(Le Président Romuald Wadagni appelle à une mobilisation accrue des acteurs territoriaux)
Au Bénin, la création de six pôles de développement territorial est désormais cadrée. Elle a été annoncée pendant la campagne. Qui pilote ? Qu’est-ce qui change pour les communes ? Quand verra-t-on les premiers résultats ? Décryptage d’une réforme portée au plus haut niveau de l’État en six points.
Ce mercredi 23 septembre, un document d’orientation et de cadrage a été présenté au Palais de la Marina, à la demande du président Romuald Wadagni. Il fixe les contours de l’une des réformes les plus structurantes du nouveau septennat. En voici les clés.
La cérémonie de présentation de la réforme sur le développement des Pôles territoriaux, a eu lieu, au Palais de la Marina, en présence du Président de la République, Romuald WADAGNI. La rencontre a réuni notamment le Président de l’Assemblée nationale, les membres du Conseil Économique et Social (CES), avec à leur tête le Président de l’institution, les Préfets, les Maires des 77 communes, ainsi que les membres du Gouvernement. Cette réforme, présentée comme un concept central du programme gouvernemental des sept prochaines années, vise à renforcer l’efficacité de l’action publique et à accélérer le développement au plus près des populations.
Pourquoi une telle réforme, et pourquoi maintenant ?
Au commencement était un engagement de campagne. Le président avait placé le développement des territoires au cœur de son projet. Moins d’un an après son élection, il en pose les fondations.
Parce que le terrain est prêt, ensuite. Le document le souligne : depuis 2016, le Bénin a bâti « des fondamentaux solides » en matière de décentralisation. Les mairies disposent de secrétaires exécutifs qui séparent la gestion administrative de la fonction politique. La maîtrise d’ouvrage déléguée a renforcé la coopération entre l’État et les communes. La réforme des pôles prolonge cette trajectoire en changeant d’échelle.
L’ambition affichée tient en une phrase : convertir les potentialités locales en richesses et transformer les ambitions nationales en résultats visibles pour les populations.
Comment le territoire est-il découpé ?
En six pôles, qui couvrent l’ensemble des soixante-dix-sept communes du pays.
Le Grand-Nokoué réunit Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Sèmè-Kpodji et Ouidah. Le Sud-Est rassemble douze communes du Plateau et de l’Ouémé, dont Pobè, Kétou et Sakété. Le Sud-Ouest, le plus vaste avec dix-huit communes, s’étend de Lokossa à Allada en passant par Aplahoué et Grand-Popo. Le Centre compte quinze communes, d’Abomey à Savè. Le Nord-Est en regroupe quatorze autour de Parakou, Kandi et Malanville, et le Nord-Ouest treize, de Natitingou à Djougou et Bassila.
Point essentiel : il s’agit d’un découpage économique, non administratif. Les départements et les communes restent en place. Les pôles regroupent des territoires aux atouts complémentaires pour bâtir des chaînes de valeur à la bonne échelle.
Qui pilote ?
Au sommet, un Comité national de pilotage, présidé par le Chef de l’État en personne. Cette instance d’orientation, d’arbitrage et de suivi réunit des membres du gouvernement, les six Délégués généraux et un représentant de l’Association nationale des communes du Bénin. Un Secrétariat permanent en assure l’exécution et l’appui technique.
Dans chaque pôle, un Délégué général au développement de pôle, nouvelle fonction créée par la réforme, identifie et valorise les atouts économiques du territoire, contribue à la planification et au suivi des investissements, et coordonne les parties prenantes. Il s’appuie sur une équipe de chargés de mission, d’experts et de personnel d’appui.
Un décret présidentiel viendra fixer ce cadre institutionnel.
Le Délégué général remplace-t-il le préfet ou le maire ?
Non, et le document est explicite : il n’existe aucun pouvoir hiérarchique du Délégué général sur les autres autorités. Le préfet demeure l’autorité de tutelle des communes. Le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale reste l’autorité de tutelle des préfets. Les préfectures conservent leur rôle de représentation de l’État et de contrôle de légalité.
Le Délégué général coordonne l’action des acteurs autour des projets et assure la cohérence des interventions sur son territoire. Les communes, elles, apportent leurs atouts, portent leurs projets et participent à la concertation.
Qu’est-ce que chaque pôle devra produire ?
Quatre composantes obligatoires, mais non limitatives, s’imposent partout. L’agriculture devra être productive et servir le bien-être des producteurs. Chaque pôle accueillera au moins une industrie. Le tourisme sera mis en valeur avec au moins « une ville et un village de splendeurs ». Et chaque territoire devra devenir un « moteur d’innovation ciblée et accélérée ».
Chacune de ces composantes sera déclinée selon les réalités locales. Le cadrage donne quelques orientations : l’élevage et le corridor Cotonou–Niamey pour le Nord-Est, l’agro-industrie de l’ananas et du palmier à huile pour le Sud-Est, le tourisme, la logistique et l’innovation pour le Grand-Nokoué. Des études approfondies préciseront le positionnement de chaque pôle.
L’État s’engage en parallèle sur un socle commun à tous les pôles : infrastructures physiques et numériques, capital humain adapté aux besoins des entreprises, soutien aux PME et aux artisans, mesures incitatives pour l’investissement privé.
Quand verra-t-on les premiers effets ?
Le calendrier est précis. Au quatrième trimestre 2026, les Délégués généraux seront nommés, le Comité national installé et les travaux lancés. Au premier trimestre 2027, les filières prioritaires seront identifiées, les projets cartographiés et les incitations définies. Au deuxième trimestre, les contributions de l’État, des communes et du privé seront articulées dans une feuille de route opérationnelle. Au second semestre 2027, les projets prioritaires seront lancés et le dispositif de suivi-évaluation mis en place.
Un « test de sortie » est prévu douze mois après le lancement. Pour une réforme de cette ampleur, c’est un engagement de transparence rare.
S.E.