« Histoire nationale coloniale et les événements ayant conduit au massacre de Thiaroye 44 ». C’est autour de ce thème que les enseignants d’histoire et de géographie des classes de 3e et de Terminale des lycées et collèges de Parakou ont mené leur réflexion, samedi 5 septembre 2026. Réunis au lycée Mathieu Bouké de Parakou, ils ont pris part à une conférence-débat animée par les professeurs Léon Bio Bigou et Paulin Dossou. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du programme de réécriture de l’histoire du Bénin, dirigé par le professeur François Abiola, sous l’égide de l’Académie nationale des sciences, arts et lettres du Bénin.
Pour le professeur Paulin Dossou, la connaissance de l’histoire constitue une condition essentielle pour comprendre le présent et agir en citoyen responsable. « Il est nécessaire pour chaque individu, s’il veut agir face à certaines réalités, de connaître son histoire », a-t-il rappelé, avant de souligner que si « quelqu’un ne connaît pas son histoire ne peut pas agir en véritable patriote ».
À l’en croire, cette initiative vise à contribuer à l’enseignement dispensé dans les établissements scolaires. À travers des situations d’apprentissage, les enseignants participants pourront ainsi attirer davantage l’attention de leurs apprenants sur certains événements liés à l’histoire coloniale, notamment ceux ayant conduit au massacre de Thiaroye 44.
Thiaroye 44, un pan de l’histoire à mieux connaître
Abordant spécifiquement le massacre de Thiaroye, les deux conférenciers ont rappelé le rôle des tirailleurs sénégalais, ces soldats africains ayant combattu aux côtés de l’armée française durant les guerres mondiales. Malgré leur appellation, ces soldats étaient originaires de plusieurs territoires et nationalités de l’Afrique de l’Ouest.
Selon les conférenciers, les recherches menées ces dernières années révèlent que certains pans de l’histoire de cette période restent encore insuffisamment connus des Africains. Les assises organisées dans le cadre du programme de réécriture de l’histoire du Bénin visent donc à mettre davantage en lumière les efforts et les sacrifices consentis par les Africains, afin de permettre aux générations actuelles et futures de mieux connaître leur histoire et d’en tirer les enseignements nécessaires.
À l’instar des chercheurs sénégalais, les chercheurs béninois ambitionnent de produire un document consacré à cette réécriture historique. Il s’agira notamment de mettre en lumière la contribution des « Dahoméens », devenus Béninois, qui ont participé à ces événements aux côtés des forces françaises.
Les enseignants, des acteurs clés de la transmission
Le choix des enseignants d’histoire et de géographie des lycées et collèges n’est pas anodin. Selon le professeur Léon Bio Bigou, ils constituent des acteurs essentiels de la transmission des connaissances historiques aux jeunes générations.
« En tant que chercheurs, en tant qu’enseignants qui sommes là tous les jours avec nos enfants, de la maternelle jusqu’au supérieur, il faut que nous sachions que, pour l’histoire, il faudra revoir nos programmes d’enseignement et revenir à nous-mêmes », a expliqué le professeur Bio Bigou.
Dans cette dynamique, l’Académie appelle les citoyens et toute personne disposant d’informations ou de connaissances sur des faits historiques avérés liés à la colonisation et au massacre de Thiaroye 44 à les porter à sa connaissance. Ces contributions pourront permettre, selon le professeur Paulin Dossou, d’approfondir les recherches en vue de la réécriture de l’histoire du Bénin.
En parallèle de ces conférences-débats en milieu scolaire, des travaux de recherche sont également en cours sur l’ensemble du territoire national, a précisé le conférencier.
Des participants satisfaits de la rencontre
Au terme de cette journée de réflexion, les participants se sont dits satisfaits et mieux outillés sur certains pans de l’histoire coloniale qu’ils considèrent comme insuffisamment connus des Africains en général et des Béninois en particulier.
« C’est un peu révoltant, mais étant éducatrice, nous ne pouvons pas nous révolter. Nous allons réfléchir pour voir comment amener nos apprenants à comprendre la réalité, à comprendre que le colonisateur, qui pensait être détenteur de la bonne civilisation, a cherché à endormir notre conscience et à nous faire oublier notre culture au profit de la sienne. C’étaient, en réalité, des maîtres “barbares” », a déploré Solange Egounléti, enseignante d’histoire et de géographie au CEG Zongo de Parakou.
Pour elle, cette rencontre constitue une occasion de mieux comprendre l’histoire coloniale et les événements ayant conduit au massacre de Thiaroye 44, afin de mieux les expliquer aux apprenants.
Une activité issue des recommandations du colloque de 2025
Cette activité, qui en est à sa deuxième édition, fait suite au Colloque international scientifique organisé à l’Université de Parakou les 20 et 21 février 2025, sur le thème : « Regard du reste du monde sur les Africains après la commémoration de Thiaroye 44 : comment changer le regard des autres sur les Africains ? ».
L’une des principales recommandations issues de ce colloque était d’organiser des échanges avec les enseignants d’histoire et de géographie du secondaire, afin que ceux-ci puissent intégrer les enseignements issus des recherches dans la préparation des Situations d’apprentissage (SA) qui s’y prêtent.
Fort des résultats jugés encourageants de la première édition, organisée en 2025 dans les départements de l’Atacora, du Zou et de l’Ouémé, le comité d’organisation a porté son choix, pour cette deuxième édition, sur les conseillers pédagogiques (CP) et animateurs d’établissement (AE) d’histoire et de géographie des lycées et collèges de Parakou.
L’activité poursuit notamment deux objectifs : attirer l’attention des participants sur des faits historiques avérés, notamment ceux liés à Thiaroye 44, qui ne figurent pas nécessairement dans les ouvrages d’histoire utilisés dans l’enseignement au Bénin, et contribuer à une éducation de qualité en échangeant avec les enseignants sur des faits établis de l’histoire coloniale, afin de leur permettre de mieux former des citoyens engagés et suffisamment avertis.
A.O
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