable entre confiance et souveraineté : « Des comptes fiables attirent l’investissement, facilitent la mobilisation de l’épargne et renforcent notre capacité à décider par nous-mêmes. Chaque compte fiable que nous attestons est une pierre posée sur l’édifice de notre souveraineté financière. »

La PAFA plaide pour une souveraineté par l’information

Invité d’honneur du congrès, le Président de la Fédération Panafricaine des Experts-Comptables (PAFA), Walid Ben Salah, a élargi la réflexion à l’échelle continentale.

Pour lui, la souveraineté financière de l’Afrique ne saurait s’entendre comme un slogan, mais comme une capacité structurelle à produire, maîtriser et valoriser sa propre information financière. Elle repose, selon ses propos, sur la fiabilité de l’information, la sécurisation des ressources publiques face aux flux illicites et la mobilisation de l’épargne intérieure pour financer le développement.

En saluant l’initiative de l’UEMOA, il a appelé les Ordres africains à renforcer leur coopération, à harmoniser leurs pratiques avec les standards internationaux tout en affirmant leur leadership, afin que l’Afrique ne soit plus seulement notée et évaluée, mais qu’elle produise elle-même les référentiels de sa crédibilité financière.

Le Gouvernement salue une profession « déterminante »

Représentant le Gouvernement, le Ministre de l’Économie et des Finances, Aristide Medenou, a salué une profession majeure pour la gouvernance. « Vous êtes ici chez vous. Chez vous, parce que le Bénin est une terre d’hospitalité. Chez vous, parce que la plus haute autorité de notre pays est issue de votre corporation. »

Pour le Ministre, « la première ressource dont un pays a besoin pour se transformer, ce n’est ni ses richesses naturelles, ni même ses hommes et ses talents. C’est la qualité de sa gouvernance », qui se nourrit d’une information crédible.

Au Bénin, le bilan est éloquent : « Aujourd’hui, aucun état financier n’est approuvé en Conseil des Ministres sans une certification sans réserve des commissaires aux comptes. » Résultat : d’une situation chronique de déficit, les sociétés et offices publics affichent à fin décembre 2025 un excédent global de 292 milliards de FCFA.

Appelant à maintenir « le cap du professionnalisme, de la rigueur et de l’indépendance », il a conclu : « Votre signature est précieuse, votre compétence a de la valeur, mais votre éthique, elle, n’a pas de prix. »

Deux jours durant, Cotonou se veut le laboratoire d’une réflexion collective pour faire émerger des orientations opérationnelles au service d’une UEMOA plus transparente, plus intégrée et plus souveraine.

Boniface KABLA